La prophétie apocalyptique judéo-chrétienne s’est perdue en une foule de détails mêlant le cours de l’histoire humaine aux interventions surnaturelles des anges et de Dieu. La foi chrétienne, comme le montre l’Evangile de Jean, peut se passer de ces spéculations dont la chronologie apparait particulièrement douteuse au travers des innombrables tentatives infructueuses, à chaque époque, d’y reconnaître des événements réels de l’histoire. Selon l’Evangile de Jean, le message du Christ résume de façon admirable l’ensemble de l’apocalyptique chrétienne: « Vous serez affligés mais votre affliction tournera en joie ». Ainsi, le croyant affronte les épreuves de la vie terrestre avec une joyeuse espérance.
Gilles Bourquin,
Livre du prophète Zacharie 14,1-9 – Instauration définitive du Règne de Dieu
1 Voici venir pour le SEIGNEUR un jour où l’on partagera le butin au milieu de toi, Jérusalem. 2 Je rassemblerai toutes les nations près de Jérusalem pour engager la bataille. La ville sera prise, les maisons saccagées, les femmes violées. La moitié de la population ira en déportation, mais celle qui restera ne sera pas éliminée de la ville.
3 Alors le SEIGNEUR entrera en campagne contre ces peuples-là, le jour où il se battra, le jour de la mêlée. 4 En ce jour-là, ses pieds se poseront sur le mont des Oliviers, qui est en face de Jérusalem, à l’orient. Le mont des Oliviers se fendra par le milieu, d’est en ouest, changé en une immense vallée. Une moitié de la montagne reculera vers le nord, et l’autre vers le sud.
5 Alors vous fuirez par la vallée de mes montagnes, car la vallée des montagnes atteindra Açal. Vous fuirez tout comme vous avez fui le tremblement de terre à l’époque d’Ozias, roi de Juda. Puis le SEIGNEUR mon Dieu arrivera, accompagné de tous ses saints. 6 En ce jour-là, il n’y aura plus ni luminaire, ni froidure, ni gel.
7 Ce sera un jour unique – le SEIGNEUR le connaît. Il n’y aura plus de jour et de nuit, mais à l’heure du soir brillera la lumière. 8 En ce jour-là, des eaux vives sortiront de Jérusalem, moitié vers la mer Orientale, moitié vers la mer Occidentale. Il en sera ainsi l’été comme l’hiver. 9 Alors le SEIGNEUR se montrera le roi de toute la terre. En ce jour-là, le SEIGNEUR sera unique et son nom unique.
Première épître de Paul aux Thessaloniciens 4,13-18 – La résurrection des morts et l’attente du jour du Seigneur
13 Nous ne voulons pas, frères, vous laisser dans l’ignorance au sujet des morts, afin que vous ne soyez pas dans la tristesse comme les autres, qui n’ont pas d’espérance. 14 Si en effet nous croyons que Jésus est mort et qu’il est ressuscité, de même aussi ceux qui sont morts, Dieu, à cause de ce Jésus, à Jésus les réunira. 15 Voici ce que nous vous disons, d’après une parole du Seigneur : nous, les vivants, qui serons restés jusqu’à la venue du Seigneur, nous ne devancerons pas du tout ceux qui sont morts.
16 Car lui-même, le Seigneur, au signal donné, à la voix de l’archange et au son de la trompette de Dieu, descendra du ciel : alors les morts en Christ ressusciteront d’abord ; 17 ensuite nous, les vivants, qui serons restés, nous serons enlevés avec eux sur les nuées, à la rencontre du Seigneur, dans les airs, et ainsi nous serons toujours avec le Seigneur. 18 Réconfortez-vous donc les uns les autres par cet enseignement.
Evangile de Jean 16,16-24 – De l’affliction à la joie
16 « Encore un peu et vous ne m’aurez plus sous les yeux, et puis encore un peu et vous me verrez. » 17 Certains de ses disciples se dirent alors entre eux : « Qu’a-t-il voulu nous dire : “Encore un peu et vous ne m’aurez plus sous les yeux, et puis encore un peu et vous me verrez” ; ou encore : “Je vais au Père” ? 18 Que signifie donc ce “un peu”, disaient-ils, nous ne comprenons pas ce qu’il veut dire ! »
19 Sachant qu’ils désiraient l’interroger, Jésus leur dit : « Vous cherchez entre vous le sens de ma parole : “Encore un peu et vous ne m’aurez plus sous les yeux, et puis encore un peu et vous me verrez.” 20 En vérité, en vérité, je vous le dis, vous allez gémir et vous lamenter tandis que le monde se réjouira ; vous serez affligés mais votre affliction tournera en joie.
21 Lorsque la femme enfante, elle est dans l’affliction puisque son heure est venue ; mais lorsqu’elle a donné le jour à l’enfant, elle ne se souvient plus de son accablement, elle est toute à la joie d’avoir mis un homme au monde. 22 C’est ainsi que vous êtes maintenant dans l’affliction ; mais je vous verrai à nouveau, votre cœur alors se réjouira, et cette joie, nul ne vous la ravira.
23 Ainsi, en ce jour-là, vous ne m’interrogerez plus sur rien. En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous demandez quelque chose à mon Père en mon nom, il vous le donnera. 24 Jusqu’ici vous n’avez rien demandé en mon nom : demandez et vous recevrez, pour que votre joie soit parfaite.
Prédication du 16 août 2026 à Vauffelin, dans le Jura bernois, en Suisse
De la prophétie classique à la prophétie apocalyptique
Dans la deuxième partie du livre du prophète Zacharie, la prophétie traditionnelle des prophètes juifs, qui contient habituellement des menaces de jugement et des promesses de bénédiction adressées au peuple d’Israël et aux nations avoisinantes, s’est transformée en un nouveau style de prophétisme apocalyptique, qui concerne désormais le destin du peuple et de la nation juive dans l’ensemble de l’histoire humaine, jusqu’à sa fin.
Les livres des prophètes Aggée, Zacharie et Malachie sont écrits après la catastrophe nationale de l’Exil, au cours de laquelle une grande partie des Juifs ont été déportés et exilés à Babylone, de 586 à 538 avant Jésus-Christ. Dans la première partie du livre consacré à ses prophéties, le prophète Zacharie exhorte le peuple rentré d’Exil au pays à rebâtir le Temple de Jérusalem, incendié et détruit avant l’Exil par le roi Nabucodonosor. Dans la deuxième partie du livre, le style change complètement et devient apocalyptique, au point qu’il est légitime de se demander s’il s’agit de textes du même prophète Zacharie.
Après son retour d’Exil, le peuple juif n’a pas retrouvé son indépendance nationale d’avant l’Exil. Le territoire de la Judée est désormais intégré à l’empire Perse, de sorte que les enjeux politiques se sont considérablement élargis. La politique locale d’avant l’Exil cède la place à la géopolitique à vaste échelle, ce qui explique l’origine de la prophétie apocalyptique, qui s’adresse désormais aux nations humaines dans leur ensemble.
Pour un lecteur moderne, la prophétie apocalyptique ressemble à une fiction surnaturelle. Elle décrit les événements de la fin du monde, et en particulier les conflits et la révélation ultime de Dieu qui s’y manifeste, d’où le verbe grec apocalupto qui signifie révéler. En ligne générale, l’apocalyptique juive enseigne que l’histoire dans son ensemble dégénère en un conflit mondial qui voit toutes les nations païennes se révolter contre Jérusalem, révolte suivie de l’intervention surnaturelle et de la victoire divine en faveur de son peuple. Cette vision fictive de la victoire finale du peuple élu par Dieu était donc une promesse encourageante pour le peuple juif désormais soumis à la politique de dirigeants étrangers.
Mais à bien l’observer, la prophétie apocalyptique de Zacharie n’est qu’en partie conforme à ce modèle général, car elle annonce que lors de la bataille finale des nations contre Jérusalem, « la ville sera prise, […], la moitié de la population ira en déportation, mais celle qui restera ne sera pas éliminée de la ville. Alors le Seigneur entrera en campagne contre ces peuples… » (Za 14,2-3). L’exégète André Lacocque écrit à ce sujet « Rien ne pouvait être plus offensant pour le parti théocratique à Jérusalem que d’entendre pareil message » (Ag., Zach., Mal., Labor et Fides, 1988, p.200). On perçoit ainsi la signification politique de la prophétie apocalyptique : En annonçant qu’à la fin des temps, la nation juive subirait une défaite partielle, le prophète Zacharie accordait aux nations étrangères une légitimité que le parti religieux juif nationaliste n’était pas disposé à leur reconnaître.
Le retour du Christ dans la prophétie apocalyptique chrétienne
Occupons-nous à présent de la dimension proprement religieuse et surnaturelle de la prophétie apocalyptique de Zacharie, qui annonce que « en ce jour-là, ses pieds [du Seigneur] se poseront sur le mont des Oliviers, qui est en face de Jérusalem » (Za 14,4). Cette étonnante formulation – Dieu a-t-il des pieds ? – a largement inspiré l’apocalyptique chrétienne, cinq siècles plus tard, qui y a vu l’annonce du retour du Messie Jésus-Christ à la fin des temps. Au moins deux textes du Nouveau Testament y font explicitement référence : « Ce Jésus qui vous a été enlevé pour le ciel viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel » (Ac 1,11) et « Car lui-même, le Seigneur, […], descendra du ciel : alors les morts en Christ ressusciteront d’abord ; ensuite nous, les vivants, qui serons restés, nous serons enlevés avec eux sur les nuées » (1 Thes 4,16-17). Dans ce texte, l’apôtre Paul laisse entendre qu’il suppose qu’il sera lui-même toujours en vie sur Terre lorsque le Christ reviendra. Son erreur chronologique d’au moins 2000 ans montre à quel point la prophétie biblique peut être trompeuse. Or de tous temps, et aujourd’hui encore massivement, certains chrétiens fondamentalistes croient que le Christ reviendra de leur vivant, et identifient la politique actuelle aux fins apocalyptiques.
Le livre de l’Apocalypse, placé à la fin du Nouveau Testament et donc de la Bible chrétienne, n’annonce pas explicitement l’arrivée du Christ à Jérusalem depuis les airs, mais décrit un règne millénaire futur du Christ sur la Terre, paisible et victorieux, au cours duquel le diable sera enchainé pour mille ans (Ap 20,1-6), avant d’être brièvement relâché pour la bataille finale des nations contre la ville sainte, suivie de leur défaite, du jugement dernier et de l’apparition des nouveaux cieux et de la nouvelle terre (Ap 20,7-22,5). Ce dernier ouvrage biblique est en quelque sorte le fleuron de l’apocalyptique chrétienne. De multiples visions des événements de la fin y sont présentées au travers de récits souvent imagés et symboliques, qu’il est donc difficile d’associer à des faits historiques précis.
Pour ces raisons, la réalité de ce règne millénaire futur du Christ fait l’objet à chaque époque de nouvelles spéculations, malgré son caractère utopique, car on ne peut pas imaginer, selon nos conceptions politiques modernes, que le monde entier puisse être pacifié politiquement, économiquement, écologiquement et militairement, sans que la nature humaine ne soit transformée en profondeur dans un monde tout-à-fait nouveau.
La tension entre l’apocalyptique judéo-chrétienne et la cosmologie astrophysique moderne
En annonçant une fin du monde proche, à l’échelle de l’histoire humaine, l’apocalyptique judéo-chrétienne entre d’ailleurs en tension avec les conceptions de la cosmologie et de l’astrophysique modernes, qui mesurent l’Univers dans un espace-temps infiniment plus large. L’origine de l’Univers, selon l’hypothèse théorique du Big Bang, est estimée à 13,8 milliards d’années, et l’origine de la planète Terre à 7,6 milliards d’années. Or, la Terre a dépassé la moitié de son âge, car le Soleil, comme toutes les étoiles, se consume peu à peu, et après avoir perdu une part de sa masse, il gonflera jusqu’à devenir une géante rouge dans 6,5 milliards d’années : « Enflant jusqu’à englober les orbites de mercure et même de Venus, le Soleil portera la Terre jusqu’à des températures de 2500 °C, ce qui la liquéfiera complètement » (Michel Joye, Terre, L’histoire de notre planète, PPUR, 2017, p.254).
Il y a donc bien, selon les sciences modernes également, une fin du monde, mais la fin de la Terre est très lointaine et elle ne concerne pas la fin de l’Univers entier. Toutefois, l’évolution biologique étant très lente, si l’humanité venait à détruire la biodiversité terrestre par un cataclysme écologique, la vie n’aurait plus le temps de se reconstituer avant l’accroissement irrésistible de la température terrestre liée au rayonnement solaire.
La promesse de l’eschatologie minimaliste de l’Evangile de Jean
Devant tant de paramètres, les prévisions de l’apocalyptique paraissent bien incertaines. On ne sait pour finir pas grand-chose, voire rien, à propos de la fin temporelle de l’humanité, car tous les scénarios sont imaginables (catastrophe écologique ou militaire, instabilité politique permanente, etc.) et la foi chrétienne n’a pas besoin de connaître les détails du futur.
L’Evangile de Jean, dont l’auteur supposé est le même que celui de l’Apocalypse, évite dans son eschatologie (doctrine de la fin des temps) toute spéculation chronologique de type apocalyptique et se centre résolument sur l’essentiel : « Encore un peu et vous ne m’aurez plus sous les yeux, et puis encore un peu et vous me verrez. […] vous serez affligés mais votre affliction tournera en joie » (Jn 16,19-20). Selon l’Evangile de Jean, le Christ annonce que la vie humaine, durant le temps historique indéterminé de l’absence du Christ, est et sera pénible de toute manière, mais l’espérance apportera aux fidèles une joie infinie, au jour ultime de la révélation définitive du Règne céleste du Christ. Amen.
Vous pouvez réagir à cette prédication sur » mon propre site internet.
1 Voici venir pour le SEIGNEUR un jour où l’on partagera le butin au milieu de toi, Jérusalem. 2 Je rassemblerai toutes les nations près de Jérusalem pour engager la bataille. La ville sera prise, les maisons saccagées, les femmes violées. La moitié de la population ira en déportation, mais celle qui restera ne sera pas éliminée de la ville.
3 Alors le SEIGNEUR entrera en campagne contre ces peuples-là, le jour où il se battra, le jour de la mêlée. 4 En ce jour-là, ses pieds se poseront sur le mont des Oliviers, qui est en face de Jérusalem, à l’orient. Le mont des Oliviers se fendra par le milieu, d’est en ouest, changé en une immense vallée. Une moitié de la montagne reculera vers le nord, et l’autre vers le sud.
5 Alors vous fuirez par la vallée de mes montagnes, car la vallée des montagnes atteindra Açal. Vous fuirez tout comme vous avez fui le tremblement de terre à l’époque d’Ozias, roi de Juda. Puis le SEIGNEUR mon Dieu arrivera, accompagné de tous ses saints. 6 En ce jour-là, il n’y aura plus ni luminaire, ni froidure, ni gel.
7 Ce sera un jour unique – le SEIGNEUR le connaît. Il n’y aura plus de jour et de nuit, mais à l’heure du soir brillera la lumière. 8 En ce jour-là, des eaux vives sortiront de Jérusalem, moitié vers la mer Orientale, moitié vers la mer Occidentale. Il en sera ainsi l’été comme l’hiver. 9 Alors le SEIGNEUR se montrera le roi de toute la terre. En ce jour-là, le SEIGNEUR sera unique et son nom unique.
Première épître de Paul aux Thessaloniciens 4,13-18 – La résurrection des morts et l’attente du jour du Seigneur
13 Nous ne voulons pas, frères, vous laisser dans l’ignorance au sujet des morts, afin que vous ne soyez pas dans la tristesse comme les autres, qui n’ont pas d’espérance. 14 Si en effet nous croyons que Jésus est mort et qu’il est ressuscité, de même aussi ceux qui sont morts, Dieu, à cause de ce Jésus, à Jésus les réunira. 15 Voici ce que nous vous disons, d’après une parole du Seigneur : nous, les vivants, qui serons restés jusqu’à la venue du Seigneur, nous ne devancerons pas du tout ceux qui sont morts.
16 Car lui-même, le Seigneur, au signal donné, à la voix de l’archange et au son de la trompette de Dieu, descendra du ciel : alors les morts en Christ ressusciteront d’abord ; 17 ensuite nous, les vivants, qui serons restés, nous serons enlevés avec eux sur les nuées, à la rencontre du Seigneur, dans les airs, et ainsi nous serons toujours avec le Seigneur. 18 Réconfortez-vous donc les uns les autres par cet enseignement.
Evangile de Jean 16,16-24 – De l’affliction à la joie
16 « Encore un peu et vous ne m’aurez plus sous les yeux, et puis encore un peu et vous me verrez. » 17 Certains de ses disciples se dirent alors entre eux : « Qu’a-t-il voulu nous dire : “Encore un peu et vous ne m’aurez plus sous les yeux, et puis encore un peu et vous me verrez” ; ou encore : “Je vais au Père” ? 18 Que signifie donc ce “un peu”, disaient-ils, nous ne comprenons pas ce qu’il veut dire ! »
19 Sachant qu’ils désiraient l’interroger, Jésus leur dit : « Vous cherchez entre vous le sens de ma parole : “Encore un peu et vous ne m’aurez plus sous les yeux, et puis encore un peu et vous me verrez.” 20 En vérité, en vérité, je vous le dis, vous allez gémir et vous lamenter tandis que le monde se réjouira ; vous serez affligés mais votre affliction tournera en joie.
21 Lorsque la femme enfante, elle est dans l’affliction puisque son heure est venue ; mais lorsqu’elle a donné le jour à l’enfant, elle ne se souvient plus de son accablement, elle est toute à la joie d’avoir mis un homme au monde. 22 C’est ainsi que vous êtes maintenant dans l’affliction ; mais je vous verrai à nouveau, votre cœur alors se réjouira, et cette joie, nul ne vous la ravira.
23 Ainsi, en ce jour-là, vous ne m’interrogerez plus sur rien. En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous demandez quelque chose à mon Père en mon nom, il vous le donnera. 24 Jusqu’ici vous n’avez rien demandé en mon nom : demandez et vous recevrez, pour que votre joie soit parfaite.
Prédication du 16 août 2026 à Vauffelin, dans le Jura bernois, en Suisse
De la prophétie classique à la prophétie apocalyptique
Dans la deuxième partie du livre du prophète Zacharie, la prophétie traditionnelle des prophètes juifs, qui contient habituellement des menaces de jugement et des promesses de bénédiction adressées au peuple d’Israël et aux nations avoisinantes, s’est transformée en un nouveau style de prophétisme apocalyptique, qui concerne désormais le destin du peuple et de la nation juive dans l’ensemble de l’histoire humaine, jusqu’à sa fin.
Les livres des prophètes Aggée, Zacharie et Malachie sont écrits après la catastrophe nationale de l’Exil, au cours de laquelle une grande partie des Juifs ont été déportés et exilés à Babylone, de 586 à 538 avant Jésus-Christ. Dans la première partie du livre consacré à ses prophéties, le prophète Zacharie exhorte le peuple rentré d’Exil au pays à rebâtir le Temple de Jérusalem, incendié et détruit avant l’Exil par le roi Nabucodonosor. Dans la deuxième partie du livre, le style change complètement et devient apocalyptique, au point qu’il est légitime de se demander s’il s’agit de textes du même prophète Zacharie.
Après son retour d’Exil, le peuple juif n’a pas retrouvé son indépendance nationale d’avant l’Exil. Le territoire de la Judée est désormais intégré à l’empire Perse, de sorte que les enjeux politiques se sont considérablement élargis. La politique locale d’avant l’Exil cède la place à la géopolitique à vaste échelle, ce qui explique l’origine de la prophétie apocalyptique, qui s’adresse désormais aux nations humaines dans leur ensemble.
Pour un lecteur moderne, la prophétie apocalyptique ressemble à une fiction surnaturelle. Elle décrit les événements de la fin du monde, et en particulier les conflits et la révélation ultime de Dieu qui s’y manifeste, d’où le verbe grec apocalupto qui signifie révéler. En ligne générale, l’apocalyptique juive enseigne que l’histoire dans son ensemble dégénère en un conflit mondial qui voit toutes les nations païennes se révolter contre Jérusalem, révolte suivie de l’intervention surnaturelle et de la victoire divine en faveur de son peuple. Cette vision fictive de la victoire finale du peuple élu par Dieu était donc une promesse encourageante pour le peuple juif désormais soumis à la politique de dirigeants étrangers.
Mais à bien l’observer, la prophétie apocalyptique de Zacharie n’est qu’en partie conforme à ce modèle général, car elle annonce que lors de la bataille finale des nations contre Jérusalem, « la ville sera prise, […], la moitié de la population ira en déportation, mais celle qui restera ne sera pas éliminée de la ville. Alors le Seigneur entrera en campagne contre ces peuples… » (Za 14,2-3). L’exégète André Lacocque écrit à ce sujet « Rien ne pouvait être plus offensant pour le parti théocratique à Jérusalem que d’entendre pareil message » (Ag., Zach., Mal., Labor et Fides, 1988, p.200). On perçoit ainsi la signification politique de la prophétie apocalyptique : En annonçant qu’à la fin des temps, la nation juive subirait une défaite partielle, le prophète Zacharie accordait aux nations étrangères une légitimité que le parti religieux juif nationaliste n’était pas disposé à leur reconnaître.
Le retour du Christ dans la prophétie apocalyptique chrétienne
Occupons-nous à présent de la dimension proprement religieuse et surnaturelle de la prophétie apocalyptique de Zacharie, qui annonce que « en ce jour-là, ses pieds [du Seigneur] se poseront sur le mont des Oliviers, qui est en face de Jérusalem » (Za 14,4). Cette étonnante formulation – Dieu a-t-il des pieds ? – a largement inspiré l’apocalyptique chrétienne, cinq siècles plus tard, qui y a vu l’annonce du retour du Messie Jésus-Christ à la fin des temps. Au moins deux textes du Nouveau Testament y font explicitement référence : « Ce Jésus qui vous a été enlevé pour le ciel viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel » (Ac 1,11) et « Car lui-même, le Seigneur, […], descendra du ciel : alors les morts en Christ ressusciteront d’abord ; ensuite nous, les vivants, qui serons restés, nous serons enlevés avec eux sur les nuées » (1 Thes 4,16-17). Dans ce texte, l’apôtre Paul laisse entendre qu’il suppose qu’il sera lui-même toujours en vie sur Terre lorsque le Christ reviendra. Son erreur chronologique d’au moins 2000 ans montre à quel point la prophétie biblique peut être trompeuse. Or de tous temps, et aujourd’hui encore massivement, certains chrétiens fondamentalistes croient que le Christ reviendra de leur vivant, et identifient la politique actuelle aux fins apocalyptiques.
Le livre de l’Apocalypse, placé à la fin du Nouveau Testament et donc de la Bible chrétienne, n’annonce pas explicitement l’arrivée du Christ à Jérusalem depuis les airs, mais décrit un règne millénaire futur du Christ sur la Terre, paisible et victorieux, au cours duquel le diable sera enchainé pour mille ans (Ap 20,1-6), avant d’être brièvement relâché pour la bataille finale des nations contre la ville sainte, suivie de leur défaite, du jugement dernier et de l’apparition des nouveaux cieux et de la nouvelle terre (Ap 20,7-22,5). Ce dernier ouvrage biblique est en quelque sorte le fleuron de l’apocalyptique chrétienne. De multiples visions des événements de la fin y sont présentées au travers de récits souvent imagés et symboliques, qu’il est donc difficile d’associer à des faits historiques précis.
Pour ces raisons, la réalité de ce règne millénaire futur du Christ fait l’objet à chaque époque de nouvelles spéculations, malgré son caractère utopique, car on ne peut pas imaginer, selon nos conceptions politiques modernes, que le monde entier puisse être pacifié politiquement, économiquement, écologiquement et militairement, sans que la nature humaine ne soit transformée en profondeur dans un monde tout-à-fait nouveau.
La tension entre l’apocalyptique judéo-chrétienne et la cosmologie astrophysique moderne
En annonçant une fin du monde proche, à l’échelle de l’histoire humaine, l’apocalyptique judéo-chrétienne entre d’ailleurs en tension avec les conceptions de la cosmologie et de l’astrophysique modernes, qui mesurent l’Univers dans un espace-temps infiniment plus large. L’origine de l’Univers, selon l’hypothèse théorique du Big Bang, est estimée à 13,8 milliards d’années, et l’origine de la planète Terre à 7,6 milliards d’années. Or, la Terre a dépassé la moitié de son âge, car le Soleil, comme toutes les étoiles, se consume peu à peu, et après avoir perdu une part de sa masse, il gonflera jusqu’à devenir une géante rouge dans 6,5 milliards d’années : « Enflant jusqu’à englober les orbites de mercure et même de Venus, le Soleil portera la Terre jusqu’à des températures de 2500 °C, ce qui la liquéfiera complètement » (Michel Joye, Terre, L’histoire de notre planète, PPUR, 2017, p.254).
Il y a donc bien, selon les sciences modernes également, une fin du monde, mais la fin de la Terre est très lointaine et elle ne concerne pas la fin de l’Univers entier. Toutefois, l’évolution biologique étant très lente, si l’humanité venait à détruire la biodiversité terrestre par un cataclysme écologique, la vie n’aurait plus le temps de se reconstituer avant l’accroissement irrésistible de la température terrestre liée au rayonnement solaire.
La promesse de l’eschatologie minimaliste de l’Evangile de Jean
Devant tant de paramètres, les prévisions de l’apocalyptique paraissent bien incertaines. On ne sait pour finir pas grand-chose, voire rien, à propos de la fin temporelle de l’humanité, car tous les scénarios sont imaginables (catastrophe écologique ou militaire, instabilité politique permanente, etc.) et la foi chrétienne n’a pas besoin de connaître les détails du futur.
L’Evangile de Jean, dont l’auteur supposé est le même que celui de l’Apocalypse, évite dans son eschatologie (doctrine de la fin des temps) toute spéculation chronologique de type apocalyptique et se centre résolument sur l’essentiel : « Encore un peu et vous ne m’aurez plus sous les yeux, et puis encore un peu et vous me verrez. […] vous serez affligés mais votre affliction tournera en joie » (Jn 16,19-20). Selon l’Evangile de Jean, le Christ annonce que la vie humaine, durant le temps historique indéterminé de l’absence du Christ, est et sera pénible de toute manière, mais l’espérance apportera aux fidèles une joie infinie, au jour ultime de la révélation définitive du Règne céleste du Christ. Amen.
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