Prédication : L’énergie spirituelle et ses trois consommations psychiques

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Les textes bibliques de l’Ancien Testament soulignent la nécessité imposée au peuple juif de reconstruire le temple de Dieu détruit. Réinterprété au sein du Nouveau Testament chrétien, ce geste est identifié à l’édification de l’âme humaine, perçue comme le temple de l’Esprit divin qu’il s’agit d’édifier psychologiquement et spirituellement. Cette tâche du croyant appelé à édifier son âme et sa vie selon les vertus de l’Evangile est consommatrice d’une énergie psychique et spirituelle que le croyant puise aux sources de son espérance de foi et de sa réjouissance en Dieu. Aux côtés de l’édification de l’âme, les deux autres activités consommatrices d’énergie sont la constante lutte contre les inquiétudes qui assaillent le croyant et le travail spirituel et intellectuel de remise en question qui découle de la permanente imperfection de la vie croyante.
Gilles Bourquin,
Livre du prophète Aggée 2,4-9 – La splendeur dernière du temple

4 Mais maintenant, courage, Zorobabel, – oracle du SEIGNEUR – et courage, Josué, fils de Yehoçadaq, grand prêtre, et courage, vous tout le peuple du pays – oracle du SEIGNEUR –, au travail ! Car je suis avec vous – oracle du SEIGNEUR de l’univers. 5 Selon l’engagement que j’ai pris envers vous lors de votre sortie d’Egypte, et puisque mon Esprit se tient au milieu de vous, ne craignez rien ! 6 Oui, ainsi parle le SEIGNEUR de l’univers : encore un moment – il sera court – et je vais ébranler ciel et terre, mer et continent. 7 J’ébranlerai toutes les nations, et les trésors de toutes les nations afflueront, et j’emplirai de splendeur cette Maison, déclare le SEIGNEUR de l’univers. 8 L’argent est à moi, à moi l’or – oracle du SEIGNEUR de l’univers. 9 La gloire dernière de cette Maison dépassera la première, dit le SEIGNEUR, et dans ce lieu j’établirai la paix – oracle du SEIGNEUR de l’univers. »

Epître de Paul aux Philippiens 4,4-9 – Concorde, joie et paix

4 Réjouissez-vous dans le Seigneur en tout temps ; je le répète, réjouissez-vous. 5 Que votre bonté soit reconnue par tous les hommes. Le Seigneur est proche. 6 Ne soyez inquiets de rien, mais, en toute occasion, par la prière et la supplication accompagnées d’action de grâce, faites connaître vos demandes à Dieu. 7 Et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées en Jésus Christ.
8 Au reste, frères, tout ce qu’il y a de vrai, tout ce qui est noble, juste, pur, digne d’être aimé, d’être honoré, ce qui s’appelle vertu, ce qui mérite l’éloge, tout cela, portez-le à votre actif. 9 Ce que vous avez appris, reçu, entendu de moi, observé en moi, tout cela, mettez-le en pratique. Et le Dieu de la paix sera avec vous.

Evangile de Jean 14,23-29 – La promesse de l’Esprit

23 Jésus lui répondit : « Si quelqu’un m’aime, il observera ma parole, et mon Père l’aimera ; nous viendrons à lui et nous établirons chez lui notre demeure. 24 Celui qui ne m’aime pas n’observe pas mes paroles ; or, cette parole que vous entendez, elle n’est pas de moi mais du Père qui m’a envoyé. 25 Je vous ai dit ces choses tandis que je demeurais auprès de vous ; 26 le Paraclet, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses et vous fera ressouvenir de tout ce que je vous ai dit. 27 Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. Que votre cœur cesse de se troubler et de craindre. 28 Vous l’avez entendu, je vous ai dit : “Je m’en vais et je viens à vous.” Si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je vais au Père, car le Père est plus grand que moi. 29 Je vous ai parlé dès maintenant, avant l’événement, afin que, lorsqu’il arrivera, vous croyiez.

Prédication du dimanche 28 juin 2026 à Péry, dans la Jura bernois, en Suisse

L’encouragement du prophète Aggée à travailler sans crainte

Selon le texte du prophète Aggée, il y a impérativement une œuvre à réaliser, qui consiste à reconstruire le temple de Jérusalem détruit, et ce travail nécessite force et courage. Il est donc indirectement question d’un découragement qui frappe le peuple, lequel reste oisif, passif, inactif, ce qui semble être le signe d’un manque de foi de sa part. Cet immobilisme du peuple est renforcé par la présence d’un danger, qu’il s’agit de ne pas craindre, suscité par les adversaires de la reconstruction du temple dont il est parlé au chapitre 4 du livre d’Esdras.

Le prophète Aggée rappelle que Dieu a pris par le passé un engagement durable vis-à-vis du peuple et qu’il est donc présent et solidaire de cette entreprise de reconstruction de son temple détruit : « Selon l’engagement que j’ai pris envers vous… je suis avec vous, mon Esprit se tient au milieu de vous » (Ag 2,4.5), ce qui implique qu’il faut se mettre à l’œuvre avec courage et sans crainte. Il est donc sous-entendu que la foi suscite l’action courageuse qui affronte les peurs du danger, tandis que l’incrédulité génère un laxisme incapable de saisir l’engagement, l’orientation et le secours divin.

L’appel à se réjouir en Dieu de l’apôtre Paul

On retrouve des accords très semblables à ceux de ce texte du prophète Aggée dans la partie conclusive de l’épître de Paul aux Philippiens, sous une forme toutefois d’avantage spirituelle que concrète. Il s’agit avant tout, selon Paul, de développer une attitude positive conforme à la foi : « Réjouissez-vous dans le Seigneur en tout temps, je le répète, réjouissez-vous » (Ph 4,4). Et comme chez Aggée, cette invitation à croire que « le Seigneur est proche » (Ph 4,5) permet de faire face aux inquiétudes de la vie (Ph 4,6).

Comme chez Aggée, cette attitude de foi doit être mise en pratique (Ph 4,9), concrétisée au travers d’une attitude de bonté, de justice, de pureté qui mérite l’éloge (Ph 4,5.8). Mais il s’agit de souligner que selon Paul, cette force d’agir positivement ne provient pas en premier lieu des vertus humaines, des mérites personnels, mais de cette possibilité de se réjouir en Dieu dans la foi. C’est la foi en Dieu qui génère la force et la motivation nécessaires à la pratique des œuvres bonnes, en mettant à contribution les qualités de la personne qui sont activées dans une dynamique d’espérance.

Temple matériel et temple spirituel

En lieu et place du devoir concret de rebâtir l’édifice du temple détruit, Paul développe dans sa pensée le devoir spirituel de se réjouir, or les deux attitudes, la première matérielle et la seconde spirituelle, participent d’une même dynamique. En effet, reconstruire le temple de Dieu détruit correspond à se réjouir spirituellement en Dieu, car dans la perspective du Nouveau Testament, l’âme humaine représente le temple de Dieu qu’il faut rebâtir.

Ce devoir de reconstruire en Dieu son âme meurtrie peut d’ailleurs être considéré comme un résumé de la foi en l’Evangile. La foi, c’est cette manière de vivre en considérant que les promesses divines ont finalement plus de force que toutes les entraves humaines que cette réjouissance spirituelle pourrait rencontrer. Se réjouir, c’est être capable de percevoir que le meilleur est à venir, et se réjouir en Dieu, c’est être capable de saisir que les réalités divines de la foi surpassent infiniment toute force contraire, en puissance et en sagesse.

On peut même affirmer que l’idée profonde de cette réjouissance en Dieu se retrouve sous diverses formes dans toutes les religions qui enseignent un salut divin, qui oriente notre existence vers une issue heureuse et paisible, à savoir une délivrance progressive ou future des turpitudes et des incertitudes qui grèvent constamment l’existence humaine.

Source spirituelle d’énergie et consommation psychique d’énergie

Dans ce sens, tant Aggée dans l’Ancien Testament que Paul dans le Nouveau Testament soulignent que la foi n’est pas seulement un courage et une réjouissance, mais qu’elle est aussi une reconstruction active du temple et de l’âme soumis à rude épreuve par la vie. La réjouissance spirituelle de la foi fournit la force psychique de reconstruire sa vie activement.

Plus largement, avoir la foi, c’est reconstruire activement quoi que ce soit que l’histoire ait démoli : une ville détruite par la guerre, une entreprise familiale malmenée par la conjoncture économique, le psychisme d’une personne blessée ou fragilisée par les malheurs de la vie. Il n’y a pas de foi véritable sans qu’il y ait un obstacle qui se dresse et qu’il faut vaincre. Les croyants sont d’éternels reconstructeurs d’espérance.

Trois accords principaux de la foi: l’espérance, le travail et la confiance

A ce point, nous pouvons établir que les textes du prophète Aggée et de l’apôtre Paul partagent trois accords principaux permettant de définir la dynamique de la foi : l’espérance de la foi, source de courage et de réjouissance, constitue la ressource d’énergie spirituelle, tandis que le travail à fournir pour rebâtir le temple de l’âme consomme cette énergie spirituelle sous forme de travail psychique. Enfin, la confiance à générer pour surmonter l’inquiétude consomme aussi une part de l’énergie spirituelle reçue dans la foi. L’espérance, le travail et la confiance forment ainsi trois accords interactifs de la foi.

Le cercle vertueux de l’amour pour Dieu et de l’intimité de Dieu

Ces trois accords se retrouvent dans le texte de l’Evangile de Jean de ce jour, mais sous une forme plus approfondie, plus travaillée, enrichie, affinée et subtile. La tonalité principale est donnée au début du texte : « Si quelqu’un m’aime, il observera ma parole, et mon Père l’aimera ; nous viendrons à lui et nous établirons chez lui notre demeure » (Jn 14,23).

Dans l’esprit de l’Evangile de Jean, la foi est une relation intime entre deux partenaires unis au sein d’une même intention commune : Aimer Dieu, observer sa parole, est le travail à fournir par le croyant, tandis qu’établir sa demeure en l’homme met à sa disposition l’énergie apportée par Dieu, le Père et le Fils. Dans la relation de la foi chrétienne, l’intimité de Dieu créé l’amour pour Dieu, et l’amour pour Dieu maintient l’intimité de Dieu. Il s’agit d’un cycle vertueux dynamique au sein duquel chaque partie renforce l’autre. Ici non plus, la foi n’est pas pensable sans une active collaboration de l’homme croyant au projet divin.

La dimension deconstructive de la foi: bête noire des croyants

Reste à définir, pour terminer, la dimension déconstructive de la foi présentée dans chacun des trois textes. Car en effet, partout où il établit la foi, Dieu génère aussi une transformation profonde de l’esprit de l’homme qui se manifeste par des crises existentielles, par des bouleversements des valeurs et de profondes remises en question des croyances.

La paix divine ne s’instaure qu’au prix d’un ébranlement profond des stabilités humaines, de sorte qu’il arrive que les croyants, dans le geste même où ils se piquent d’obéir à Dieu, se découvrent progressivement en confrontation déconstructive avec l’Esprit divin. Que l’on pense, par exemple, aux croyants qui estiment parvenir à déduire de leur foi des engagements politiques et idéologiques qui peuvent paraître contestables et douteux de l’extérieur. Dans ce sens, la foi la plus sincère se trouve être en permanente discussion avec elle-même, l’Esprit divin la validant ou la confrontant tour à tour. Nul homme, même le plus fervent croyant, n’est à l’abri du devoir de reconsidérer ses convictions.

Juste après avoir intimé aux croyants « ne craignez rien ! » (Ag 2,5), en raison de la présence de l’Esprit, le prophète Aggée leur annonce que le Seigneur va « ébranler ciel et terre, mer et continent » (Ag 2,6), une crise planétaire qui produira l’affluence des trésors des nations vers le temple de Dieu, lieu où Dieu établira définitivement sa paix (Ag 2,9). Ainsi, il n’y a d’accès à la paix de Dieu que de manière indirecte, au travers d’un ébranlement des convictions des nations, les pensées et les oeuvres des hommes ne pouvant à aucun moment garantir l’établissement terrestre du Règne de Dieu, en raison de leur permanente instabilité. Les convictions d’un jour ne sont pas celles de toujours.

Dans l’épître aux Philippiens, après avoir intimé aux croyants « ne soyez inquiets de rien », Paul les invite à prier avec supplications et actions de grâce : « faites connaître vos demandes à Dieu » (Ph 4,6), ce qui semble indiquer des temps troublés. Plus en profondeur, Paul souligne dans ce passage célèbre que la paix de Dieu, qui seule permettra de garder les cœurs et les pensées en Jésus Christ, c’est-à-dire dans la foi, « surpasse toute intelligence » (Ph 4,7), ce qui suppose que les pensées des croyants seront perturbées au point que seule la paix reçue de Dieu pourra leur octroyer la force de croire. En théologie, la foi en la vérité doit être distincte de la connaissance de la vérité.

Dans l’Evangile de Jean, une perturbation d’un autre ordre est à l’œuvre : A l’encontre du souhait des disciples, le Jésus terrestre doit les quitter, c’est-à-dire mourir, afin que le Paraclet, « l’Esprit Saint que le Père enverra en [son] nom » (Jn 14,26) puisse établir sa demeure définitive en leur cœur, ainsi Jésus leur annonce-t-il : « Je m’en vais et je viens à vous » (Jn 14,28). La paix de la foi que Jésus leur laisse est donc plus profonde que la paix du monde, toujours instable, qui s’établit entre les nations et les partis politiques. Cette paix provient de leur intimité avec Dieu, et autorise Jésus à leur intimer, comme dans les deux autres textes : « Que votre cœur cesse de se troubler et de craindre » (Jn 14,27).

Conclusion: L’énergie spirituelle et ses trois consommations psychiques

En conclusion, l’espérance de la foi qui suscite le courage et la réjouissance en Dieu constitue le moteur spirituel de la foi, qui lui procure son énergie dynamisante. Cette énergie sera dépensée de plusieurs manières. Trois ont été décrites dans ce bref message.

Premièrement, chaque croyant dépense de l’énergie pour reconstruire et soigner son psychisme (son âme) et sa vie concrète, au travers de nouveaux aménagements spirituels et de nouveaux projets concrets (unions de personnes, réaménagements de relations, séparations de personnes, projets professionnels, loisirs, retraites, etc.).

Deuxièmement, chaque croyant lutte contre ses inquiétudes provenant de l’inévitable concurrence qui sévit entre les hommes, quelles que soient leurs religions et croyances.

Troisièmement, la quête spirituelle de la foi est aussi un moteur de déconstruction des croyances hâtives, et il est probable que les êtres humains dépensent la majeure partie de leur énergie à lutter contre eux-mêmes, face à leurs penchants discutables ou mauvais, et face aux tendances naturelles de leurs croyances qui peuvent être déséquilibrées.

Amen



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