Ibrahim Mahama (en français) – Owusu se M’amma (The Driver’s Lament), 2023–24
Le prophète Zacharie débute sa prophétie avec un rappel des causes spirituelles de la catastrophe nationale de l’Exil des Juifs à Babylone, de 586 à 538 av. J.-C., qu’il attribue à un manque d’écoute de la Parole divine de la part du peuple élu. Afin de ne pas répéter de tels désastres, il s’agit de ne pas « imiter les pères » mais de « revenir à Dieu ». De notre temps, l’histoire à ne pas imiter est celle de l’extrémisme politique, qui s’est manifesté de manière incomparable dans le nazisme, et qui consiste à se croire seul détenteur de la vérité, ce qui dispense d’écouter d’autres avis que le sien. C’est donc bien l’écoute mutuelle au sein du multipartisme démocratique, mais aussi au sein des relations familiales, qui conduit à la possibilité de construire des relations durablement enrichissantes et paisibles.
Le prophète Zacharie débute sa prophétie avec un rappel des causes spirituelles de la catastrophe nationale de l’Exil des Juifs à Babylone, de 586 à 538 av. J.-C., qu’il attribue à un manque d’écoute de la Parole divine de la part du peuple élu. Afin de ne pas répéter de tels désastres, il s’agit de ne pas « imiter les pères » mais de « revenir à Dieu ». De notre temps, l’histoire à ne pas imiter est celle de l’extrémisme politique, qui s’est manifesté de manière incomparable dans le nazisme, et qui consiste à se croire seul détenteur de la vérité, ce qui dispense d’écouter d’autres avis que le sien. C’est donc bien l’écoute mutuelle au sein du multipartisme démocratique, mais aussi au sein des relations familiales, qui conduit à la possibilité de construire des relations durablement enrichissantes et paisibles.
Gilles Bourquin,
Livre du prophète Zacharie 1,1-6 – N’attendez pas le châtiment pour vous convertir
1 Au huitième mois, la deuxième année du règne de Darius, la parole du SEIGNEUR fut adressée au prophète Zacharie, fils de Bèrèkya, fils de Iddo :
2 – « Le SEIGNEUR s’est violemment irrité contre vos pères. »
3 Dis-leur : « Ainsi parle le SEIGNEUR de l’univers :
Revenez à moi – oracle du SEIGNEUR de l’univers –
et je reviendrai à vous, dit le SEIGNEUR de l’univers.
4 N’imitez pas vos pères, eux que les prophètes de jadis ont interpellés en ces termes : “Ainsi parle le SEIGNEUR de l’univers : Revenez donc, renoncez à vos chemins mauvais et à votre conduite mauvaise”, mais ils n’ont pas écouté et n’ont pas pris garde à moi – oracle du SEIGNEUR. 5 Vos pères, où sont-ils, eux ? Et les prophètes, vivent-ils toujours ? 6 Pourtant mes déclarations et mes décisions, celles dont j’avais chargé mes serviteurs les prophètes, n’ont-elles pas atteint vos pères ? Alors ils sont revenus et ils ont avoué : “Le SEIGNEUR de l’univers avait décidé de nous traiter selon nos chemins et notre conduite, et c’est bien ainsi qu’il nous a traités.”
Epître de Jacques 4,1-12 – Ami du monde, ennemi de Dieu. Qui es-tu pour juger le prochain ?
1 D’où viennent les conflits, d’où viennent les combats parmi vous ? N’est-ce pas de vos plaisirs qui guerroient dans vos membres ? 2 Vous convoitez et ne possédez pas ; vous êtes meurtriers et jaloux, et ne pouvez réussir ; vous combattez et bataillez. Vous ne possédez pas parce que vous n’êtes pas demandeurs ; 3 vous demandez et ne recevez pas parce que vos demandes ne visent à rien de mieux que de dépenser pour vos plaisirs.
4 Femmes infidèles ! Ne savez-vous pas que l’amitié envers le monde est hostilité contre Dieu ? Celui qui veut être ami du monde se fait donc ennemi de Dieu. 5 Ou bien pensez-vous que ce ne soit pour rien que l’Ecriture dit : Dieu désire jalousement l’esprit qu’il a fait habiter en nous ? 6 Mais il fait mieux pour se montrer favorable ; voilà pourquoi l’Ecriture dit : Dieu résiste aux orgueilleux, mais se montre favorable aux humbles. 7 Soumettez-vous donc à Dieu, mais résistez au diable, et il fuira loin de vous ; 8 approchez-vous de Dieu et il s’approchera de vous. Nettoyez vos mains, pécheurs, et purifiez vos cœurs, hommes partagés ! 9 Reconnaissez votre misère, prenez le deuil, pleurez ; que votre rire se change en deuil et votre joie en abattement ! 10 Humiliez-vous devant le Seigneur, et il vous élèvera.
11 Ne médisez pas les uns des autres, frères. Celui qui médit d’un frère ou juge son frère médit de la loi et met la loi en jugement. Or si tu mets la loi en jugement, tu n’es plus applicateur de la loi mais un juge. 12 Un seul est législateur et juge : celui qui peut sauver et perdre. Qui es-tu, toi, pour juger le prochain ?
Evangile de Matthieu 10,26-36 Ne craignez rien ! Non la paix, mais le glaive
26 Ne les craignez donc pas ! Rien n’est voilé qui ne sera dévoilé, rien n’est secret qui ne sera connu. 27 Ce que je vous dis dans l’ombre, dites-le au grand jour ; ce que vous entendez dans le creux de l’oreille, proclamez-le sur les terrasses. 28 Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, mais ne peuvent tuer l’âme ; craignez bien plutôt celui qui peut faire périr âme et corps dans la géhenne. 29 Est-ce que l’on ne vend pas deux moineaux pour un sou ? Pourtant, pas un d’entre eux ne tombe à terre sans votre Père. 30 Quant à vous, même vos cheveux sont tous comptés. 31 Soyez donc sans crainte : vous valez mieux, vous, que tous les moineaux. 32 Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, je me déclarerai moi aussi pour lui devant mon Père qui est aux cieux ; 33 mais quiconque me reniera devant les hommes, je le renierai moi aussi devant mon Père qui est aux cieux.
34 N’allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais bien le glaive. 35 Oui, je suis venu séparer l’homme de son père, la fille de sa mère, la belle-fille de sa belle-mère : 36 on aura pour ennemis les gens de sa maison.
Prédication du 9 août 2026 à Péry
Le prophète Zacharie reçoit la prophétie qui occupe le début du livre biblique qui lui est consacré, en laquelle il présente son programme prophétique, en l’an 520 avant Jésus-Christ, à savoir la deuxième année du roi de Perse Darius successeur de Cyrus et Cambyse.
Les causes spirituelles de la catastrophe nationale de l’Exil des Juifs à Babylone
Cette prophétie de Zacharie revient sur la catastrophe nationale de l’Exil des Juifs à Babylone de 586 à 538 avant Jésus-Christ, qui a mis un terme aux quatre siècles de la Royauté à Jérusalem, inaugurée par le roi David autour de l’an mille avant Jésus-Christ.
Pour l’ensemble de l’Ancien Testament, l’incendie de la ville sainte, la destruction du Temple, la déportation et la captivité des populations juives à Babylone en 586 avant Jésus-Christ revêt une signification théologique fondamentale, puisque cette défaite annule la conquête victorieuse du pays de Canaan par les Israélites effectuée mille ans auparavant.
Les Juifs voient ainsi « le pays où coule le lait et le miel », la Terre promise par Dieu leur échapper, dans un événement qui revêt une signification inverse à celle de leur Exode victorieux hors d’Egypte, libérés par Moïse de l’esclavage sous le pouvoir du Pharaon.
Comment une telle défaite, comment une telle catastrophe spirituelle et politique a-t-elle pu atteindre le peuple élu par Dieu ? La réponse que Zacharie apporte à cette question cruciale est identique à celle des prophètes juifs qui l’ont précédé : « Le Seigneur s’est violemment irrité contre vos pères » (Za 1,2). Ce n’est donc pas par faiblesse ni par désintérêt que Dieu a permis le désastre, mais par ardente colère contre son peuple.
La leçon théologique du prophète est sans appel : Israël, la nation juive, ne bénéficie d’aucun favoritisme de la part de Dieu vis-à-vis des autres peuples humains. Si cette nation sainte se comporte mal, elle ne tarde pas à subir un désarroi semblable aux autres nations.
Presque deux décennies après leur retour en Judée autorisé par l’Edit de Cyrus, tandis que la reconstruction du Temple de Jérusalem tarde par manque de zèle des rescapés de l’Exil, le prophète Zacharie avertit : « N’imitez pas vos pères, eux que les prophètes de jadis avaient interpellés […] : Revenez donc, renoncez à vous chemins mauvais » (Za 1,3-4).
Il s’agit donc de tirer leçon de l’histoire, et de ne pas répéter les mêmes fautes du passé qui avaient conduit à la catastrophe nationale, car il faut se l’avouer : « Le Seigneur avait décidé de nous traiter selon nos chemins, et c’est bien ainsi qu’il nous a traités » (Za 1,6).
Mais de quelles fautes parle-t-on ? Quels peuvent donc être ces égarements suffisamment graves ayant conduit le Seigneur à livrer son peuple élu à l’Exil chez ses pires ennemis ? La réponse du prophète tient en une courte phrase chargée de sens : « ils n’ont pas écouté et n’ont pas pris garde à moi » (Za 1,4). Le problème de fond, c’est l’absence d’écoute.
Une prophétie qui dénonce l’absence de l’écoute
L’avantage de cette prophétie, c’est qu’elle ne dénonce pas un méfait particulier que le peuple juif aurait commis, mais une attitude que l’on peut considérer comme étant à l’origine de tous les conflits humains, des plus anodins aux plus violents : le refus ou l’incapacité à écouter une parole que notre prochain souhaite nous communiquer.
En effet, lorsque Dieu souhaite nous adresser une Parole, il se sert la plupart du temps, soit dans nos relations courantes soit en politique, d’une personne qui pense autrement que nous. Notre capacité à écouter un avis, une plainte ou un reproche autre que ce que nous pensons représente la meilleure mesure de notre maturité spirituelle. Qui est capable d’entendre un avis différent du sien a atteint les plus hauts sommets de la spiritualité.
« Humiliez-vous devant le Seigneur, et il vous élèvera », dit l’épître de Jacques (4,10). Qui sait se faire humble et écouter l’avis d’autrui gagne en authenticité et parvient à découvrir des vérités cachées, car « rien n’est secret qui ne sera connu », dit Jésus (Mt 10,26). Ce qui compte, ce n’est pas d’appartenir à telle ou telle religion, mais d’être authentique.
Crises familiales et extrémismes politiques
Dans les relations familiales, le couple est un des lieux privilégiés de l’écoute de l’autre, car les relations intimes dévoilent les défauts de caractère, et qui d’autre qu’un conjoint est-il mieux placé pour exprimer les difficultés relationnelles de son époux ou épouse. La capacité à tenir compte de la critique du conjoint est un gage de la durabilité du couple.
Dans les relations politiques, l’épreuve suprême de l’écoute de l’autre est manifeste dans les systèmes démocratiques où le pouvoir est réparti entre plusieurs partis politiques détenteurs d’avis différents, qui doivent se concerter pour gouverner. Lors d’une disgrâce économique, les partis de gauche et de droite s’accusent l’un l’autre de la responsabilité, et s’ils parviennent à s’entendre, la solution politique qui en découle est souvent avantageuse.
Dans notre monde contemporain, les démocraties sont en peine, aussi en Europe, et les partis extrémistes, qui entendent gouverner sans prendre la peine d’écouter l’avis des autres partis, se multiplient et renforcent leurs scores électoraux. La situation est inquiétante, et la prophétie de Zacharie, « n’imitez pas vos pères, qui n’ont pas écouté, et dans sa grande colère, Dieu les a traités selon leurs chemins », retrouve son actualité.
A mon sens, le modèle absolu de l’histoire à ne pas imiter est celui du nazisme du siècle passé, où l’absence d’écoute du prochain a atteint son paroxysme dans la dictature de Hitler, la guerre totale et les camps d’extermination. Or, les partis d’extrême droite et d’extrême gauche se distinguent, dans nos sociétés, des partis de droite et de gauche démocratiques, par le fait qu’ils prétendent à terme gouverner seuls, obtenir les pleins pouvoirs, dans la mesure où ils pensent détenir seuls la vérité et les solutions politiques.
L’absence d’écoute du prochain se manifeste par quatre caractéristiques que l’on retrouve dans la plupart des systèmes politiques anti-démocratiques, qu’ils soient de gauche ou de droite. Premièrement, le sentiment de toute puissance, qui conduit à se croire détenteur de la seule vérité, ce qui autorise à vouloir l’imposer aux autres, par pression ou par force. Deuxièmement, une intolérance croissante envers l’expression d’avis opposés. Le refus d’écouter l’autre se transforme en mépris politique puis en dévaluation, en condamnation et en menace de celles et ceux qui osent encore exprimer un avis différent. Troisièmement, l’exclusion de certains groupes sociaux, souvent les étrangers, par racisme, accusés d’être à l’origine de tous les maux. Enfin, quatrièmement, et c’est là le point le plus dangereux des extrémismes politiques, le monopole du pouvoir conduit à un point de non-retour qui ne peut mener qu’à la ruine. Ce fut le cas du nazisme, qui une fois atteinte sa puissance maximale totalement dévastatrice, conduisit le pays entier à la catastrophe nationale.
Dieu résiste aux orgueilleux, mais se montre favorable aux humbles
Qu’il s’agisse de relations familiales ou de relations politiques, l’absence d’écoute de Dieu au travers du prochain dénoncée par le prophète Zacharie est la source des pires maux humains, car qui refuse d’écouter son prochain s’enferme dans le mensonge et l’orgueil, et se rend incapable d’évoluer pacifiquement. Etre capable d’écoute, cela ne signifie pas tout accepter, ni penser que les autres ont toujours raison, mais prendre le temps de comprendre et d’évaluer les arguments de chacun, afin de bénéficier de ce que les différents avis peuvent apporter à notre propre raisonnement.
Selon l’épître de Jacques, « Dieu résiste aux orgueilleux, mais se montre favorable aux humbles » (4,6). Il s’agit donc, pour progresser en sagesse, d’accepter d’avoir parfois tort et de le reconnaître, car seule une telle démarche permet d’éviter les crises et les ruptures relationnelles. L’appel de Zacharie conserve donc toute sa valeur : « Revenez à moi et je reviendrai à vous, dis le Seigneur » (1,3). Amen.
Vous pouvez réagir à cette prédication sur » mon propre site internet.
1 Au huitième mois, la deuxième année du règne de Darius, la parole du SEIGNEUR fut adressée au prophète Zacharie, fils de Bèrèkya, fils de Iddo :
2 – « Le SEIGNEUR s’est violemment irrité contre vos pères. »
3 Dis-leur : « Ainsi parle le SEIGNEUR de l’univers :
Revenez à moi – oracle du SEIGNEUR de l’univers –
et je reviendrai à vous, dit le SEIGNEUR de l’univers.
4 N’imitez pas vos pères, eux que les prophètes de jadis ont interpellés en ces termes : “Ainsi parle le SEIGNEUR de l’univers : Revenez donc, renoncez à vos chemins mauvais et à votre conduite mauvaise”, mais ils n’ont pas écouté et n’ont pas pris garde à moi – oracle du SEIGNEUR. 5 Vos pères, où sont-ils, eux ? Et les prophètes, vivent-ils toujours ? 6 Pourtant mes déclarations et mes décisions, celles dont j’avais chargé mes serviteurs les prophètes, n’ont-elles pas atteint vos pères ? Alors ils sont revenus et ils ont avoué : “Le SEIGNEUR de l’univers avait décidé de nous traiter selon nos chemins et notre conduite, et c’est bien ainsi qu’il nous a traités.”
Epître de Jacques 4,1-12 – Ami du monde, ennemi de Dieu. Qui es-tu pour juger le prochain ?
1 D’où viennent les conflits, d’où viennent les combats parmi vous ? N’est-ce pas de vos plaisirs qui guerroient dans vos membres ? 2 Vous convoitez et ne possédez pas ; vous êtes meurtriers et jaloux, et ne pouvez réussir ; vous combattez et bataillez. Vous ne possédez pas parce que vous n’êtes pas demandeurs ; 3 vous demandez et ne recevez pas parce que vos demandes ne visent à rien de mieux que de dépenser pour vos plaisirs.
4 Femmes infidèles ! Ne savez-vous pas que l’amitié envers le monde est hostilité contre Dieu ? Celui qui veut être ami du monde se fait donc ennemi de Dieu. 5 Ou bien pensez-vous que ce ne soit pour rien que l’Ecriture dit : Dieu désire jalousement l’esprit qu’il a fait habiter en nous ? 6 Mais il fait mieux pour se montrer favorable ; voilà pourquoi l’Ecriture dit : Dieu résiste aux orgueilleux, mais se montre favorable aux humbles. 7 Soumettez-vous donc à Dieu, mais résistez au diable, et il fuira loin de vous ; 8 approchez-vous de Dieu et il s’approchera de vous. Nettoyez vos mains, pécheurs, et purifiez vos cœurs, hommes partagés ! 9 Reconnaissez votre misère, prenez le deuil, pleurez ; que votre rire se change en deuil et votre joie en abattement ! 10 Humiliez-vous devant le Seigneur, et il vous élèvera.
11 Ne médisez pas les uns des autres, frères. Celui qui médit d’un frère ou juge son frère médit de la loi et met la loi en jugement. Or si tu mets la loi en jugement, tu n’es plus applicateur de la loi mais un juge. 12 Un seul est législateur et juge : celui qui peut sauver et perdre. Qui es-tu, toi, pour juger le prochain ?
Evangile de Matthieu 10,26-36 Ne craignez rien ! Non la paix, mais le glaive
26 Ne les craignez donc pas ! Rien n’est voilé qui ne sera dévoilé, rien n’est secret qui ne sera connu. 27 Ce que je vous dis dans l’ombre, dites-le au grand jour ; ce que vous entendez dans le creux de l’oreille, proclamez-le sur les terrasses. 28 Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, mais ne peuvent tuer l’âme ; craignez bien plutôt celui qui peut faire périr âme et corps dans la géhenne. 29 Est-ce que l’on ne vend pas deux moineaux pour un sou ? Pourtant, pas un d’entre eux ne tombe à terre sans votre Père. 30 Quant à vous, même vos cheveux sont tous comptés. 31 Soyez donc sans crainte : vous valez mieux, vous, que tous les moineaux. 32 Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, je me déclarerai moi aussi pour lui devant mon Père qui est aux cieux ; 33 mais quiconque me reniera devant les hommes, je le renierai moi aussi devant mon Père qui est aux cieux.
34 N’allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais bien le glaive. 35 Oui, je suis venu séparer l’homme de son père, la fille de sa mère, la belle-fille de sa belle-mère : 36 on aura pour ennemis les gens de sa maison.
Prédication du 9 août 2026 à Péry
Le prophète Zacharie reçoit la prophétie qui occupe le début du livre biblique qui lui est consacré, en laquelle il présente son programme prophétique, en l’an 520 avant Jésus-Christ, à savoir la deuxième année du roi de Perse Darius successeur de Cyrus et Cambyse.
Les causes spirituelles de la catastrophe nationale de l’Exil des Juifs à Babylone
Cette prophétie de Zacharie revient sur la catastrophe nationale de l’Exil des Juifs à Babylone de 586 à 538 avant Jésus-Christ, qui a mis un terme aux quatre siècles de la Royauté à Jérusalem, inaugurée par le roi David autour de l’an mille avant Jésus-Christ.
Pour l’ensemble de l’Ancien Testament, l’incendie de la ville sainte, la destruction du Temple, la déportation et la captivité des populations juives à Babylone en 586 avant Jésus-Christ revêt une signification théologique fondamentale, puisque cette défaite annule la conquête victorieuse du pays de Canaan par les Israélites effectuée mille ans auparavant.
Les Juifs voient ainsi « le pays où coule le lait et le miel », la Terre promise par Dieu leur échapper, dans un événement qui revêt une signification inverse à celle de leur Exode victorieux hors d’Egypte, libérés par Moïse de l’esclavage sous le pouvoir du Pharaon.
Comment une telle défaite, comment une telle catastrophe spirituelle et politique a-t-elle pu atteindre le peuple élu par Dieu ? La réponse que Zacharie apporte à cette question cruciale est identique à celle des prophètes juifs qui l’ont précédé : « Le Seigneur s’est violemment irrité contre vos pères » (Za 1,2). Ce n’est donc pas par faiblesse ni par désintérêt que Dieu a permis le désastre, mais par ardente colère contre son peuple.
La leçon théologique du prophète est sans appel : Israël, la nation juive, ne bénéficie d’aucun favoritisme de la part de Dieu vis-à-vis des autres peuples humains. Si cette nation sainte se comporte mal, elle ne tarde pas à subir un désarroi semblable aux autres nations.
Presque deux décennies après leur retour en Judée autorisé par l’Edit de Cyrus, tandis que la reconstruction du Temple de Jérusalem tarde par manque de zèle des rescapés de l’Exil, le prophète Zacharie avertit : « N’imitez pas vos pères, eux que les prophètes de jadis avaient interpellés […] : Revenez donc, renoncez à vous chemins mauvais » (Za 1,3-4).
Il s’agit donc de tirer leçon de l’histoire, et de ne pas répéter les mêmes fautes du passé qui avaient conduit à la catastrophe nationale, car il faut se l’avouer : « Le Seigneur avait décidé de nous traiter selon nos chemins, et c’est bien ainsi qu’il nous a traités » (Za 1,6).
Mais de quelles fautes parle-t-on ? Quels peuvent donc être ces égarements suffisamment graves ayant conduit le Seigneur à livrer son peuple élu à l’Exil chez ses pires ennemis ? La réponse du prophète tient en une courte phrase chargée de sens : « ils n’ont pas écouté et n’ont pas pris garde à moi » (Za 1,4). Le problème de fond, c’est l’absence d’écoute.
Une prophétie qui dénonce l’absence de l’écoute
L’avantage de cette prophétie, c’est qu’elle ne dénonce pas un méfait particulier que le peuple juif aurait commis, mais une attitude que l’on peut considérer comme étant à l’origine de tous les conflits humains, des plus anodins aux plus violents : le refus ou l’incapacité à écouter une parole que notre prochain souhaite nous communiquer.
En effet, lorsque Dieu souhaite nous adresser une Parole, il se sert la plupart du temps, soit dans nos relations courantes soit en politique, d’une personne qui pense autrement que nous. Notre capacité à écouter un avis, une plainte ou un reproche autre que ce que nous pensons représente la meilleure mesure de notre maturité spirituelle. Qui est capable d’entendre un avis différent du sien a atteint les plus hauts sommets de la spiritualité.
« Humiliez-vous devant le Seigneur, et il vous élèvera », dit l’épître de Jacques (4,10). Qui sait se faire humble et écouter l’avis d’autrui gagne en authenticité et parvient à découvrir des vérités cachées, car « rien n’est secret qui ne sera connu », dit Jésus (Mt 10,26). Ce qui compte, ce n’est pas d’appartenir à telle ou telle religion, mais d’être authentique.
Crises familiales et extrémismes politiques
Dans les relations familiales, le couple est un des lieux privilégiés de l’écoute de l’autre, car les relations intimes dévoilent les défauts de caractère, et qui d’autre qu’un conjoint est-il mieux placé pour exprimer les difficultés relationnelles de son époux ou épouse. La capacité à tenir compte de la critique du conjoint est un gage de la durabilité du couple.
Dans les relations politiques, l’épreuve suprême de l’écoute de l’autre est manifeste dans les systèmes démocratiques où le pouvoir est réparti entre plusieurs partis politiques détenteurs d’avis différents, qui doivent se concerter pour gouverner. Lors d’une disgrâce économique, les partis de gauche et de droite s’accusent l’un l’autre de la responsabilité, et s’ils parviennent à s’entendre, la solution politique qui en découle est souvent avantageuse.
Dans notre monde contemporain, les démocraties sont en peine, aussi en Europe, et les partis extrémistes, qui entendent gouverner sans prendre la peine d’écouter l’avis des autres partis, se multiplient et renforcent leurs scores électoraux. La situation est inquiétante, et la prophétie de Zacharie, « n’imitez pas vos pères, qui n’ont pas écouté, et dans sa grande colère, Dieu les a traités selon leurs chemins », retrouve son actualité.
A mon sens, le modèle absolu de l’histoire à ne pas imiter est celui du nazisme du siècle passé, où l’absence d’écoute du prochain a atteint son paroxysme dans la dictature de Hitler, la guerre totale et les camps d’extermination. Or, les partis d’extrême droite et d’extrême gauche se distinguent, dans nos sociétés, des partis de droite et de gauche démocratiques, par le fait qu’ils prétendent à terme gouverner seuls, obtenir les pleins pouvoirs, dans la mesure où ils pensent détenir seuls la vérité et les solutions politiques.
L’absence d’écoute du prochain se manifeste par quatre caractéristiques que l’on retrouve dans la plupart des systèmes politiques anti-démocratiques, qu’ils soient de gauche ou de droite. Premièrement, le sentiment de toute puissance, qui conduit à se croire détenteur de la seule vérité, ce qui autorise à vouloir l’imposer aux autres, par pression ou par force. Deuxièmement, une intolérance croissante envers l’expression d’avis opposés. Le refus d’écouter l’autre se transforme en mépris politique puis en dévaluation, en condamnation et en menace de celles et ceux qui osent encore exprimer un avis différent. Troisièmement, l’exclusion de certains groupes sociaux, souvent les étrangers, par racisme, accusés d’être à l’origine de tous les maux. Enfin, quatrièmement, et c’est là le point le plus dangereux des extrémismes politiques, le monopole du pouvoir conduit à un point de non-retour qui ne peut mener qu’à la ruine. Ce fut le cas du nazisme, qui une fois atteinte sa puissance maximale totalement dévastatrice, conduisit le pays entier à la catastrophe nationale.
Dieu résiste aux orgueilleux, mais se montre favorable aux humbles
Qu’il s’agisse de relations familiales ou de relations politiques, l’absence d’écoute de Dieu au travers du prochain dénoncée par le prophète Zacharie est la source des pires maux humains, car qui refuse d’écouter son prochain s’enferme dans le mensonge et l’orgueil, et se rend incapable d’évoluer pacifiquement. Etre capable d’écoute, cela ne signifie pas tout accepter, ni penser que les autres ont toujours raison, mais prendre le temps de comprendre et d’évaluer les arguments de chacun, afin de bénéficier de ce que les différents avis peuvent apporter à notre propre raisonnement.
Selon l’épître de Jacques, « Dieu résiste aux orgueilleux, mais se montre favorable aux humbles » (4,6). Il s’agit donc, pour progresser en sagesse, d’accepter d’avoir parfois tort et de le reconnaître, car seule une telle démarche permet d’éviter les crises et les ruptures relationnelles. L’appel de Zacharie conserve donc toute sa valeur : « Revenez à moi et je reviendrai à vous, dis le Seigneur » (1,3). Amen.
Vous pouvez réagir à cette prédication sur » mon propre site internet.