Vu par un artiste (inconnu) de la ville de Lille.
L’Evangile peut se définir comme la promesse du surpassement des contrariétés de l’existence humaine. Les Béatitudes expriment ce message de façon simple: Heureux les pauvres ! Dans les Actes des apôtres et dans ses épîtres, la vie de l’âpôtre Paul est souvent décrite comme un Evangile de captivité. L’apôtre écrit plusieurs de ses lettres, dont celle aux Philippiens, les pieds entravés dans une prison romaine. Considérant que sa vie, c’est Christ, l’apôtre parvient à surpasser les contrariétés de sa condition matérielle déplorable en considérant que soit par sa vie, soit par sa mort, Christ sera glorifié dans son corps, ce qui constitue, en toute situation, son objectif spirituel et son espérance.
L’Evangile peut se définir comme la promesse du surpassement des contrariétés de l’existence humaine. Les Béatitudes expriment ce message de façon simple: Heureux les pauvres ! Dans les Actes des apôtres et dans ses épîtres, la vie de l’âpôtre Paul est souvent décrite comme un Evangile de captivité. L’apôtre écrit plusieurs de ses lettres, dont celle aux Philippiens, les pieds entravés dans une prison romaine. Considérant que sa vie, c’est Christ, l’apôtre parvient à surpasser les contrariétés de sa condition matérielle déplorable en considérant que soit par sa vie, soit par sa mort, Christ sera glorifié dans son corps, ce qui constitue, en toute situation, son objectif spirituel et son espérance.
Gilles Bourquin,
Actes des apôtres 16,25-34 – A Philippes, arrestation et délivrance de Paul
25 Aux environs de minuit, Paul et Silas, en prière, chantaient les louanges de Dieu, et les autres prisonniers les écoutaient. 26 Tout d’un coup, il y eut un tremblement de terre si violent que les fondations du bâtiment en furent ébranlées. Toutes les portes s’ouvrirent à l’instant même, et les entraves de tous les prisonniers sautèrent. 27 Tiré de son sommeil, le geôlier vit les portes de la prison ouvertes ; pensant que les prisonniers s’étaient évadés, il saisit son épée et allait se supprimer. 28 Mais Paul lui cria d’une voix forte : « Ne fais rien de funeste pour toi ; nous sommes tous là. » 29 Le geôlier demanda de la lumière, se précipita à l’intérieur et, tout tremblant, il se jeta aux pieds de Paul et de Silas. 30 Puis, les ayant fait sortir, il leur dit : « Messieurs, que dois-je faire pour être sauvé ? » 31 Ils lui répondirent : « Crois au Seigneur Jésus et tu seras sauvé, toi et ta maison. » 32 Ils annoncèrent alors la parole du Seigneur, à lui et à tous ceux qui vivaient dans sa demeure. 33 A l’heure même, en pleine nuit, le geôlier les emmena pour laver leurs plaies ; puis, sans plus attendre, il reçut le baptême, lui et tous les siens. 34 Il fit ensuite monter Paul et Silas chez lui, leur offrit un repas et se réjouit en famille d’avoir cru en Dieu.
Epître de Paul aux Philippiens 1,19-26 – La captivité de Paul et le progrès de l’Evangile
19 Car je sais que ma captivité (ce mot n’est pas dans le texte, il est déduit de ce qui précède) aboutira à mon salut grâce à votre prière et à l’assistance de l’Esprit de Jésus Christ ; 20 suivant ma vive attente et mon espérance, je n’aurai pas à rougir de honte, mais mon assurance restant totale, maintenant comme toujours, Christ sera exalté dans mon corps, soit par ma vie soit par ma mort. 21 Car pour moi, vivre, c’est Christ, et mourir m’est un gain. 22 Mais si vivre ici-bas doit me permettre un travail fécond, je ne sais que choisir. 23 Je suis pris dans ce dilemme : j’ai le désir de m’en aller et d’être avec Christ, et c’est de beaucoup préférable, 24 mais demeurer ici-bas est plus nécessaire à cause de vous. 25 Aussi, je suis convaincu, je sais que je resterai, que je demeurerai près de vous tous, pour votre progrès et la joie de votre foi, 26 afin que grandisse grâce à moi, par mon retour auprès de vous, le sujet de fierté que vous avez en Jésus Christ.
Evangile de Matthieu 5,3-20 – Les Béatitudes
3 « Heureux les pauvres de cœur : le Royaume des cieux est à eux.
4 Heureux les doux : ils auront la terre en partage.
5 Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés.
6 Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés.
7 Heureux les miséricordieux : il leur sera fait miséricorde.
8 Heureux les cœurs purs : ils verront Dieu.
9 Heureux ceux qui font œuvre de paix : ils seront appelés fils de Dieu.
10 Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice : le Royaume des cieux est à eux.
11 Heureux êtes-vous lorsque l’on vous insulte, que l’on vous persécute et que l’on dit faussement contre vous toute sorte de mal à cause de moi. 12Soyez dans la joie et l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ; c’est ainsi en effet qu’on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés.
Prédication du dimanche 10 mai 2026 à Vauffelin, dans le Jura bernois, en Suisse
Je me suis longtemps demandé s’il est possible de résumer le message de l’Evangile en un unique enseignement spirituel, ou si ce que nous appelons l’Evangile de Jésus-Christ est une combinaison irréductible de multiples messages différents et complémentaires.
Je pense aujourd’hui que les deux aspects moniste et holiste d’un côté, diversifié et pluraliste de l’autre, sont présents dans l’Evangile, de sorte qu’il est possible de dégager une vision générale de l’Evangile, qui n’épuise cependant pas ses nombreux aspects.
Le sens unique ou pluriel de l’enseignement de l’Evangile
Exprimé dans un langage théorique, l’Evangile est le message de la promesse de la levée, du surpassement des contrariétés existentielles qui sont insurpassables dans la vie présente. Et cette promesse de la victoire évangélique sur les contrariétés et les maux de la vie a une conséquence déjà dans le présent : L’Evangile permet de mieux supporter les épreuves.
Ce concept théorique se trouve exprimé dans un langage nettement plus pratique, plus spirituel et plus mystique dans les Béatitudes qui inaugurent le message de Jésus dans le premier Evangile du Nouveau Testament, l’Evangile de Matthieu : « Heureux les pauvres de cœur : le Royaume des cieux est à eux. Heureux les doux, ils auront la terre en partage. Heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés, etc. » (Mt 5,3-12). En résumé, ceux qui ont peu auront beaucoup, ceux qui vont mal iront bien, ceux qui peinent seront récompensés, etc. J’appelle cela l’Evangile de la contrariété, ou l’Evangile du renversement des valeurs.
Des textes fort diversifiés du Nouveau Testament expriment différentes formes de contrariétés ou d’inversions radicales souvent mises en scène dans les discours de Jésus, à commencer par sa grande maxime : « Beaucoup des premiers seront derniers et beaucoup des derniers, premiers » (Mt 19,30). L’effet psychique de ces retournements est libérateur, car ils montrent que la réalité n’est qu’une apparence et qu’elle peut être profondément transformée en faveur de celles et ceux qui en sont les victimes aujourd’hui. Ce qui se voit dans le monde n’est pas définitif, Dieu peut tout transformer, voilà l’Evangile !
Trois renversements évangéliques dans le Livre des Actes
Or justement, savoir que Dieu peut tout transformer nous aide à supporter ce qu’il ne transforme pas, ce que nous sommes appelés à endurer patiemment dans cette vie. Les nombreux miracles relatés dans la Bible, qu’ils soient réels, imaginaires ou symboliques, nous aident à transcender la réalité, à voir au-delà du mal, de la difficulté, de la crise et de la réalité en général qui apparait et s’impose. Dans le Livre des Actes, plusieurs faits invraisemblables sont relatés. Le récit de l’emprisonnement de l’apôtre Paul à Philippes en Macédoine relate trois délivrances des contrariétés. Ainsi, l’Evangile de la captivité de Paul devient un Evangile de la promesse de la liberté.
La contradiction des faits permet tout d’abord à Paul et Silas de chanter « les louanges de Dieu » alors que les autres prisonniers, sans espoir, les écoutent (Ac 16,21). L’esprit de l’Evangile permet ainsi de se réjouir, de conserver en soi un sens à la vie, alors même que toutes les circonstances extérieures induisent des sentiments très clairement négatifs.
Puis subitement, la situation se renverse. Un séisme vraisemblablement providentiel fait sauter toutes les entraves des prisonniers (Ac 16,26). Le geôlier, traumatisé par le risque de fuite des dangereux captifs dont on lui a confié la garde, tente de se suicider, mais l’apôtre Paul le retient, lui promettant de ne pas s’enfuir. La victime devient ainsi le sauveur de son propre ennemi geôlier. Et le persécuteur découvre son salut dans la bonté de sa victime. Ce renversement évangélique enseigne que le faible, injustement emprisonné, est en réalité plus fort, devant Dieu et avec Dieu, que celui qui le tient captif par son injuste volonté.
En effet, le persécuteur n’a jamais raison devant Dieu. Il est donc ultimement dans une posture faible, en tort devant Dieu, ayant des comptes à rendre à sa victime. Troisième contradiction du texte, le lavement des plaies des prisonniers (Ac 16,33), qui souligne les terribles souffrances endurées par les apôtres. Etrangement, le miracle qui a fait sauter les verrous de la prison n’a pas pansé les plaies, qui doivent être désinfectées à la main. Le miracle, quelle que soit sa puissance, laissera inévitablement certains aspects douloureux de la réalité intactes et non résolus, et ne supprimera donc toujours que partiellement les souffrances liées à la condition humaine dans le monde présent.
Trois renversements évangéliques dans l’Epître de Paul aux Philippiens
Dans son épître aux Philippiens, l’apôtre Paul expose les contrariétés de son existence pourtant emplie d’esprit évangélique. Nous en exposons trois aspects. Paul exprime tout d’abord sa vive espérance de ne pas avoir à « rougir de honte », selon son assurance que « Christ sera exalté dans son corps » (Ph 1,20). Ses sentiments semblent ainsi étirés entre le pire et le meilleur, la honte et l’exaltation christique, le désarroi et la joie mystique. L’Evangile n’a pas effacé les vives tensions qui traversent l’apôtre Paul en son âme, entre son souvenir d’avoir été un persécuteur et son présent d’apôtre à son tour persécuté.
La deuxième pression psychique qui traverse l’existence de Paul est due à sa perpétuelle ignorance de son sort concret, « soit par ma vie, soit par ma mort », écrit-il (Ph 1,20). Remettre son destin corps et âme à Christ est certes satisfaisant spirituellement, mais n’enlève pas les angoisses psychiques d’être exposé à la violence mortelle en tout temps. De fait, l’existence réelle de l’apôtre Paul fut faite de souffrance physique et d’incertitude.
Enfin, comme tout homme soumis à un devoir professionnel pénible, Paul fut tenté de s’en soustraire, ce qui transparait dans sa réflexion spirituelle : « pour moi, vivre c’est Christ, et mourir m’est un gain. Mais si vivre ici-bas doit me permettre un travail fécond, je ne sais que choisir… » (Ph 1,21.22…). Son discours est pour le moins ambigu. Dans la mesure où, à ses yeux, vivre est Christ, d’une part, il se réjouit d’être au ciel auprès du Seigneur, libéré des souffrances physiques liées à son ministère de persécuté, mais d’autre part, vivre en Christ, c’est le suivre dans ses tentations, ses épreuves et ses souffrances terrestres.
Le verbe que la TOB traduit par « être pris dans un dilemme » signifie davantage « être durement sons pression mentalement », ce qui souligne l’épreuve psychique permanente de l’apôtre malmené par l’existence, porteur d’un Evangile de la captivité et de la contrariété.
L’Evangile semble renforcer les maux dont il entend nous libérer
Que conclure, sinon que l’Evangile semble parfois renforcer les maux dont il entend nous libérer, justement afin d’en relativiser, si ce n’est d’en ridiculiser l’ampleur. Qu’importe de perdre quelque confort et d’endurer quelque souffrance, si c’est pour gagner Christ, le bien suprême, incomparable et inaltérable, infiniment préférable à l’or pur éprouvé par le feu.
Le message de l’Evangile, dans son ensemble, n’est pas un leurre qui idéalise la vie. Il ne semble pas diminuer systématiquement les souffrances de ses desservants. Au contraire, en tant que promesse de surpassement des contrariétés, l’Evangile nous confronte parfois durement aux oppositions insurpassables de cette vie. Parmi les principales contrariétés insurmontables de la nature humaine actuelle, nos imperfections ne nous épargnent pas la possibilité de la honte, nos souffrances ne nous épargnent pas la possibilité de la douleur physique ou psychique, notre existence temporelle ne nous épargne pas la possibilité de la nostalgie du passé et de l’angoisse du futur, y compris la peur de la mort, notre ignorance de l’avenir ne nous épargne pas la possibilité des mauvaises surprises, des déconvenues, des déceptions et des illusions, et enfin, ultime contrariété, notre espérance évangélique comporte aussi son volet négatif, dans la mesure où ce que l’on espère, même ardemment et avec une pleine conviction, on ne le possède pas encore, et donc constitue en creux ce qui nous manque, notre Evangile de la contrariété, à la suite de Paul et de Jésus. Amen.
Vous pouvez réagir à cette prédication sur » mon propre site internet.
25 Aux environs de minuit, Paul et Silas, en prière, chantaient les louanges de Dieu, et les autres prisonniers les écoutaient. 26 Tout d’un coup, il y eut un tremblement de terre si violent que les fondations du bâtiment en furent ébranlées. Toutes les portes s’ouvrirent à l’instant même, et les entraves de tous les prisonniers sautèrent. 27 Tiré de son sommeil, le geôlier vit les portes de la prison ouvertes ; pensant que les prisonniers s’étaient évadés, il saisit son épée et allait se supprimer. 28 Mais Paul lui cria d’une voix forte : « Ne fais rien de funeste pour toi ; nous sommes tous là. » 29 Le geôlier demanda de la lumière, se précipita à l’intérieur et, tout tremblant, il se jeta aux pieds de Paul et de Silas. 30 Puis, les ayant fait sortir, il leur dit : « Messieurs, que dois-je faire pour être sauvé ? » 31 Ils lui répondirent : « Crois au Seigneur Jésus et tu seras sauvé, toi et ta maison. » 32 Ils annoncèrent alors la parole du Seigneur, à lui et à tous ceux qui vivaient dans sa demeure. 33 A l’heure même, en pleine nuit, le geôlier les emmena pour laver leurs plaies ; puis, sans plus attendre, il reçut le baptême, lui et tous les siens. 34 Il fit ensuite monter Paul et Silas chez lui, leur offrit un repas et se réjouit en famille d’avoir cru en Dieu.
Epître de Paul aux Philippiens 1,19-26 – La captivité de Paul et le progrès de l’Evangile
19 Car je sais que ma captivité (ce mot n’est pas dans le texte, il est déduit de ce qui précède) aboutira à mon salut grâce à votre prière et à l’assistance de l’Esprit de Jésus Christ ; 20 suivant ma vive attente et mon espérance, je n’aurai pas à rougir de honte, mais mon assurance restant totale, maintenant comme toujours, Christ sera exalté dans mon corps, soit par ma vie soit par ma mort. 21 Car pour moi, vivre, c’est Christ, et mourir m’est un gain. 22 Mais si vivre ici-bas doit me permettre un travail fécond, je ne sais que choisir. 23 Je suis pris dans ce dilemme : j’ai le désir de m’en aller et d’être avec Christ, et c’est de beaucoup préférable, 24 mais demeurer ici-bas est plus nécessaire à cause de vous. 25 Aussi, je suis convaincu, je sais que je resterai, que je demeurerai près de vous tous, pour votre progrès et la joie de votre foi, 26 afin que grandisse grâce à moi, par mon retour auprès de vous, le sujet de fierté que vous avez en Jésus Christ.
Evangile de Matthieu 5,3-20 – Les Béatitudes
3 « Heureux les pauvres de cœur : le Royaume des cieux est à eux.
4 Heureux les doux : ils auront la terre en partage.
5 Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés.
6 Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés.
7 Heureux les miséricordieux : il leur sera fait miséricorde.
8 Heureux les cœurs purs : ils verront Dieu.
9 Heureux ceux qui font œuvre de paix : ils seront appelés fils de Dieu.
10 Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice : le Royaume des cieux est à eux.
11 Heureux êtes-vous lorsque l’on vous insulte, que l’on vous persécute et que l’on dit faussement contre vous toute sorte de mal à cause de moi. 12Soyez dans la joie et l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ; c’est ainsi en effet qu’on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés.
Prédication du dimanche 10 mai 2026 à Vauffelin, dans le Jura bernois, en Suisse
Je me suis longtemps demandé s’il est possible de résumer le message de l’Evangile en un unique enseignement spirituel, ou si ce que nous appelons l’Evangile de Jésus-Christ est une combinaison irréductible de multiples messages différents et complémentaires.
Je pense aujourd’hui que les deux aspects moniste et holiste d’un côté, diversifié et pluraliste de l’autre, sont présents dans l’Evangile, de sorte qu’il est possible de dégager une vision générale de l’Evangile, qui n’épuise cependant pas ses nombreux aspects.
Le sens unique ou pluriel de l’enseignement de l’Evangile
Exprimé dans un langage théorique, l’Evangile est le message de la promesse de la levée, du surpassement des contrariétés existentielles qui sont insurpassables dans la vie présente. Et cette promesse de la victoire évangélique sur les contrariétés et les maux de la vie a une conséquence déjà dans le présent : L’Evangile permet de mieux supporter les épreuves.
Ce concept théorique se trouve exprimé dans un langage nettement plus pratique, plus spirituel et plus mystique dans les Béatitudes qui inaugurent le message de Jésus dans le premier Evangile du Nouveau Testament, l’Evangile de Matthieu : « Heureux les pauvres de cœur : le Royaume des cieux est à eux. Heureux les doux, ils auront la terre en partage. Heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés, etc. » (Mt 5,3-12). En résumé, ceux qui ont peu auront beaucoup, ceux qui vont mal iront bien, ceux qui peinent seront récompensés, etc. J’appelle cela l’Evangile de la contrariété, ou l’Evangile du renversement des valeurs.
Des textes fort diversifiés du Nouveau Testament expriment différentes formes de contrariétés ou d’inversions radicales souvent mises en scène dans les discours de Jésus, à commencer par sa grande maxime : « Beaucoup des premiers seront derniers et beaucoup des derniers, premiers » (Mt 19,30). L’effet psychique de ces retournements est libérateur, car ils montrent que la réalité n’est qu’une apparence et qu’elle peut être profondément transformée en faveur de celles et ceux qui en sont les victimes aujourd’hui. Ce qui se voit dans le monde n’est pas définitif, Dieu peut tout transformer, voilà l’Evangile !
Trois renversements évangéliques dans le Livre des Actes
Or justement, savoir que Dieu peut tout transformer nous aide à supporter ce qu’il ne transforme pas, ce que nous sommes appelés à endurer patiemment dans cette vie. Les nombreux miracles relatés dans la Bible, qu’ils soient réels, imaginaires ou symboliques, nous aident à transcender la réalité, à voir au-delà du mal, de la difficulté, de la crise et de la réalité en général qui apparait et s’impose. Dans le Livre des Actes, plusieurs faits invraisemblables sont relatés. Le récit de l’emprisonnement de l’apôtre Paul à Philippes en Macédoine relate trois délivrances des contrariétés. Ainsi, l’Evangile de la captivité de Paul devient un Evangile de la promesse de la liberté.
La contradiction des faits permet tout d’abord à Paul et Silas de chanter « les louanges de Dieu » alors que les autres prisonniers, sans espoir, les écoutent (Ac 16,21). L’esprit de l’Evangile permet ainsi de se réjouir, de conserver en soi un sens à la vie, alors même que toutes les circonstances extérieures induisent des sentiments très clairement négatifs.
Puis subitement, la situation se renverse. Un séisme vraisemblablement providentiel fait sauter toutes les entraves des prisonniers (Ac 16,26). Le geôlier, traumatisé par le risque de fuite des dangereux captifs dont on lui a confié la garde, tente de se suicider, mais l’apôtre Paul le retient, lui promettant de ne pas s’enfuir. La victime devient ainsi le sauveur de son propre ennemi geôlier. Et le persécuteur découvre son salut dans la bonté de sa victime. Ce renversement évangélique enseigne que le faible, injustement emprisonné, est en réalité plus fort, devant Dieu et avec Dieu, que celui qui le tient captif par son injuste volonté.
En effet, le persécuteur n’a jamais raison devant Dieu. Il est donc ultimement dans une posture faible, en tort devant Dieu, ayant des comptes à rendre à sa victime. Troisième contradiction du texte, le lavement des plaies des prisonniers (Ac 16,33), qui souligne les terribles souffrances endurées par les apôtres. Etrangement, le miracle qui a fait sauter les verrous de la prison n’a pas pansé les plaies, qui doivent être désinfectées à la main. Le miracle, quelle que soit sa puissance, laissera inévitablement certains aspects douloureux de la réalité intactes et non résolus, et ne supprimera donc toujours que partiellement les souffrances liées à la condition humaine dans le monde présent.
Trois renversements évangéliques dans l’Epître de Paul aux Philippiens
Dans son épître aux Philippiens, l’apôtre Paul expose les contrariétés de son existence pourtant emplie d’esprit évangélique. Nous en exposons trois aspects. Paul exprime tout d’abord sa vive espérance de ne pas avoir à « rougir de honte », selon son assurance que « Christ sera exalté dans son corps » (Ph 1,20). Ses sentiments semblent ainsi étirés entre le pire et le meilleur, la honte et l’exaltation christique, le désarroi et la joie mystique. L’Evangile n’a pas effacé les vives tensions qui traversent l’apôtre Paul en son âme, entre son souvenir d’avoir été un persécuteur et son présent d’apôtre à son tour persécuté.
La deuxième pression psychique qui traverse l’existence de Paul est due à sa perpétuelle ignorance de son sort concret, « soit par ma vie, soit par ma mort », écrit-il (Ph 1,20). Remettre son destin corps et âme à Christ est certes satisfaisant spirituellement, mais n’enlève pas les angoisses psychiques d’être exposé à la violence mortelle en tout temps. De fait, l’existence réelle de l’apôtre Paul fut faite de souffrance physique et d’incertitude.
Enfin, comme tout homme soumis à un devoir professionnel pénible, Paul fut tenté de s’en soustraire, ce qui transparait dans sa réflexion spirituelle : « pour moi, vivre c’est Christ, et mourir m’est un gain. Mais si vivre ici-bas doit me permettre un travail fécond, je ne sais que choisir… » (Ph 1,21.22…). Son discours est pour le moins ambigu. Dans la mesure où, à ses yeux, vivre est Christ, d’une part, il se réjouit d’être au ciel auprès du Seigneur, libéré des souffrances physiques liées à son ministère de persécuté, mais d’autre part, vivre en Christ, c’est le suivre dans ses tentations, ses épreuves et ses souffrances terrestres.
Le verbe que la TOB traduit par « être pris dans un dilemme » signifie davantage « être durement sons pression mentalement », ce qui souligne l’épreuve psychique permanente de l’apôtre malmené par l’existence, porteur d’un Evangile de la captivité et de la contrariété.
L’Evangile semble renforcer les maux dont il entend nous libérer
Que conclure, sinon que l’Evangile semble parfois renforcer les maux dont il entend nous libérer, justement afin d’en relativiser, si ce n’est d’en ridiculiser l’ampleur. Qu’importe de perdre quelque confort et d’endurer quelque souffrance, si c’est pour gagner Christ, le bien suprême, incomparable et inaltérable, infiniment préférable à l’or pur éprouvé par le feu.
Le message de l’Evangile, dans son ensemble, n’est pas un leurre qui idéalise la vie. Il ne semble pas diminuer systématiquement les souffrances de ses desservants. Au contraire, en tant que promesse de surpassement des contrariétés, l’Evangile nous confronte parfois durement aux oppositions insurpassables de cette vie. Parmi les principales contrariétés insurmontables de la nature humaine actuelle, nos imperfections ne nous épargnent pas la possibilité de la honte, nos souffrances ne nous épargnent pas la possibilité de la douleur physique ou psychique, notre existence temporelle ne nous épargne pas la possibilité de la nostalgie du passé et de l’angoisse du futur, y compris la peur de la mort, notre ignorance de l’avenir ne nous épargne pas la possibilité des mauvaises surprises, des déconvenues, des déceptions et des illusions, et enfin, ultime contrariété, notre espérance évangélique comporte aussi son volet négatif, dans la mesure où ce que l’on espère, même ardemment et avec une pleine conviction, on ne le possède pas encore, et donc constitue en creux ce qui nous manque, notre Evangile de la contrariété, à la suite de Paul et de Jésus. Amen.
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