Michael Riedel, The Copycat
Loin d’en restituer une image statique, une lecture attentive de la Bible dénote l’extraordinaire foisonnement évolutif des récits et des doctrines qui y sont exposés, lesquels n’ont d’autre fonction que de rendre compte au mieux de l’élan de la foi des croyants de chaque époque. L’évolution des fêtes juives à l’origine de la fête chrétienne des Rameaux offre un exemple de cette vivacité. Ces mises en forme du discours de la foi nécessitent à chaque fois une adaptation aux nouvelles conditions culturelles. Mieux que chaque doctrine singulière, leur mouvement d’ensemble donne sens aux Ecritures. Si la révélation chrétienne trouve en tout temps son essence dans le destin historique de Jésus-Christ, son expression est appelée à évoluer en fonction des âges et des cultures.
Loin d’en restituer une image statique, une lecture attentive de la Bible dénote l’extraordinaire foisonnement évolutif des récits et des doctrines qui y sont exposés, lesquels n’ont d’autre fonction que de rendre compte au mieux de l’élan de la foi des croyants de chaque époque. L’évolution des fêtes juives à l’origine de la fête chrétienne des Rameaux offre un exemple de cette vivacité. Ces mises en forme du discours de la foi nécessitent à chaque fois une adaptation aux nouvelles conditions culturelles. Mieux que chaque doctrine singulière, leur mouvement d’ensemble donne sens aux Ecritures. Si la révélation chrétienne trouve en tout temps son essence dans le destin historique de Jésus-Christ, son expression est appelée à évoluer en fonction des âges et des cultures.
Gilles Bourquin,
Livre de l’Exode 23,16-17 – Fête de la Moisson et fête de la Récolte
16 Tu observeras la fête de la Moisson, des premiers fruits de ton travail, de ce que tu auras semé dans les champs, ainsi que la fête de la Récolte, au sortir de l’année, quand tu récolteras des champs les fruits de ton travail. 17 Trois fois par an, tous tes hommes viendront voir la face du Maître, le SEIGNEUR.
Livre du Lévitique 23,33-36 – Les fêtes d’Israël
33 Le SEIGNEUR adressa la parole à Moïse : 34 « Parle aux fils d’Israël : Le quinze de ce septième mois, c’est la fête des Tentes, qui dure sept jours, en l’honneur du SEIGNEUR ; 35 le premier jour on tiendra une réunion sacrée ; vous ne ferez aucun travail pénible. 36 Chacun des sept jours, vous présenterez un mets consumé au SEIGNEUR. Le huitième jour vous tiendrez une réunion sacrée et vous présenterez un mets consumé au SEIGNEUR : c’est la clôture de la fête ; vous ne ferez aucun travail pénible.
Livre du Deutéronome 16,13-17 – Troisième fête de pèlerinage, la fête des Tentes
13 Quant à la fête des Tentes, tu la célébreras pendant sept jours lorsque tu auras rentré tout ce qui vient de ton aire et de ton pressoir. 14 Tu seras dans la joie de ta fête avec ton fils, ta fille, ton serviteur, ta servante, le lévite, l’émigré, l’orphelin et la veuve qui sont dans tes villes. 15 Sept jours durant, tu feras un pèlerinage pour le SEIGNEUR ton Dieu au lieu que le SEIGNEUR aura choisi, car le SEIGNEUR ton Dieu t’aura béni dans tous les produits de ton sol et dans toutes tes actions ; et tu ne seras que joie.
16 Trois fois par an, tous tes hommes iront voir la face du SEIGNEUR ton Dieu au lieu qu’il aura choisi : pour le pèlerinage des pains sans levain, celui des Semaines et celui des Tentes. On n’ira pas voir la face du SEIGNEUR les mains vides : 17 chacun fera une offrande de ses mains suivant la bénédiction que t’a donnée le SEIGNEUR ton Dieu.
Premier livre des Rois 8,65-66 – Fin de la dédicace de la Maison du Seigneur
65 C’est en ce septième mois que Salomon célébra la fête, et tout Israël avec lui : c’était une grande assemblée, venue depuis Lebo-Hamath jusqu’au torrent d’Egypte ; ils furent devant le SEIGNEUR, notre Dieu, sept jours et sept jours, soit quatorze jours. 66 Le huitième jour, Salomon renvoya le peuple. Ils saluèrent le roi et s’en allèrent dans leurs tentes, joyeux et le cœur content à cause de tout le bien que le SEIGNEUR avait fait à David, son serviteur, et à Israël, son peuple.
Livre du prophète Zacharie 9,9-10 – Le Messie humble et pacifique
9 Tressaille d’allégresse, fille de Sion !
Pousse des acclamations, fille de Jérusalem !
Voici que ton roi s’avance vers toi ;
il est juste et victorieux,
humble, monté sur un âne
– sur un ânon tout jeune.
10 Il supprimera d’Ephraïm le char de guerre
et de Jérusalem, le char de combat.
Il brisera l’arc de guerre
et il proclamera la paix pour les nations.
Sa domination s’étendra d’une mer à l’autre
et du Fleuve jusqu’aux extrémités du pays.
Livre du prophète Zacharie 14-16-21 – Instauration définitive du Règne de Dieu
16 Alors tous les survivants des peuples qui auront marché contre Jérusalem monteront d’année en année pour se prosterner devant le roi, le SEIGNEUR de l’univers, et pour célébrer la fête des Tentes. 17 Mais pour les familles de la terre qui ne monteront pas à Jérusalem se prosterner devant le roi, le SEIGNEUR de l’univers, il ne tombera pas de pluie. 18 Et si la famille d’Egypte ne se met pas à monter, alors le fléau dont le SEIGNEUR frappera les nations qui ne montent pas célébrer la fête des Tentes, ne fondra-t-il pas sur elle ? 19 Tel sera le châtiment de l’Egypte et tel sera le châtiment de toutes les nations qui ne monteront pas célébrer la fête des Tentes.
20 En ce jour-là, les clochettes des chevaux porteront l’inscription : « Consacré au SEIGNEUR » ; les marmites, dans la Maison du SEIGNEUR, seront comme des coupes à aspersion devant l’autel. 21 Toute marmite à Jérusalem et en Juda sera consacrée au SEIGNEUR de l’univers. Tous ceux qui viendront présenter un sacrifice s’en serviront pour cuire leur offrande. Il n’y aura plus de marchand dans la Maison du SEIGNEUR de l’univers, en ce jour-là.
Livre de Daniel 7,13-15 – Le Fils d’Homme
13 Je regardais dans les visions de la nuit, et voici qu’avec les nuées du ciel venait comme un Fils d’Homme ; il arriva jusqu’au Vieillard, et on le fit approcher en sa présence. 14 Et il lui fut donné souveraineté, gloire et royauté : les gens de tous peuples, nations et langues le servaient.
Sa souveraineté est une souveraineté éternelle qui ne passera pas,
et sa royauté, une royauté qui ne sera jamais détruite.
15 Mon esprit à moi, Daniel, fut angoissé au-dedans de son enveloppe, et les visions de mon esprit me tourmentaient.
Psaume 118,21-29 – Béni soit celui qui entre, au nom du SEIGNEUR !
21 Je te célèbre car tu m’as répondu,
et je te dois la victoire.
22 La pierre que les maçons ont rejetée
est devenue la pierre angulaire.
23 Cela vient du SEIGNEUR :
c’est une merveille à nos yeux !
24 Voici le jour que le SEIGNEUR a fait :
qu’il soit notre bonheur et notre joie !
25 Donne, SEIGNEUR, donne la victoire !
Donne, SEIGNEUR, donne le triomphe !
26 Béni soit celui qui entre, au nom du SEIGNEUR !
– Nous vous bénissons depuis la maison du SEIGNEUR.
27 Le SEIGNEUR est Dieu et il nous a donné la lumière :
Formez le cortège, rameaux en main,
jusqu’aux cornes de l’autel.
28 – Tu es mon Dieu ! et je te célèbre,
mon Dieu, et je t’exalte.
29 Célébrez le SEIGNEUR, car il est bon
et sa fidélité est pour toujours.
Evangile de Marc 11,1-11 – L’entrée triomphale à Jérusalem
1 Lorsqu’ils approchent de Jérusalem, près de Bethphagé et de Béthanie, vers le mont des Oliviers, Jésus envoie deux de ses disciples 2 et leur dit : « Allez au village qui est devant vous : dès que vous y entrerez, vous trouverez un ânon attaché que personne n’a encore monté. Détachez-le et amenez-le. 3 Et si quelqu’un vous dit : “Pourquoi faites-vous cela ?” répondez : “Le Seigneur en a besoin et il le renvoie ici tout de suite.” » 4 Ils sont partis et ont trouvé un ânon attaché dehors près d’une porte, dans la rue. Ils le détachent. 5 Quelques-uns de ceux qui se trouvaient là leur dirent : « Qu’avez-vous à détacher cet ânon ? » 6 Eux leur répondirent comme Jésus l’avait dit et on les laissa faire. 7 Ils amènent l’ânon à Jésus ; ils mettent sur lui leurs vêtements et Jésus s’assit dessus. 8 Beaucoup de gens étendirent leurs vêtements sur la route et d’autres des feuillages qu’ils coupaient dans la campagne. 9 Ceux qui marchaient devant et ceux qui suivaient criaient : « Hosanna ! Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient ! 10 Béni soit le règne qui vient, le règne de David notre père ! Hosanna au plus haut des cieux ! » 11 Et il entra à Jérusalem dans le temple. Après avoir tout regardé autour de lui, comme c’était déjà le soir, il sortit pour se rendre à Béthanie avec les Douze.
Prédication du dimanche des Rameaux, le 29 mars 2026 à Péry, dans le Jura bernois, en Suisse
La tradition chrétienne nous a habitués à considérer que la révélation divine atteint sa forme définitive dans l’annonce de la mort et de la résurrection du Christ. Les dernières paroles du Nouveau Testament, dans le livre de l’Apocalypse, adressent les pires sanctions à qui ajoute ou retranche des paroles à « ce livre prophétique » (Ap 22,18-19). Ainsi formulée, une telle consigne est trop restrictive, car elle conduit à une rigidité dogmatique contraire au flux naturel de la réflexion humaine, qui tend à se développer sans cesse en de nouveaux horizons, tout en intégrant et en surpassant les précédents.
Dans cette perspective, une lecture attentive de la Bible chrétienne, de la Genèse à l’Apocalypse, illustre l’évolution des doctrines au cours des siècles d’écriture de la Bible juive, notre Ancien Testament, puis au cours des décennies d’écriture du Nouveau Testament. Si la révélation chrétienne trouve en tout temps son essence dans le destin historique de Jésus-Christ, son expression est appelée à évoluer en fonction des âges et des cultures, comme cela se produit déjà au sein des Ecritures bibliques.
La fête juive de la Récolte, devenue la fête des Tentes, avant l’Exil, dans la royauté d’Israel
La forme et le sens de la fête juive de la Récolte, devenue la fête des Tentes, dont certains éléments sont repris dans la fête chrétienne des Rameaux, offre un excellent exemple de cette évolution qui a progressivement enrichi le sens de la fête de nouveaux aspects.
La forme sans doute la plus ancienne de cette fête apparait dans le livre de l’Exode : « Tu observeras […] la fête de la Récolte, au sortir de l’année, quand tu récolteras des champs le fruit de ton travail. Trois fois par an, tous les hommes viendront voir la face du Maître, le Seigneur » (Ex 23,16-17). A ce stade très ancien, la fête de la Récolte est un pèlerinage d’automne à Jérusalem qui ne s’adresse qu’à des agriculteurs sédentaires, et elle est une « manifestation de gratitude envers Dieu pour les fruits de la terre » (Samuel Amsler, André Lacocque, René Vuilleumier, Aggée, Zacharie, Malachie. Commentaire de l’Ancien Testament XIc, Genève, Labor et Fides, 19982, p.212). Dans les temps les plus reculés, elle était sans doute célébrée par plusieurs peuples de Canaan, et non seulement par les Juifs, qui en ont fait évoluer le sens selon leur foi.
Dans le livre du Lévitique, la fête de la Récolte prend désormais le nom de fête des Tentes, sans doute en raison d’une coutume paysanne de dresser des huttes de branchages au moment de la récolte pour la surveillance des vergers (cf. note TOB, Notes intégrales, 12e édition, 151e mille, 2021, p.222). Cependant, l’innovation la plus importante est le rattachement de cette fête au passé fondateur de la nation juive : « tout indigène en Israël doit habiter sous la tente pour que d’âge en âge vous sachiez que j’ai fait habiter sous la tente les fils d’Israël, lorsque je les ai fait sortir du pays d’Egypte » (Lv 23,42-43). Ainsi, le sens de la fête change profondément : Il ne s’agit plus seulement de manifester de la gratitude à Dieu pour les récoltes, mais de lui manifester de la gratitude en se souvenant que le bonheur actuel des récoltes provient de l’intervention divine en faveur d’Israël lors de sa libération de l’esclavage d’Egypte. L’épreuve ancienne de la vie dans les tentes nomades au désert est à l’origine du bonheur sédentaire présent.
Ensuite, dans le livre du Deutéronome, qui présente une deuxième version renouvelée de la Loi juive, la Torah, le sens de la fête des Tentes est élargi de trois manières : « […] tu feras un pèlerinage […], car le Seigneur ton Dieu t’aura béni dans tous les produits de ton sol et dans toutes tes actions ; et tu ne seras que joie » (Dt 16,15). Premièrement, la bénédiction du Seigneur ne concerne plus seulement les produits agricoles, mais aussi l’élevage et tous les autres métiers, ce qui permet d’adapter la Loi sainte à la vie citadine. Deuxièmement, par une très jolie expression, « tu ne seras que joie », le caractère joyeux de la fête de la bénédiction est souligné. Il n’est pas question de vivre une piété triste !
Troisièmement, le livre du Deutéronome élargit explicitement la liste des personnes concernées par la fête des Tentes : « Tu seras dans la joie de ta fête avec ton fils, ta fille, ton serviteur, ta servante, le lévite, l’émigré, l’orphelin et la veuve qui sont dans tes villes » (Dt 16,14). Il n’est donc pas question d’exclure de la fête les catégories les plus fragilisées de personnes : les femmes, les esclaves, les étrangers, les enfants et les vieux.
La fête juive des Tentes, après l’Exil, dans l’Empire Perse
Avec ce caractère inclusif des plus faibles qui annonce déjà l’Evangile, la fête des Tentes reflète la manière dont elle était célébrée durant la période royale avant l’Exil des Juifs à Babylone au VIe siècle, de 586 à 538 avant J.-C. : « […] Salomon renvoya le peuple. Ils saluèrent le roi et s’en allèrent dans leurs tentes, joyeux et le cœur content à cause de tout le bien que le Seigneur avait fait à David, son serviteur, et à Israël, son peuple » (1R 8,66).
Après l’Exil, la royauté n’existe plus dans le peuple juif, qui est désormais intégré à l’Empire Perse. Dans ce nouveau contexte, l’Exode d’Egypte apparaît fort lointain et perd en partie son sens fondateur de la nation juive puisqu’elle a perdu son autonomie. Les prophètes d’après l’Exil développent donc une nouvelle théologie eschatologique, c’est-à-dire désormais orientée davantage vers l’avenir que vers le passé. Ils imaginent qu’à la fin de l’histoire, les nations non juives se rassembleront contre Jérusalem, qui ressortira victorieuse de cet ultime affrontement mondial grâce à l’intervention d’un Messie divin.
Dans la partie finale du livre du prophète Zacharie, qui date de l’époque Perse, le sens de la fête des Tentes est profondément transformé par cette nouvelle théologie : « Alors tous les survivants des peuples qui auront marché contre Jérusalem monteront d’année en année pour se prosterner devant le roi, le SEIGNEUR de l’univers, et pour célébrer la fête des Tentes. Mais pour les familles de la terre qui ne monteront pas à Jérusalem se prosterner devant le roi, le SEIGNEUR de l’univers, il ne tombera pas de pluie » (Za 14,16-17).
Malgré l’allusion ancienne à la pluie nécessaire aux récoltes, la fête des Tentes concerne désormais toutes les nations de la Terre, qui sont appelées à marquer leur adhésion à la foi d’Israël au travers d’un pèlerinage annuel à Jérusalem qui symbolise leur conversion. L’horizon de cette soumission de la majeure partie des peuples de la Terre au nouvel Israël triomphant est apocalyptique. En parlant des « survivants des peuples », Zacharie identifie tous les peuples humains au reste d’Israël, à savoir aux fidèles restants des derniers temps. Le peuple élu ne se limite plus à la nation juive, il s’étend aux croyants du monde entier.
C’est dans ce contexte apocalyptique qu’apparait la figure du Messie, qui selon les prophètes, peut prendre un aspect soit faible, humble et souffrant (Es 53), soit puissant, victorieux et même vengeur. Le livre du prophète Zacharie souligne le caractère humble du Messie : « Pousse des acclamations, fille de Jérusalem ! Voici que ton roi s’avance vers toi ; il est juste et victorieux, humble et monté sur un […] ânon tout jeune » (Za 9,9). Le livre de Daniel, au contraire, exprime le caractère magistral et victorieux du Messie : « Je regardais dans les visions de la nuit, et voici qu’avec les nuées du ciel venait comme un Fils d’Homme ; […]. Et il lui fut donné souveraineté, gloire et royauté : les gens de tous peuples, nations et langues le servaient. Sa souveraineté est […] éternelle » (Dn 7,13-14).
La fête chrétienne des Rameaux, dans ses rapports distants et proches avec la fête juive des Tentes
Enfin, si les références explicites de la fête chrétienne des Rameaux à la fête juive des Tentes restent difficiles à établir, la fête des Rameaux étant une fête de printemps et non d’automne, les « feuillages qu’ils coupaient dans la campagne » ainsi que la joie exclamée, « Hosanna au plus haut des cieux » (Mc 14,8 et 10), rapprochent le sens des deux fêtes. Mais par-dessus tout, l’entrée de Jésus à Jérusalem en tant que Messie à la fois humble, monté sur un âne, et acclamé par la foule, « inscrit cette procession dans le contexte eschatologique du rassemblement des nations qui montent en pèlerinage à Jésus sous l’égide du roi Messie » (Edition établie sous la direction de Renaud Silly o.p., par L’Ecole biblique et archéologique française de Jérusalem, Dictionnaire Jésus, Editions Robert Laffont, S.A.S., Paris, 2021, p.917). Le Messie de l’Evangile étant à la fois victime et vainqueur, au plus haut point souffrant et triomphant, il accomplit et surpasse tout à la fois les différentes conceptions du Messie développées par les derniers prophètes bibliques juifs. Amen.
Complément exégétique hors prédication
« Dans les termes de O. Plöger (op. cit., p.114), la fête de Souccoth [hébr.: tentes] est universalisée par le biais de ‘la transposition tout à fait inhabituelle de l’idée du Reste [d’Israël] sur le monde païen.’ C’est là évidemment pour le parti visionnaire auquel appartient le Prophète [Zacharie], une manière d’opposer une fin de non-recevoir à la prétention du parti hiérocratique d’être le Reste de Dieu [exclusivement juif à l’encontre des nations païennes]. C’est aussi un moyen de projeter dans le futur, au lieu du passé comme le Ch, son espérance en la célébration définitive de la Fête ultime ».
Samuel Amsler, André Lacocque, René Vuilleumier, Aggée, Zacharie, Malachie. Commentaire de l’Ancien Testament XIc, Genève, Labor et Fides, 19982, p.213.
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16 Tu observeras la fête de la Moisson, des premiers fruits de ton travail, de ce que tu auras semé dans les champs, ainsi que la fête de la Récolte, au sortir de l’année, quand tu récolteras des champs les fruits de ton travail. 17 Trois fois par an, tous tes hommes viendront voir la face du Maître, le SEIGNEUR.
Livre du Lévitique 23,33-36 – Les fêtes d’Israël
33 Le SEIGNEUR adressa la parole à Moïse : 34 « Parle aux fils d’Israël : Le quinze de ce septième mois, c’est la fête des Tentes, qui dure sept jours, en l’honneur du SEIGNEUR ; 35 le premier jour on tiendra une réunion sacrée ; vous ne ferez aucun travail pénible. 36 Chacun des sept jours, vous présenterez un mets consumé au SEIGNEUR. Le huitième jour vous tiendrez une réunion sacrée et vous présenterez un mets consumé au SEIGNEUR : c’est la clôture de la fête ; vous ne ferez aucun travail pénible.
Livre du Deutéronome 16,13-17 – Troisième fête de pèlerinage, la fête des Tentes
13 Quant à la fête des Tentes, tu la célébreras pendant sept jours lorsque tu auras rentré tout ce qui vient de ton aire et de ton pressoir. 14 Tu seras dans la joie de ta fête avec ton fils, ta fille, ton serviteur, ta servante, le lévite, l’émigré, l’orphelin et la veuve qui sont dans tes villes. 15 Sept jours durant, tu feras un pèlerinage pour le SEIGNEUR ton Dieu au lieu que le SEIGNEUR aura choisi, car le SEIGNEUR ton Dieu t’aura béni dans tous les produits de ton sol et dans toutes tes actions ; et tu ne seras que joie.
16 Trois fois par an, tous tes hommes iront voir la face du SEIGNEUR ton Dieu au lieu qu’il aura choisi : pour le pèlerinage des pains sans levain, celui des Semaines et celui des Tentes. On n’ira pas voir la face du SEIGNEUR les mains vides : 17 chacun fera une offrande de ses mains suivant la bénédiction que t’a donnée le SEIGNEUR ton Dieu.
Premier livre des Rois 8,65-66 – Fin de la dédicace de la Maison du Seigneur
65 C’est en ce septième mois que Salomon célébra la fête, et tout Israël avec lui : c’était une grande assemblée, venue depuis Lebo-Hamath jusqu’au torrent d’Egypte ; ils furent devant le SEIGNEUR, notre Dieu, sept jours et sept jours, soit quatorze jours. 66 Le huitième jour, Salomon renvoya le peuple. Ils saluèrent le roi et s’en allèrent dans leurs tentes, joyeux et le cœur content à cause de tout le bien que le SEIGNEUR avait fait à David, son serviteur, et à Israël, son peuple.
Livre du prophète Zacharie 9,9-10 – Le Messie humble et pacifique
9 Tressaille d’allégresse, fille de Sion !
Pousse des acclamations, fille de Jérusalem !
Voici que ton roi s’avance vers toi ;
il est juste et victorieux,
humble, monté sur un âne
– sur un ânon tout jeune.
10 Il supprimera d’Ephraïm le char de guerre
et de Jérusalem, le char de combat.
Il brisera l’arc de guerre
et il proclamera la paix pour les nations.
Sa domination s’étendra d’une mer à l’autre
et du Fleuve jusqu’aux extrémités du pays.
Livre du prophète Zacharie 14-16-21 – Instauration définitive du Règne de Dieu
16 Alors tous les survivants des peuples qui auront marché contre Jérusalem monteront d’année en année pour se prosterner devant le roi, le SEIGNEUR de l’univers, et pour célébrer la fête des Tentes. 17 Mais pour les familles de la terre qui ne monteront pas à Jérusalem se prosterner devant le roi, le SEIGNEUR de l’univers, il ne tombera pas de pluie. 18 Et si la famille d’Egypte ne se met pas à monter, alors le fléau dont le SEIGNEUR frappera les nations qui ne montent pas célébrer la fête des Tentes, ne fondra-t-il pas sur elle ? 19 Tel sera le châtiment de l’Egypte et tel sera le châtiment de toutes les nations qui ne monteront pas célébrer la fête des Tentes.
20 En ce jour-là, les clochettes des chevaux porteront l’inscription : « Consacré au SEIGNEUR » ; les marmites, dans la Maison du SEIGNEUR, seront comme des coupes à aspersion devant l’autel. 21 Toute marmite à Jérusalem et en Juda sera consacrée au SEIGNEUR de l’univers. Tous ceux qui viendront présenter un sacrifice s’en serviront pour cuire leur offrande. Il n’y aura plus de marchand dans la Maison du SEIGNEUR de l’univers, en ce jour-là.
Livre de Daniel 7,13-15 – Le Fils d’Homme
13 Je regardais dans les visions de la nuit, et voici qu’avec les nuées du ciel venait comme un Fils d’Homme ; il arriva jusqu’au Vieillard, et on le fit approcher en sa présence. 14 Et il lui fut donné souveraineté, gloire et royauté : les gens de tous peuples, nations et langues le servaient.
Sa souveraineté est une souveraineté éternelle qui ne passera pas,
et sa royauté, une royauté qui ne sera jamais détruite.
15 Mon esprit à moi, Daniel, fut angoissé au-dedans de son enveloppe, et les visions de mon esprit me tourmentaient.
Psaume 118,21-29 – Béni soit celui qui entre, au nom du SEIGNEUR !
21 Je te célèbre car tu m’as répondu,
et je te dois la victoire.
22 La pierre que les maçons ont rejetée
est devenue la pierre angulaire.
23 Cela vient du SEIGNEUR :
c’est une merveille à nos yeux !
24 Voici le jour que le SEIGNEUR a fait :
qu’il soit notre bonheur et notre joie !
25 Donne, SEIGNEUR, donne la victoire !
Donne, SEIGNEUR, donne le triomphe !
26 Béni soit celui qui entre, au nom du SEIGNEUR !
– Nous vous bénissons depuis la maison du SEIGNEUR.
27 Le SEIGNEUR est Dieu et il nous a donné la lumière :
Formez le cortège, rameaux en main,
jusqu’aux cornes de l’autel.
28 – Tu es mon Dieu ! et je te célèbre,
mon Dieu, et je t’exalte.
29 Célébrez le SEIGNEUR, car il est bon
et sa fidélité est pour toujours.
Evangile de Marc 11,1-11 – L’entrée triomphale à Jérusalem
1 Lorsqu’ils approchent de Jérusalem, près de Bethphagé et de Béthanie, vers le mont des Oliviers, Jésus envoie deux de ses disciples 2 et leur dit : « Allez au village qui est devant vous : dès que vous y entrerez, vous trouverez un ânon attaché que personne n’a encore monté. Détachez-le et amenez-le. 3 Et si quelqu’un vous dit : “Pourquoi faites-vous cela ?” répondez : “Le Seigneur en a besoin et il le renvoie ici tout de suite.” » 4 Ils sont partis et ont trouvé un ânon attaché dehors près d’une porte, dans la rue. Ils le détachent. 5 Quelques-uns de ceux qui se trouvaient là leur dirent : « Qu’avez-vous à détacher cet ânon ? » 6 Eux leur répondirent comme Jésus l’avait dit et on les laissa faire. 7 Ils amènent l’ânon à Jésus ; ils mettent sur lui leurs vêtements et Jésus s’assit dessus. 8 Beaucoup de gens étendirent leurs vêtements sur la route et d’autres des feuillages qu’ils coupaient dans la campagne. 9 Ceux qui marchaient devant et ceux qui suivaient criaient : « Hosanna ! Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient ! 10 Béni soit le règne qui vient, le règne de David notre père ! Hosanna au plus haut des cieux ! » 11 Et il entra à Jérusalem dans le temple. Après avoir tout regardé autour de lui, comme c’était déjà le soir, il sortit pour se rendre à Béthanie avec les Douze.
Prédication du dimanche des Rameaux, le 29 mars 2026 à Péry, dans le Jura bernois, en Suisse
La tradition chrétienne nous a habitués à considérer que la révélation divine atteint sa forme définitive dans l’annonce de la mort et de la résurrection du Christ. Les dernières paroles du Nouveau Testament, dans le livre de l’Apocalypse, adressent les pires sanctions à qui ajoute ou retranche des paroles à « ce livre prophétique » (Ap 22,18-19). Ainsi formulée, une telle consigne est trop restrictive, car elle conduit à une rigidité dogmatique contraire au flux naturel de la réflexion humaine, qui tend à se développer sans cesse en de nouveaux horizons, tout en intégrant et en surpassant les précédents.
Dans cette perspective, une lecture attentive de la Bible chrétienne, de la Genèse à l’Apocalypse, illustre l’évolution des doctrines au cours des siècles d’écriture de la Bible juive, notre Ancien Testament, puis au cours des décennies d’écriture du Nouveau Testament. Si la révélation chrétienne trouve en tout temps son essence dans le destin historique de Jésus-Christ, son expression est appelée à évoluer en fonction des âges et des cultures, comme cela se produit déjà au sein des Ecritures bibliques.
La fête juive de la Récolte, devenue la fête des Tentes, avant l’Exil, dans la royauté d’Israel
La forme et le sens de la fête juive de la Récolte, devenue la fête des Tentes, dont certains éléments sont repris dans la fête chrétienne des Rameaux, offre un excellent exemple de cette évolution qui a progressivement enrichi le sens de la fête de nouveaux aspects.
La forme sans doute la plus ancienne de cette fête apparait dans le livre de l’Exode : « Tu observeras […] la fête de la Récolte, au sortir de l’année, quand tu récolteras des champs le fruit de ton travail. Trois fois par an, tous les hommes viendront voir la face du Maître, le Seigneur » (Ex 23,16-17). A ce stade très ancien, la fête de la Récolte est un pèlerinage d’automne à Jérusalem qui ne s’adresse qu’à des agriculteurs sédentaires, et elle est une « manifestation de gratitude envers Dieu pour les fruits de la terre » (Samuel Amsler, André Lacocque, René Vuilleumier, Aggée, Zacharie, Malachie. Commentaire de l’Ancien Testament XIc, Genève, Labor et Fides, 19982, p.212). Dans les temps les plus reculés, elle était sans doute célébrée par plusieurs peuples de Canaan, et non seulement par les Juifs, qui en ont fait évoluer le sens selon leur foi.
Dans le livre du Lévitique, la fête de la Récolte prend désormais le nom de fête des Tentes, sans doute en raison d’une coutume paysanne de dresser des huttes de branchages au moment de la récolte pour la surveillance des vergers (cf. note TOB, Notes intégrales, 12e édition, 151e mille, 2021, p.222). Cependant, l’innovation la plus importante est le rattachement de cette fête au passé fondateur de la nation juive : « tout indigène en Israël doit habiter sous la tente pour que d’âge en âge vous sachiez que j’ai fait habiter sous la tente les fils d’Israël, lorsque je les ai fait sortir du pays d’Egypte » (Lv 23,42-43). Ainsi, le sens de la fête change profondément : Il ne s’agit plus seulement de manifester de la gratitude à Dieu pour les récoltes, mais de lui manifester de la gratitude en se souvenant que le bonheur actuel des récoltes provient de l’intervention divine en faveur d’Israël lors de sa libération de l’esclavage d’Egypte. L’épreuve ancienne de la vie dans les tentes nomades au désert est à l’origine du bonheur sédentaire présent.
Ensuite, dans le livre du Deutéronome, qui présente une deuxième version renouvelée de la Loi juive, la Torah, le sens de la fête des Tentes est élargi de trois manières : « […] tu feras un pèlerinage […], car le Seigneur ton Dieu t’aura béni dans tous les produits de ton sol et dans toutes tes actions ; et tu ne seras que joie » (Dt 16,15). Premièrement, la bénédiction du Seigneur ne concerne plus seulement les produits agricoles, mais aussi l’élevage et tous les autres métiers, ce qui permet d’adapter la Loi sainte à la vie citadine. Deuxièmement, par une très jolie expression, « tu ne seras que joie », le caractère joyeux de la fête de la bénédiction est souligné. Il n’est pas question de vivre une piété triste !
Troisièmement, le livre du Deutéronome élargit explicitement la liste des personnes concernées par la fête des Tentes : « Tu seras dans la joie de ta fête avec ton fils, ta fille, ton serviteur, ta servante, le lévite, l’émigré, l’orphelin et la veuve qui sont dans tes villes » (Dt 16,14). Il n’est donc pas question d’exclure de la fête les catégories les plus fragilisées de personnes : les femmes, les esclaves, les étrangers, les enfants et les vieux.
La fête juive des Tentes, après l’Exil, dans l’Empire Perse
Avec ce caractère inclusif des plus faibles qui annonce déjà l’Evangile, la fête des Tentes reflète la manière dont elle était célébrée durant la période royale avant l’Exil des Juifs à Babylone au VIe siècle, de 586 à 538 avant J.-C. : « […] Salomon renvoya le peuple. Ils saluèrent le roi et s’en allèrent dans leurs tentes, joyeux et le cœur content à cause de tout le bien que le Seigneur avait fait à David, son serviteur, et à Israël, son peuple » (1R 8,66).
Après l’Exil, la royauté n’existe plus dans le peuple juif, qui est désormais intégré à l’Empire Perse. Dans ce nouveau contexte, l’Exode d’Egypte apparaît fort lointain et perd en partie son sens fondateur de la nation juive puisqu’elle a perdu son autonomie. Les prophètes d’après l’Exil développent donc une nouvelle théologie eschatologique, c’est-à-dire désormais orientée davantage vers l’avenir que vers le passé. Ils imaginent qu’à la fin de l’histoire, les nations non juives se rassembleront contre Jérusalem, qui ressortira victorieuse de cet ultime affrontement mondial grâce à l’intervention d’un Messie divin.
Dans la partie finale du livre du prophète Zacharie, qui date de l’époque Perse, le sens de la fête des Tentes est profondément transformé par cette nouvelle théologie : « Alors tous les survivants des peuples qui auront marché contre Jérusalem monteront d’année en année pour se prosterner devant le roi, le SEIGNEUR de l’univers, et pour célébrer la fête des Tentes. Mais pour les familles de la terre qui ne monteront pas à Jérusalem se prosterner devant le roi, le SEIGNEUR de l’univers, il ne tombera pas de pluie » (Za 14,16-17).
Malgré l’allusion ancienne à la pluie nécessaire aux récoltes, la fête des Tentes concerne désormais toutes les nations de la Terre, qui sont appelées à marquer leur adhésion à la foi d’Israël au travers d’un pèlerinage annuel à Jérusalem qui symbolise leur conversion. L’horizon de cette soumission de la majeure partie des peuples de la Terre au nouvel Israël triomphant est apocalyptique. En parlant des « survivants des peuples », Zacharie identifie tous les peuples humains au reste d’Israël, à savoir aux fidèles restants des derniers temps. Le peuple élu ne se limite plus à la nation juive, il s’étend aux croyants du monde entier.
C’est dans ce contexte apocalyptique qu’apparait la figure du Messie, qui selon les prophètes, peut prendre un aspect soit faible, humble et souffrant (Es 53), soit puissant, victorieux et même vengeur. Le livre du prophète Zacharie souligne le caractère humble du Messie : « Pousse des acclamations, fille de Jérusalem ! Voici que ton roi s’avance vers toi ; il est juste et victorieux, humble et monté sur un […] ânon tout jeune » (Za 9,9). Le livre de Daniel, au contraire, exprime le caractère magistral et victorieux du Messie : « Je regardais dans les visions de la nuit, et voici qu’avec les nuées du ciel venait comme un Fils d’Homme ; […]. Et il lui fut donné souveraineté, gloire et royauté : les gens de tous peuples, nations et langues le servaient. Sa souveraineté est […] éternelle » (Dn 7,13-14).
La fête chrétienne des Rameaux, dans ses rapports distants et proches avec la fête juive des Tentes
Enfin, si les références explicites de la fête chrétienne des Rameaux à la fête juive des Tentes restent difficiles à établir, la fête des Rameaux étant une fête de printemps et non d’automne, les « feuillages qu’ils coupaient dans la campagne » ainsi que la joie exclamée, « Hosanna au plus haut des cieux » (Mc 14,8 et 10), rapprochent le sens des deux fêtes. Mais par-dessus tout, l’entrée de Jésus à Jérusalem en tant que Messie à la fois humble, monté sur un âne, et acclamé par la foule, « inscrit cette procession dans le contexte eschatologique du rassemblement des nations qui montent en pèlerinage à Jésus sous l’égide du roi Messie » (Edition établie sous la direction de Renaud Silly o.p., par L’Ecole biblique et archéologique française de Jérusalem, Dictionnaire Jésus, Editions Robert Laffont, S.A.S., Paris, 2021, p.917). Le Messie de l’Evangile étant à la fois victime et vainqueur, au plus haut point souffrant et triomphant, il accomplit et surpasse tout à la fois les différentes conceptions du Messie développées par les derniers prophètes bibliques juifs. Amen.
Complément exégétique hors prédication
« Dans les termes de O. Plöger (op. cit., p.114), la fête de Souccoth [hébr.: tentes] est universalisée par le biais de ‘la transposition tout à fait inhabituelle de l’idée du Reste [d’Israël] sur le monde païen.’ C’est là évidemment pour le parti visionnaire auquel appartient le Prophète [Zacharie], une manière d’opposer une fin de non-recevoir à la prétention du parti hiérocratique d’être le Reste de Dieu [exclusivement juif à l’encontre des nations païennes]. C’est aussi un moyen de projeter dans le futur, au lieu du passé comme le Ch, son espérance en la célébration définitive de la Fête ultime ».
Samuel Amsler, André Lacocque, René Vuilleumier, Aggée, Zacharie, Malachie. Commentaire de l’Ancien Testament XIc, Genève, Labor et Fides, 19982, p.213.
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