Marc Chagall, Adam et Eve chassés du Paradis, 1961
Les prophètes juifs de l’Ancien Testament, même lorsque leurs revendications sont en faveur des femmes, ne s’adressent presque toujours qu’aux hommes. Jésus est un des rares chefs religieux juifs à s’adresser directement aux femmes et à leur attribuer des fonctions religieuses. Malheureusement, l’Eglise primitive n’a pas poursuivi son féminisme, et l’apôtre Paul interdit aux femmes de prendre la parole dans l’Eglise. L’Epître aux Ephésiens demande aux épouses d’être soumises à leurs maris, et aux maris d’aimer leur épouse comme le Christ a aimé l’Eglise. En tant que pasteur, j’estime que cet amour sacrificiel est au-dessus des moyens des maris, et que les épouses n’ont pas à se soumettre à leur mari, car les femmes ne sont ni moralement ni spirituellement inférieures aux hommes. L’esprit de l’Evangile invite plutôt à l’écoute mutuelle dans le couple.
Les prophètes juifs de l’Ancien Testament, même lorsque leurs revendications sont en faveur des femmes, ne s’adressent presque toujours qu’aux hommes. Jésus est un des rares chefs religieux juifs à s’adresser directement aux femmes et à leur attribuer des fonctions religieuses. Malheureusement, l’Eglise primitive n’a pas poursuivi son féminisme, et l’apôtre Paul interdit aux femmes de prendre la parole dans l’Eglise. L’Epître aux Ephésiens demande aux épouses d’être soumises à leurs maris, et aux maris d’aimer leur épouse comme le Christ a aimé l’Eglise. En tant que pasteur, j’estime que cet amour sacrificiel est au-dessus des moyens des maris, et que les épouses n’ont pas à se soumettre à leur mari, car les femmes ne sont ni moralement ni spirituellement inférieures aux hommes. L’esprit de l’Evangile invite plutôt à l’écoute mutuelle dans le couple.
Gilles Bourquin,
Livre du prophète Malachie 2,10-16 – Fidélité dans les relations sociales et familiales
10 N’avons-nous pas tous un seul père ? Un seul Dieu ne nous a-t-il pas créés ? Pourquoi sommes-nous traîtres l’un envers l’autre, profanant ainsi l’alliance avec nos pères ? 11 Juda a trahi. Une abomination a été commise en Israël et à Jérusalem. Oui, Juda a profané le lieu saint cher au SEIGNEUR, en épousant la fille d’un dieu étranger. 12 L’homme qui agit ainsi, que le SEIGNEUR lui retranche fils et famille des tentes de Jacob, et même celui qui présente l’offrande au SEIGNEUR de l’univers. 13 Voici en deuxième lieu ce que vous faites : Inonder de larmes l’autel du SEIGNEUR – pleurs et gémissements – parce qu’il ne prête plus attention à l’offrande et ne la reçoit plus favorablement de vos mains. 14 Vous dites : « Pourquoi cela ? » – Parce que le SEIGNEUR a été témoin entre toi et la femme de ta jeunesse que, toi, tu as trahie. Elle était pourtant ta compagne, la femme à laquelle tu es lié ! 15 Et le SEIGNEUR n’a-t-il pas fait un être unique, chair animée d’un souffle de vie ? Et que cherche cet unique ? Une descendance accordée par Dieu ? – Respectez votre vie. Que personne ne soit traître envers la femme de sa jeunesse. 16 En effet, répudier par haine, dit le SEIGNEUR, le Dieu d’Israël, c’est charger son vêtement de violence, dit le SEIGNEUR de l’univers. Respectez votre vie. Ne soyez pas traîtres.
Epître aux Ephésiens 5,21-33 – Les relations nouvelles
21 Vous qui craignez le Christ, soumettez-vous les uns aux autres ; 22 femmes, soyez soumises à vos maris comme au Seigneur. 23 Car le mari est le chef de la femme, tout comme le Christ est le chef de l’Eglise, lui le Sauveur de son corps. 24 Mais, comme l’Eglise est soumise au Christ, que les femmes soient soumises en tout à leurs maris. 25 Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l’Eglise et s’est livré lui-même pour elle ; 26 il a voulu ainsi la rendre sainte en la purifiant avec l’eau qui lave, et cela par la Parole ; 27 il a voulu se la présenter à lui-même splendide, sans tache ni ride, ni aucun défaut ; il a voulu son Eglise sainte et irréprochable. 28 C’est ainsi que le mari doit aimer sa femme, comme son propre corps. Celui qui aime sa femme, s’aime lui-même. 29 Jamais personne n’a pris sa propre chair en aversion ; au contraire, on la nourrit, on l’entoure d’attention comme le Christ fait pour son Eglise ; 30 ne sommes-nous pas les membres de son corps ? 31 C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne seront qu’une seule chair. 32 Ce mystère est grand : moi, je déclare qu’il concerne le Christ et l’Eglise. 33 En tout cas, chacun de vous, pour sa part, doit aimer sa femme comme lui-même, et la femme, respecter son mari.
Evangile de Jean 8,1-11 – La femme adultère
1 Et Jésus gagna le mont des Oliviers. 2 Dès le point du jour, il revint au temple et, comme tout le peuple venait à lui, il s’assit et se mit à enseigner. 3 Les scribes et les Pharisiens amenèrent alors une femme qu’on avait surprise en adultère et ils la placèrent au milieu du groupe. 4 « Maître, lui dirent-ils, cette femme a été prise en flagrant délit d’adultère. 5 Dans la Loi, Moïse nous a prescrit de lapider ces femmes-là. Et toi, qu’en dis-tu ? » 6 Ils parlaient ainsi dans l’intention de lui tendre un piège, pour avoir de quoi l’accuser. Mais Jésus, se baissant, se mit à tracer du doigt des traits sur le sol. 7 Comme ils continuaient à lui poser des questions, Jésus se redressa et leur dit : « Que celui d’entre vous qui n’a jamais péché lui jette la première pierre. » 8 Et s’inclinant à nouveau, il se remit à tracer des traits sur le sol. 9 Après avoir entendu ces paroles, ils se retirèrent l’un après l’autre, à commencer par les plus âgés, et Jésus resta seul. Comme la femme était toujours là, au milieu du cercle, 10 Jésus se redressa et lui dit : « Femme, où sont-ils donc ? Personne ne t’a condamnée ? » 11 Elle répondit : « Personne, Seigneur », et Jésus lui dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas : va, et désormais ne pèche plus. »
Prédication du 30 août 2026 à l’Eglise de Péry, dans le Jura bernois, en Suisse
Les textes bibliques qui parlent du mariage et plus généralement des relations entre les femmes et les hommes sont à la fois instructifs, parfois très affirmatifs, voire rigides et parfois franchement problématiques pour un lecteur moderne vivant dans un contexte démocratique marqué depuis des décennies par de fortes revendications féministes.
Trois témoins bibliques espacés de plusieurs siècles
Trois textes bibliques nous servent de témoins du traitement accordé par les Ecritures judéo-chrétiennes à cette problématique ultra-délicate des relations entre les femmes et les hommes:
Le livre du prophète Malachie, qui condamne d’une part le divorce du premier mariage et d’autre part le mariage avec des femmes étrangères, et donc adeptes d’autres religions, date vraisemblablement du cinquième siècle avant Jésus-Christ, vers 450 avant notre ère.
L’Epître aux Ephésiens, qui enseigne aux femmes à être soumises à leur maris et aux maris à aimer leurs femmes comme le Christ a aimé l’Eglise, a vraisemblablement été écrite par un disciple de l’apôtre Paul entre 80 et 100 après J.-C.
Enfin, le célèbre texte placé au début du huitième chapitre de l’Evangile de Jean, dans lequel Jésus prend la défense d’une femme adultère menacée de lapidation, est un ajout tardif dans cet Evangile, qui ne figure pas dans les manuscrits les plus anciens. Selon l’exégète Jean Zumstein (L’Evangile selon Saint Jean (1-12). Commentaire du Nouveau Testament IVa, Deuxième série, Labor et Fides, 2014, p.277), ce récit date du troisième, voire du quatrième siècle après J.-C. et sa véracité historique est controversée.
La condamnation des divorces et des mariages mixtes
Le texte le plus ancien, dans le livre du prophète Malachie 2,10-16, aborde en réalité deux thèmes différents, qui proviennent visiblement de deux textes à l’origine séparés, qui ont été rappondus par le rédacteur final du livre:
D’une part, Juda y est accusé d’avoir « profané les choses saintes », « il a épousé la fille d’un dieu étranger » (2,11.12). L’exégète René Vuilleumier (S. Amsler, A. Lacocque, R. Vuilleumier, Aggée, Zacharie, Malachie, Commentaire de l’Ancien Testament XIc, Labor et Fides, 1988, p.240) explique que « les mariages mixtes [avec des femmes d’autres peuples ayant d’autres religions que les juifs] sont violemment rejetés comme une faute grave. Il y a péril de contamination [religieuse]. La famille entière doit être retranchée du peuple, c’est-à-dire excommuniée ».
Dans la mesure où, d’autre part, Malachie interdit le divorce d’avec « la femme de sa jeunesse » (2,14.15), un juif ayant épousé une femme étrangère ne pouvait pas divorcer, la famille entière devait donc être exclue du peuple juif afin que la religion de l’épouse ne conduise pas certains juifs à adopter d’autres religions.
Ce phénomène d’exclusion religieuse est très fréquent dans l’histoire des religions. Il existe actuellement dans plusieurs pays une résistance aux mariages entre musulmans, juifs et chrétiens, par exemple. Dans nos régions, ce phénomène était bien connu il y a encore quelques décennies: Un catholique ne devait pas épouser une protestante, ni l’inverse, au risque d’être sévèrement rejetés par leurs familles respectives.
Soulignons qu’un autre aspect du texte de Malachie s’apparente davantage au respect de la femme revendiqué par le féminisme moderne: Selon R. Vuilleumier, le prophète semble s’opposer à ce que des femmes soient répudiées lorsque qu’elles n’enfantent pas et que le couple s’avère stérile. Selon le verset 2,15, difficile à traduire, le couple uni par Dieu demeure indivisible. Vuilleumier précise: « La procréation est certes une bénédiction de Dieu. Cependant, le mariage garde toute sa valeur même s’il reste infécond » (p.240). Selon Malachie, l’amour pour la femme semble donc plus important que sa fécondité. Remarquons, au passage, que nous savons aujourd’hui que la stérilité du couple peut provenir autant du mari que de l’épouse, ce qui était moins clair dans l’Antiquité.
On notera toutefois, comme c’est le cas de l’immense majorité des textes des prophètes de l’Ancien Testament, que les textes de Malachie s’adressent prioritairement, voire exclusivement, aux hommes. Malachie enseigne certes aux hommes à ne pas trahir leurs femmes, mais il ne s’adresse pas directement à elles : « Parce que le Seigneur a été témoin entre toi et la femme de ta jeunesse que, toi, tu as trahie » (Ml 2,14). Cela donne l’impression que l’homme seul, et non la femme, est un authentique sujet religieux auquel il est pertinent et nécessaire de s’adresser, tandis que Dieu ne s’adresse qu’indirectement aux femmes, par l’intermédiaire des hommes.
Le féminisme de Jésus, fait rare dans l’Antiquité
Alors même que le texte de l’Evangile de Jean 8,1-11 est sans doute un ajout tardif datant de plus d’un siècle après le ministère de Jésus de Nazareth, la tradition semble avoir conservé la trace qu’il fut un des rares chefs religieux juifs de l’Antiquité à s’adresser directement aux femmes et à leur confier des fonctions religieuses réelles. J. Zumstein observe que dans ce texte « Toute l’attention de la narration se focalise sur cette femme placée au centre » (p.279). En effet, la boutade que Jésus rétorque aux scribes et aux Pharisiens est sans appel : « Que celui d’entre vous qui est sans péché, lui jette le premier la pierre » (8,7). Cette parole est extraordinaire parce qu’elle donne l’impression que Jésus donne lui-même l’ordre de lapider cette femme réellement coupable d’adultère, à la seule condition que le premier à jeter une pierre soit sans péché. Ses adversaires ne peuvent donc pas lui reprocher de ne pas respecter la Loi. J. Zumstein constate qu’avec cette dernière condition, « L’accusateur se transforme en accusé » (p.280), car personne ne peut raisonnablement se considérer comme étant « sans péché » aucun.
J. Zumstein souligne ensuite que selon ce texte, Jésus n’est pas laxiste, il ne banalise ni ne légitime l’adultère, cependant « Ce n’est pas le passé de cette femme qui l’intéresse, mais son avenir ». Loin de la juger, Jésus « la libère pour lui proposer un avenir marqué par une nouvelle fidélité à la volonté de Dieu » (p.280). Ici, Jésus ne s’adresse pas aux femmes via des hommes interposés, mais il les considère comme d’authentiques personnes religieuses. La porte s’ouvre ainsi vers la revendication moderne des droits des femmes. Jésus peut donc être considéré comme un lointain précurseur du féminisme moderne.
Le caractère exceptionnel du féminisme de Jésus est encore souligné par le fait que l’Eglise primitive, dès après le départ du Maître (après sa crucifixion et sa résurrection), s’empressa de revenir à des vues plus traditionnelles au sujet de la soumission des femmes dans le couple, dans la famille et dans les assemblées religieuses, où l’apôtre Paul ne leur autorisait pas la parole, leur ordonnant de se renseigner à la maison auprès de leur mari (1Co 14,34-35).
Ce féminisme accentué de Jésus eut cependant ses limites. Ses douze principaux disciples dotés d’autorité furent des hommes. On notera par surcroît, de façon plus caractéristique encore, que lui-même fut un homme et non une femme. De nos jours encore, je ne suis pas certain que l’Eglise soit à même d’accepter que « le Sauveur » aurait pu être une femme.
Soumission de l’épouse, sacrifice du mari
Dans sa présentation du couple chrétien, l’auteur de l’épître aux Ephésiens 5,21-33 semble hésiter entre plusieurs approches plus ou moins féministes : « Vous qui craignez le Christ, soumettez-vous les uns aux autres ; femmes soyez soumises à vos maris comme au Seigneur » (5,21-22). Quel modèle faut-il choisir : La soumission et l’écoute mutuelle des époux, ou la soumission de l’épouse à son mari ? L’auteur essaye de compenser l’aspect oppressant de cette soumission de l’épouse, pouvant être ressenti comme contraire à l’amour du prochain enseigné par Jésus, en chargeant le mari d’une tâche tout aussi lourde par compensation : « maris, aimez-vos femmes comme le Christ a aimé l’Eglise et s’est livré lui-même pour elle » (5,25). D’un côté la soumission, de l’autre l’amour sacrificiel.
En tant que pasteur, en observant la vie de différents couples, je pense que ce partage asymétrique des rôles dans le couple n’est plus pertinent dans le monde d’aujourd’hui. D’une part, les épouses n’ont pas à être soumises à leur mari, car la femme n’est en rien inférieure moralement et spirituellement à l’homme. D’autre part, on ne peut pas exiger des maris un tel amour christique pour leurs épouses, car ils n’en sont tout simplement pas capables. Le mari ne parvient pas à être aussi parfaitement aimant envers sa femme que le Christ le fut envers l’Eglise. Il y a là une exigence illusoire, qui déforme la réalité psychologique de la relation dans le couple. Le féminisme moderne a donc raison de militer en faveur d’un rééquilibrage des rôles des femmes et des hommes. A mon sens, le féminisme dépasse une seine mesure s’il en vient à considérer un renversement par lequel ce sont maintenant les femmes qui prennent de l’ascendant sur les hommes.
Une annonce de l’Evangile qui reste marquée par la culture de son temps
En conclusion, nous constatons que la Bible contient de fréquentes recommandations de respect et d’attention envers les femmes, mais que les textes bibliques s’adressent en priorité aux hommes, selon les coutumes de l’Antiquité. La Bible présente le mariage entre un homme et une femme comme un modèle relationnel de fidélité, qui comporte ainsi une dimension sacrée qui s’apparente à la relation entre les humains et Dieu. Il s’agit d’une révélation qui accorde au mariage une signification théologique élevée, dans laquelle s’éprouve à la fois la fidélité humaine entre époux et leur fidélité à Dieu.
Cette élévation du mariage invite à la soumission mutuelle, c’est-à-dire à une relation fondée sur le respect et l’écoute réciproque de l’autre. L’époux se doit d’écouter ce que son épouse souhaite lui partager, et l’épouse se doit d’écouter ce que son mari souhaite lui partager. Cet échange est particulièrement important dans les domaines délicats d’une vie de couple, qui nécessitent une évolution psychologique des deux époux.
En définitive, même si l’on admet que les rôles de l’homme et de la femme ne sont pas tout-à-fait identiques dans le couple (par exemple, seule la femme porte les grossesses), affirmer la soumission de la femme est devenu problématique aujourd’hui. Accorder le pouvoir de dominer l’autre à l’un des époux déséquilibre la relation.
Selon notre foi, la Bible contient la révélation de la Parole de Dieu, mais cela n’implique pas que nous devions croire qu’elle fut parfaitement inspirée mot pour mot par Dieu. Les auteurs bibliques porteurs de l’Evangile étaient influencés par certains aspects de l’état d’esprit et de la culture de leur temps, auxquels nous n’avons plus besoin d’adhérer. Cette évolution des mentalités nous empêche de lire et d’appliquer la Bible sans réfléchir, au pieds de la lettre. Elle nous invite à lire la Bible avec une oreille croyante, attentive et critique. Amen
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10 N’avons-nous pas tous un seul père ? Un seul Dieu ne nous a-t-il pas créés ? Pourquoi sommes-nous traîtres l’un envers l’autre, profanant ainsi l’alliance avec nos pères ? 11 Juda a trahi. Une abomination a été commise en Israël et à Jérusalem. Oui, Juda a profané le lieu saint cher au SEIGNEUR, en épousant la fille d’un dieu étranger. 12 L’homme qui agit ainsi, que le SEIGNEUR lui retranche fils et famille des tentes de Jacob, et même celui qui présente l’offrande au SEIGNEUR de l’univers. 13 Voici en deuxième lieu ce que vous faites : Inonder de larmes l’autel du SEIGNEUR – pleurs et gémissements – parce qu’il ne prête plus attention à l’offrande et ne la reçoit plus favorablement de vos mains. 14 Vous dites : « Pourquoi cela ? » – Parce que le SEIGNEUR a été témoin entre toi et la femme de ta jeunesse que, toi, tu as trahie. Elle était pourtant ta compagne, la femme à laquelle tu es lié ! 15 Et le SEIGNEUR n’a-t-il pas fait un être unique, chair animée d’un souffle de vie ? Et que cherche cet unique ? Une descendance accordée par Dieu ? – Respectez votre vie. Que personne ne soit traître envers la femme de sa jeunesse. 16 En effet, répudier par haine, dit le SEIGNEUR, le Dieu d’Israël, c’est charger son vêtement de violence, dit le SEIGNEUR de l’univers. Respectez votre vie. Ne soyez pas traîtres.
Epître aux Ephésiens 5,21-33 – Les relations nouvelles
21 Vous qui craignez le Christ, soumettez-vous les uns aux autres ; 22 femmes, soyez soumises à vos maris comme au Seigneur. 23 Car le mari est le chef de la femme, tout comme le Christ est le chef de l’Eglise, lui le Sauveur de son corps. 24 Mais, comme l’Eglise est soumise au Christ, que les femmes soient soumises en tout à leurs maris. 25 Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l’Eglise et s’est livré lui-même pour elle ; 26 il a voulu ainsi la rendre sainte en la purifiant avec l’eau qui lave, et cela par la Parole ; 27 il a voulu se la présenter à lui-même splendide, sans tache ni ride, ni aucun défaut ; il a voulu son Eglise sainte et irréprochable. 28 C’est ainsi que le mari doit aimer sa femme, comme son propre corps. Celui qui aime sa femme, s’aime lui-même. 29 Jamais personne n’a pris sa propre chair en aversion ; au contraire, on la nourrit, on l’entoure d’attention comme le Christ fait pour son Eglise ; 30 ne sommes-nous pas les membres de son corps ? 31 C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne seront qu’une seule chair. 32 Ce mystère est grand : moi, je déclare qu’il concerne le Christ et l’Eglise. 33 En tout cas, chacun de vous, pour sa part, doit aimer sa femme comme lui-même, et la femme, respecter son mari.
Evangile de Jean 8,1-11 – La femme adultère
1 Et Jésus gagna le mont des Oliviers. 2 Dès le point du jour, il revint au temple et, comme tout le peuple venait à lui, il s’assit et se mit à enseigner. 3 Les scribes et les Pharisiens amenèrent alors une femme qu’on avait surprise en adultère et ils la placèrent au milieu du groupe. 4 « Maître, lui dirent-ils, cette femme a été prise en flagrant délit d’adultère. 5 Dans la Loi, Moïse nous a prescrit de lapider ces femmes-là. Et toi, qu’en dis-tu ? » 6 Ils parlaient ainsi dans l’intention de lui tendre un piège, pour avoir de quoi l’accuser. Mais Jésus, se baissant, se mit à tracer du doigt des traits sur le sol. 7 Comme ils continuaient à lui poser des questions, Jésus se redressa et leur dit : « Que celui d’entre vous qui n’a jamais péché lui jette la première pierre. » 8 Et s’inclinant à nouveau, il se remit à tracer des traits sur le sol. 9 Après avoir entendu ces paroles, ils se retirèrent l’un après l’autre, à commencer par les plus âgés, et Jésus resta seul. Comme la femme était toujours là, au milieu du cercle, 10 Jésus se redressa et lui dit : « Femme, où sont-ils donc ? Personne ne t’a condamnée ? » 11 Elle répondit : « Personne, Seigneur », et Jésus lui dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas : va, et désormais ne pèche plus. »
Prédication du 30 août 2026 à l’Eglise de Péry, dans le Jura bernois, en Suisse
Les textes bibliques qui parlent du mariage et plus généralement des relations entre les femmes et les hommes sont à la fois instructifs, parfois très affirmatifs, voire rigides et parfois franchement problématiques pour un lecteur moderne vivant dans un contexte démocratique marqué depuis des décennies par de fortes revendications féministes.
Trois témoins bibliques espacés de plusieurs siècles
Trois textes bibliques nous servent de témoins du traitement accordé par les Ecritures judéo-chrétiennes à cette problématique ultra-délicate des relations entre les femmes et les hommes:
Le livre du prophète Malachie, qui condamne d’une part le divorce du premier mariage et d’autre part le mariage avec des femmes étrangères, et donc adeptes d’autres religions, date vraisemblablement du cinquième siècle avant Jésus-Christ, vers 450 avant notre ère.
L’Epître aux Ephésiens, qui enseigne aux femmes à être soumises à leur maris et aux maris à aimer leurs femmes comme le Christ a aimé l’Eglise, a vraisemblablement été écrite par un disciple de l’apôtre Paul entre 80 et 100 après J.-C.
Enfin, le célèbre texte placé au début du huitième chapitre de l’Evangile de Jean, dans lequel Jésus prend la défense d’une femme adultère menacée de lapidation, est un ajout tardif dans cet Evangile, qui ne figure pas dans les manuscrits les plus anciens. Selon l’exégète Jean Zumstein (L’Evangile selon Saint Jean (1-12). Commentaire du Nouveau Testament IVa, Deuxième série, Labor et Fides, 2014, p.277), ce récit date du troisième, voire du quatrième siècle après J.-C. et sa véracité historique est controversée.
La condamnation des divorces et des mariages mixtes
Le texte le plus ancien, dans le livre du prophète Malachie 2,10-16, aborde en réalité deux thèmes différents, qui proviennent visiblement de deux textes à l’origine séparés, qui ont été rappondus par le rédacteur final du livre:
D’une part, Juda y est accusé d’avoir « profané les choses saintes », « il a épousé la fille d’un dieu étranger » (2,11.12). L’exégète René Vuilleumier (S. Amsler, A. Lacocque, R. Vuilleumier, Aggée, Zacharie, Malachie, Commentaire de l’Ancien Testament XIc, Labor et Fides, 1988, p.240) explique que « les mariages mixtes [avec des femmes d’autres peuples ayant d’autres religions que les juifs] sont violemment rejetés comme une faute grave. Il y a péril de contamination [religieuse]. La famille entière doit être retranchée du peuple, c’est-à-dire excommuniée ».
Dans la mesure où, d’autre part, Malachie interdit le divorce d’avec « la femme de sa jeunesse » (2,14.15), un juif ayant épousé une femme étrangère ne pouvait pas divorcer, la famille entière devait donc être exclue du peuple juif afin que la religion de l’épouse ne conduise pas certains juifs à adopter d’autres religions.
Ce phénomène d’exclusion religieuse est très fréquent dans l’histoire des religions. Il existe actuellement dans plusieurs pays une résistance aux mariages entre musulmans, juifs et chrétiens, par exemple. Dans nos régions, ce phénomène était bien connu il y a encore quelques décennies: Un catholique ne devait pas épouser une protestante, ni l’inverse, au risque d’être sévèrement rejetés par leurs familles respectives.
Soulignons qu’un autre aspect du texte de Malachie s’apparente davantage au respect de la femme revendiqué par le féminisme moderne: Selon R. Vuilleumier, le prophète semble s’opposer à ce que des femmes soient répudiées lorsque qu’elles n’enfantent pas et que le couple s’avère stérile. Selon le verset 2,15, difficile à traduire, le couple uni par Dieu demeure indivisible. Vuilleumier précise: « La procréation est certes une bénédiction de Dieu. Cependant, le mariage garde toute sa valeur même s’il reste infécond » (p.240). Selon Malachie, l’amour pour la femme semble donc plus important que sa fécondité. Remarquons, au passage, que nous savons aujourd’hui que la stérilité du couple peut provenir autant du mari que de l’épouse, ce qui était moins clair dans l’Antiquité.
On notera toutefois, comme c’est le cas de l’immense majorité des textes des prophètes de l’Ancien Testament, que les textes de Malachie s’adressent prioritairement, voire exclusivement, aux hommes. Malachie enseigne certes aux hommes à ne pas trahir leurs femmes, mais il ne s’adresse pas directement à elles : « Parce que le Seigneur a été témoin entre toi et la femme de ta jeunesse que, toi, tu as trahie » (Ml 2,14). Cela donne l’impression que l’homme seul, et non la femme, est un authentique sujet religieux auquel il est pertinent et nécessaire de s’adresser, tandis que Dieu ne s’adresse qu’indirectement aux femmes, par l’intermédiaire des hommes.
Le féminisme de Jésus, fait rare dans l’Antiquité
Alors même que le texte de l’Evangile de Jean 8,1-11 est sans doute un ajout tardif datant de plus d’un siècle après le ministère de Jésus de Nazareth, la tradition semble avoir conservé la trace qu’il fut un des rares chefs religieux juifs de l’Antiquité à s’adresser directement aux femmes et à leur confier des fonctions religieuses réelles. J. Zumstein observe que dans ce texte « Toute l’attention de la narration se focalise sur cette femme placée au centre » (p.279). En effet, la boutade que Jésus rétorque aux scribes et aux Pharisiens est sans appel : « Que celui d’entre vous qui est sans péché, lui jette le premier la pierre » (8,7). Cette parole est extraordinaire parce qu’elle donne l’impression que Jésus donne lui-même l’ordre de lapider cette femme réellement coupable d’adultère, à la seule condition que le premier à jeter une pierre soit sans péché. Ses adversaires ne peuvent donc pas lui reprocher de ne pas respecter la Loi. J. Zumstein constate qu’avec cette dernière condition, « L’accusateur se transforme en accusé » (p.280), car personne ne peut raisonnablement se considérer comme étant « sans péché » aucun.
J. Zumstein souligne ensuite que selon ce texte, Jésus n’est pas laxiste, il ne banalise ni ne légitime l’adultère, cependant « Ce n’est pas le passé de cette femme qui l’intéresse, mais son avenir ». Loin de la juger, Jésus « la libère pour lui proposer un avenir marqué par une nouvelle fidélité à la volonté de Dieu » (p.280). Ici, Jésus ne s’adresse pas aux femmes via des hommes interposés, mais il les considère comme d’authentiques personnes religieuses. La porte s’ouvre ainsi vers la revendication moderne des droits des femmes. Jésus peut donc être considéré comme un lointain précurseur du féminisme moderne.
Le caractère exceptionnel du féminisme de Jésus est encore souligné par le fait que l’Eglise primitive, dès après le départ du Maître (après sa crucifixion et sa résurrection), s’empressa de revenir à des vues plus traditionnelles au sujet de la soumission des femmes dans le couple, dans la famille et dans les assemblées religieuses, où l’apôtre Paul ne leur autorisait pas la parole, leur ordonnant de se renseigner à la maison auprès de leur mari (1Co 14,34-35).
Ce féminisme accentué de Jésus eut cependant ses limites. Ses douze principaux disciples dotés d’autorité furent des hommes. On notera par surcroît, de façon plus caractéristique encore, que lui-même fut un homme et non une femme. De nos jours encore, je ne suis pas certain que l’Eglise soit à même d’accepter que « le Sauveur » aurait pu être une femme.
Soumission de l’épouse, sacrifice du mari
Dans sa présentation du couple chrétien, l’auteur de l’épître aux Ephésiens 5,21-33 semble hésiter entre plusieurs approches plus ou moins féministes : « Vous qui craignez le Christ, soumettez-vous les uns aux autres ; femmes soyez soumises à vos maris comme au Seigneur » (5,21-22). Quel modèle faut-il choisir : La soumission et l’écoute mutuelle des époux, ou la soumission de l’épouse à son mari ? L’auteur essaye de compenser l’aspect oppressant de cette soumission de l’épouse, pouvant être ressenti comme contraire à l’amour du prochain enseigné par Jésus, en chargeant le mari d’une tâche tout aussi lourde par compensation : « maris, aimez-vos femmes comme le Christ a aimé l’Eglise et s’est livré lui-même pour elle » (5,25). D’un côté la soumission, de l’autre l’amour sacrificiel.
En tant que pasteur, en observant la vie de différents couples, je pense que ce partage asymétrique des rôles dans le couple n’est plus pertinent dans le monde d’aujourd’hui. D’une part, les épouses n’ont pas à être soumises à leur mari, car la femme n’est en rien inférieure moralement et spirituellement à l’homme. D’autre part, on ne peut pas exiger des maris un tel amour christique pour leurs épouses, car ils n’en sont tout simplement pas capables. Le mari ne parvient pas à être aussi parfaitement aimant envers sa femme que le Christ le fut envers l’Eglise. Il y a là une exigence illusoire, qui déforme la réalité psychologique de la relation dans le couple. Le féminisme moderne a donc raison de militer en faveur d’un rééquilibrage des rôles des femmes et des hommes. A mon sens, le féminisme dépasse une seine mesure s’il en vient à considérer un renversement par lequel ce sont maintenant les femmes qui prennent de l’ascendant sur les hommes.
Une annonce de l’Evangile qui reste marquée par la culture de son temps
En conclusion, nous constatons que la Bible contient de fréquentes recommandations de respect et d’attention envers les femmes, mais que les textes bibliques s’adressent en priorité aux hommes, selon les coutumes de l’Antiquité. La Bible présente le mariage entre un homme et une femme comme un modèle relationnel de fidélité, qui comporte ainsi une dimension sacrée qui s’apparente à la relation entre les humains et Dieu. Il s’agit d’une révélation qui accorde au mariage une signification théologique élevée, dans laquelle s’éprouve à la fois la fidélité humaine entre époux et leur fidélité à Dieu.
Cette élévation du mariage invite à la soumission mutuelle, c’est-à-dire à une relation fondée sur le respect et l’écoute réciproque de l’autre. L’époux se doit d’écouter ce que son épouse souhaite lui partager, et l’épouse se doit d’écouter ce que son mari souhaite lui partager. Cet échange est particulièrement important dans les domaines délicats d’une vie de couple, qui nécessitent une évolution psychologique des deux époux.
En définitive, même si l’on admet que les rôles de l’homme et de la femme ne sont pas tout-à-fait identiques dans le couple (par exemple, seule la femme porte les grossesses), affirmer la soumission de la femme est devenu problématique aujourd’hui. Accorder le pouvoir de dominer l’autre à l’un des époux déséquilibre la relation.
Selon notre foi, la Bible contient la révélation de la Parole de Dieu, mais cela n’implique pas que nous devions croire qu’elle fut parfaitement inspirée mot pour mot par Dieu. Les auteurs bibliques porteurs de l’Evangile étaient influencés par certains aspects de l’état d’esprit et de la culture de leur temps, auxquels nous n’avons plus besoin d’adhérer. Cette évolution des mentalités nous empêche de lire et d’appliquer la Bible sans réfléchir, au pieds de la lettre. Elle nous invite à lire la Bible avec une oreille croyante, attentive et critique. Amen
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