Enluminure anonyme provenant d’un manuscrit historique français du XIVe siècle représentant une bataille de croisés (souvent associée à la Deuxième croisade).
A l’encontre des tentatives pieuses de blanchir le texte biblique de toute incitation à la guerre sainte, qui s’accompagnent souvent d’accusations inverses à propos du Coran, il convient de reconnaître que l’attitude du peuple élu au sein des nations, telle que prônée par le livre biblique du Deutéronome, se traduit par les mots supprimer, chasser, exterminer. On en déduit que l’intention de servir Dieu, dans ce qu’elle comporte de radicalité sacrée, aboutit fréquemment aux pires conséquences, et cela au sein de toutes les grandes religions mondiales, christianisme compris: L’enfer est pavé de bonnes intentions.
A l’encontre des tentatives pieuses de blanchir le texte biblique de toute incitation à la guerre sainte, qui s’accompagnent souvent d’accusations inverses à propos du Coran, il convient de reconnaître que l’attitude du peuple élu au sein des nations, telle que prônée par le livre biblique du Deutéronome, se traduit par les mots supprimer, chasser, exterminer. On en déduit que l’intention de servir Dieu, dans ce qu’elle comporte de radicalité sacrée, aboutit fréquemment aux pires conséquences, et cela au sein de toutes les grandes religions mondiales, christianisme compris: L’enfer est pavé de bonnes intentions.
Gilles Bourquin,
Livre du Deutéronome 7,1-26 – Israël au milieu des nations
1 Lorsque le SEIGNEUR ton Dieu t’aura fait entrer dans le pays dont tu viens prendre possession, et qu’il aura chassé devant toi des nations nombreuses, le Hittite, le Guirgashite, l’Amorite, le Cananéen, le Perizzite, le Hivvite et le Jébusite, sept nations plus nombreuses et plus puissantes que toi, 2 lorsque le SEIGNEUR ton Dieu te les aura livrées et que tu les auras battues, tu les voueras totalement par interdit. Tu ne concluras pas de pacte avec elles, tu ne leur feras pas grâce. 3 Tu ne contracteras pas de mariage avec elles, tu ne donneras pas ta fille à leur fils, tu ne prendras pas leur fille pour ton fils, 4 car cela détournerait ton fils de me suivre et il servirait d’autres dieux ; la colère du SEIGNEUR s’enflammerait contre vous et il t’exterminerait aussitôt. 5 Mais voici ce que vous ferez à ces nations : leurs autels, vous les démolirez ; leurs stèles, vous les briserez ; leurs poteaux sacrés, vous les casserez ; leurs idoles, vous les brûlerez. 6 Car tu es un peuple consacré au SEIGNEUR ton Dieu ; c’est toi que le SEIGNEUR ton Dieu a choisi pour devenir le peuple qui est sa part personnelle parmi tous les peuples qui sont sur la surface de la terre.
7 Si le SEIGNEUR s’est attaché à vous et s’il vous a choisis, ce n’est pas que vous soyez le plus nombreux de tous les peuples, car vous êtes le moindre de tous les peuples. 8 Mais si le SEIGNEUR, d’une main forte, vous a fait sortir et vous a rachetés de la maison de servitude, de la main du Pharaon, roi d’Egypte, c’est que le SEIGNEUR vous aime et tient le serment fait à vos pères.
9 Tu reconnaîtras que c’est le SEIGNEUR ton Dieu qui est Dieu, le Dieu vrai ; il garde son alliance et sa fidélité durant mille générations à ceux qui l’aiment et gardent ses commandements, 10 mais il paie de retour directement celui qui le hait, il le fait disparaître ; il ne fait pas attendre celui qui le hait, il le paie de retour directement.
11 Tu garderas le commandement, les lois et les coutumes que je t’ordonne aujourd’hui de mettre en pratique. 12 Et parce que vous aurez écouté ces coutumes, que vous les aurez gardées et mises en pratique, le SEIGNEUR ton Dieu te gardera l’alliance et la fidélité qu’il a jurées à tes pères. 13 Il t’aimera, te bénira, te rendra nombreux et il bénira le fruit de ton sein et le fruit de ton sol, ton blé, ton vin nouveau et ton huile, tes vaches pleines et tes brebis mères, sur la terre qu’il a juré à tes pères de te donner. 14 Tu seras béni plus que tous les peuples, il n’y aura de stérilité chez toi ni pour les hommes ni pour les femmes, ni non plus pour ton bétail. 15 Le SEIGNEUR écartera de toi toutes les maladies et toutes les funestes épidémies d’Egypte, que tu connais bien ; il ne te les infligera pas et il les enverra chez tous ceux qui te haïssent. 16 Tu supprimeras tous les peuples que le SEIGNEUR ton Dieu te livrera sans t’attendrir sur eux ; tu ne serviras pas leurs dieux : ce serait un piège pour toi.
17 Si tu te dis : « Ces nations sont plus nombreuses que moi, comment pourrais-je les déposséder ? », 18 ne les crains pas ! Tu évoqueras le souvenir de ce que le SEIGNEUR ton Dieu a fait au Pharaon et à toute l’Egypte, 19 de ces grandes épreuves que tu as vues de tes yeux, de ces signes et de ces prodiges, le souvenir de la main forte et du bras étendu du SEIGNEUR ton Dieu quand il t’a fait sortir ; eh bien ! le SEIGNEUR ton Dieu en fera autant à tous les peuples que tu pourrais craindre. 20 Et même le SEIGNEUR ton Dieu leur enverra le frelon jusqu’à la disparition de ceux qui resteraient et se cacheraient devant toi. 21 Ne tremble pas devant eux, car il est au milieu de toi, le SEIGNEUR ton Dieu, un Dieu grand et terrible. 22 Le SEIGNEUR ton Dieu chassera ces nations devant toi peu à peu : tu ne pourras pas les achever aussitôt, car autrement les animaux sauvages deviendraient trop nombreux contre toi. 23 Pourtant le SEIGNEUR ton Dieu te livrera ces nations et jettera sur elles une grande panique jusqu’à ce qu’elles soient exterminées. 24 Il livrera leurs rois entre tes mains, tu feras disparaître leur nom de sous le ciel ; aucun ne tiendra devant toi, jusqu’à ce que tu les aies exterminés. 25 Les idoles de leurs dieux, vous les brûlerez. Tu ne te laisseras pas prendre au piège par l’envie de garder pour toi leur revêtement d’argent et d’or, car c’est une abomination pour le SEIGNEUR ton Dieu. 26 Tu ne feras pas entrer un objet abominable dans ta maison, car tu serais voué par interdit comme lui. Tu l’auras en horreur, totalement, et tu l’auras en abomination, car il est voué par interdit.
Epître de Paul aux Romains 2,17-29 – La désobéissance d’Israël
17 Mais, si toi qui portes le nom de Juif, qui te reposes sur la loi et qui mets ta fierté en ton Dieu, 18 toi qui connais sa volonté, toi qui, instruit par la loi, discernes l’essentiel, 19 toi qui es convaincu d’être le guide des aveugles, la lumière de ceux qui sont dans les ténèbres, 20 l’éducateur des ignorants, le maître des simples, parce que tu possèdes dans la loi l’expression même de la connaissance et de la vérité… 21 Eh bien ! toi qui enseignes autrui, tu ne t’enseignes pas toi-même ! Tu prêches de ne pas voler, et tu voles ! 22 Tu interdis l’adultère, et tu commets l’adultère ! Tu as horreur des idoles, et tu pilles leurs temples ! 23 Tu mets ta fierté dans la loi, et tu déshonores Dieu en transgressant la loi ! 24 En effet, comme il est écrit, le nom de Dieu est blasphémé à cause de vous parmi les païens.
25 Sans doute la circoncision est utile si tu pratiques la loi, mais si tu transgresses la loi, avec ta circoncision tu n’es plus qu’un incirconcis. 26 Si donc l’incirconcis observe les prescriptions de la loi, son incirconcision ne lui sera-t-elle pas comptée comme circoncision ? 27 Et lui qui, physiquement incirconcis, accomplit la loi, te jugera, toi qui, avec la lettre de la loi et la circoncision, transgresses la loi.
28 En effet, ce n’est pas ce qui se voit qui fait le Juif, ni la marque visible dans la chair qui fait la circoncision, 29 mais c’est ce qui est caché qui fait le Juif, et la circoncision est celle du cœur, celle qui relève de l’Esprit et non de la lettre. Voilà l’homme qui reçoit sa louange non des hommes, mais de Dieu.
Evangile de Jean 19,25-30 – La crucifixion et la mort de Jésus
25 Près de la croix de Jésus se tenaient debout sa mère, la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas et Marie de Magdala. 26 Voyant ainsi sa mère et près d’elle le disciple qu’il aimait, Jésus dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. » 27 Il dit ensuite au disciple : « Voici ta mère. » Et depuis cette heure-là, le disciple la prit chez lui.
28 Après quoi, sachant que dès lors tout était achevé, pour que l’Ecriture soit accomplie jusqu’au bout, Jésus dit : « J’ai soif » ; 29 il y avait là une cruche remplie de vinaigre, on fixa une éponge imbibée de ce vinaigre au bout d’une branche d’hysope et on l’approcha de sa bouche. 30 Dès qu’il eut pris le vinaigre, Jésus dit : « Tout est achevé » et, inclinant la tête, il remit l’esprit.
Prédication du cinquième dimanche de carême, le dimanche 22 mars 2026 à Orvin, dans le Jura bernois, en Suisse
Je donne à ma prédication un titre surprenant : « L’enfer est pavé de bonnes intentions ». Cette expression a d’ailleurs une origine surprenante, dont je vais vous informer, mais avant cela, je tiens à préciser avec vous que cette expression est beaucoup plus sérieuse qu’elle n’en a l’air, et qu’elle peut recevoir deux sens légèrement différents.
Premièrement, cette locution peut signifier que la volonté et le désir de bien agir, c’est-à-dire les bonnes intentions, ne suffisent pas à produire le bien si elles ne sont pas suivies d’engagements et d’actions concrètes. Seules, les bonnes intentions ne servent à rien.
C’est un fait ! Mais l’expression a aussi un sens plus pointu : Elle peut signifier que parfois, les meilleures intentions du monde, et même la volonté sincère d’agir pour le bien, peuvent aboutir aux pires conséquences, si ces volontés sont habitées de naïveté, ou carrément d’idées fausses, que l’on croit bienfaisantes, mais qui en réalité conduisent à des situations véritablement infernales sur les plan psychologique et social. En ce qui nous concerne, la foi la plus sincère, la religion habitée des meilleurs sentiments les plus profonds et les plus intenses, lorsqu’elle est dépourvue de discernement, fait partie de ces systèmes de pensée et de pouvoir qui peuvent contraindre et oppresser fortement la vie des gens, du niveau personnel jusqu’à l’échelle de peuples entiers. Pourquoi ?
Origines de la locution « l’enfer est pavé de bonnes intentions »
C’est ce que nous allons découvrir. Mais d’abord, considérons l’origine de cette locution. Saint François de Sales (1567-1622), l’évêque de Genève qui fut chassé par les calvinistes et dût résider à Annecy, lequel fut aussi un grand écrivain théologien, suppose que l’inventeur de cette locution est Bernard de Clairveau (1090-1153), un des moines et théologiens cisterciens parmi les plus importants réformateurs de l’Eglise au Moyen Age. Etablir l’origine exacte de l’expression dépasse le cadre de cette prédication, mais il est important de retenir qu’elle émane des plus hautes autorités de l’Eglise.
Dans le même ordre d’idées, on trouve dans les pensées recueillies du mathématicien et théologien Blaise Pascal (1623-1662), dont la vie suit directement celle de Saint François de Sales, l’expression suivante : « L’homme n’est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête. ». L’homme qui a l’intention de se comporter comme un ange, se comporte en réalité comme un diable.
L’illusion religieuse corroborée par certains textes bibliques
Comment cela peut-il se faire ? Comment peut-on se tromper soi-même à un tel point à propos des conséquences de ses intentions, d’autant plus lorsque l’on est croyant ? Une piste de réponse se trouve dans les textes bibliques eux-mêmes, lorsque ces derniers, du moins selon la façon dont nous les appliquons, peuvent conférer à la vie religieuse un caractère dramatique, allant jusqu’à corroborer des formes de guerre sainte.
Il existe en effet une grande illusion religieuse, aussi tenace que la foi elle-même, qui consiste à croire que si de tout son cœur et dans toutes ses intentions, on cherche à appliquer les commandements divins contenus dans la Bible, ou dans tout autre livre saint, comme le Coran, le bien s’ensuit nécessairement et automatiquement. On suppose alors que l’homme de foi ne peut jamais se tromper, car dans sa lecture des Ecritures saintes et dans tous ses actes, il est conduit par l’Esprit de Dieu.
Le septième chapitre du livre du Deutéronome
Le livre du Deutéronome, dont le nom grec, deuteros nomos, signifie deuxième Loi, ou récapitulation de la Loi, peut, dans certains de ses passages, dont son septième chapitre, conforter le croyant dans cette conviction « pavée de bonnes intentions », mais hélas possiblement désastreuse, que le bien découle automatiquement de la pratique exclusive et absolue des commandements de la Loi divine, la Thora.
Que dit donc ce chapitre ? Son passage central est le suivant : « Parce que vous avez écouté mes coutumes, que vous les avez gardées et mises en pratique, le Seigneur ton Dieu te gardera l’alliance et la fidélité qu’il a jurées à tes pères » (Dt 7,12). Ainsi, l’obéissance à Dieu, perçue ici au niveau d’une collectivité sociale et politique, produit une bénédiction considérable dans tous les domaines de la vie. Selon ce texte, le Seigneur rend nombreux le peuple, il fertilise le sol, il améliore la qualité du vin, il garantit la santé du bétail et la possession de la terre promise aux pères (v.13). Plus encore, il génère une prospérité supérieure à celle des autres peuples, il élimine toute stérilité des hommes, des femmes et du bétail (v.14). Il écarte de son peuple toute maladie et toute funeste épidémie, en revanche, il inflige ces maladies et ces épidémies aux ennemis de son peuple (v.15). Dieu demande enfin à son peuple, je cite, de « supprimer tous les peuples que le Seigneur te livrera sans t’attendrir sur eux » (v.16). La compassion envers l’ennemi est donc interdite par Dieu lui-même. Il faut se séparer des peuples incroyants afin d’éviter toute mauvaise influence qu’ils pourraient exercer sur le peuple saint : « tu ne serviras pas leurs dieux : ce serait un piège pour toi » (v.16). Dans la dernière partie du chapitre sont développées les notions de déportation et d’extermination des peuples adorant d’autres dieux.
Si vraiment la juste religion était si efficace, jusqu’à garantir la prospérité économique et écologique à tous les fidèles, le monde irait mieux, mais l’on peut toujours se convaincre que si le monde va mal, c’est parce que l’on désobéit. De telles croyances suprémacistes se trouvent dans la plupart des grandes religions du monde. Au dos d’un livre prônant les valeurs de l’islam, on peut lire ceci : « C’est pourquoi les valeurs du Coran représentent l’unique remède contre l’injustice, le chaos, la terreur, les massacres, la faim, la pauvreté et toute l’oppression qui règne en permanence dans le monde » (Harun Yahya, La solution: Les valeurs du Coran, Paris, Arrissala, 2004). La Loi sacrée musulmane, la Charia présentée dans le Coran, hérite de la Torah, la Loi sacrée juive présentée dans les cinq premiers livres de la Bible juive, cette conception selon laquelle l’obéissance collective d’un peuple à la Loi hérite de la promesse de résoudre tous les problèmes de l’humanité.
La critique chrétienne d’un salut fondé sur l’obéissance humaine à Dieu
Certains théologiens chrétiens, dès le Moyen Age, inspirés par l’esprit critique du Nouveau Testament à propos de la notion de Loi sainte, se sont rendus compte que la religion, quelle qu’elle soit, juive, chrétienne, musulmane, bouddhiste, etc. se berce d’illusions si elle pense détenir la (seule) solution à tous les problèmes de l’humanité. En d’autres termes : « L’enfer est pavé de bonnes intentions », et « qui veut faire l’ange, fait la bête ». Ce discours à propos des illusions que certaines formes de religion peuvent cacher rencontre de profonds fondements bibliques, et il ne signifie pas la condamnation de toute forme de foi.
Dans son épître aux Romains, l’apôtre Paul développe un vibrant démenti de ces croyances suprémacistes : « Toi qui portes le nom de Juif, qui te reposes sur la loi et qui mets ta fierté en ton Dieu, […], toi qui es convaincu d’être le guide des aveugles, la lumière de ceux qui sont dans les ténèbres, […], toi qui enseignes autrui, tu ne t’enseignes pas toi-même ! Tu prêches de ne pas voler, et tu voles ! » (Rm 2,17-21). En écrivant ce texte, l’apôtre Paul n’a pas l’intention de traiter les Juifs de voleurs. Son propos n’est pas raciste, ce serait très mal le comprendre. Le discours de Paul, qui est lui-même juif, est d’ordre théologique : Il entend souligner qu’il ne suffit pas d’avoir l’intention de plaire à Dieu, le désir d’obéir parfaitement à ses commandements, pour être libéré des maux de sa propre humanité.
L’apôtre du christianisme souligne que la force du péché est plus puissante que le croyant intègre mais naïf ne le suppose. Obéir parfaitement à Dieu afin de s’assurer une bénédiction divine inaltérable est largement au-dessus des forces humaines. Le péché n’est pas une erreur ou une faute que l’homme commet occasionnellement, mais une composante inaltérable et insurpassable de sa nature. Par conséquent, l’homme n’est à aucun moment habilité à accomplir la Loi divine. Qui plus est, on peut appliquer à celle ou à celui qui se targue d’une telle prétention l’illusion qui consiste à « faire la bête en voulant faire l’ange ».
En soulignant que « c’est ce qui est caché qui fait le Juif, la circoncision est celle du cœur, celle qui relève de l’Esprit et non de la lettre. Voilà l’homme qui reçoit sa louange non des hommes, mais de Dieu » (Rm 2,29), Paul démonte la notion d’un peuple élu qui serait le seul obéissant à Dieu. N’importe quel être humain, selon l’état de son cœur, peut être agréé de Dieu, quelle que soit sa race et son peuple d’origine, sa nationalité et sa religion extérieure, car il s’agit là d’apparences qui masquent ses intentions véritables. Cette notion d’une « circoncision » intérieure et spirituelle invalide toute tentative de définir objectivement qui sont les authentiques enfants de Dieu et serviteurs de Dieu.
Enfin, selon la logique de la foi chrétienne telle qu’elle apparait sous une forme très élaborée dans l’Evangile de Jean, ce n’est plus l’homme qui accomplit la Loi divine – il en est définitivement jugé incapable – mais Dieu lui-même, au travers du message de la croix : « sachant dès lors que tout était achevé, pour que l’Ecriture soit accomplie jusqu’au bout, Jésus dit : ‘j’ai soif’ » (Jn 19,28). Selon ce langage porteur d’un complet renversement théologique, la Loi divine ne s’accomplit pas par l’obéissance de l’homme – c’est là que réside l’illusion infernale pavée de bonnes intentions – mais par la plus complète et absurde désobéissance de l’homme, à savoir par la croix du Christ, lequel, en sa mort, engloutit le péché, l’origine de l’enfer humain, et nous délivre ainsi de cette ambition religieuse irréalisable qui consiste à mériter son salut par son obéissance à Dieu. Amen
1 Lorsque le SEIGNEUR ton Dieu t’aura fait entrer dans le pays dont tu viens prendre possession, et qu’il aura chassé devant toi des nations nombreuses, le Hittite, le Guirgashite, l’Amorite, le Cananéen, le Perizzite, le Hivvite et le Jébusite, sept nations plus nombreuses et plus puissantes que toi, 2 lorsque le SEIGNEUR ton Dieu te les aura livrées et que tu les auras battues, tu les voueras totalement par interdit. Tu ne concluras pas de pacte avec elles, tu ne leur feras pas grâce. 3 Tu ne contracteras pas de mariage avec elles, tu ne donneras pas ta fille à leur fils, tu ne prendras pas leur fille pour ton fils, 4 car cela détournerait ton fils de me suivre et il servirait d’autres dieux ; la colère du SEIGNEUR s’enflammerait contre vous et il t’exterminerait aussitôt. 5 Mais voici ce que vous ferez à ces nations : leurs autels, vous les démolirez ; leurs stèles, vous les briserez ; leurs poteaux sacrés, vous les casserez ; leurs idoles, vous les brûlerez. 6 Car tu es un peuple consacré au SEIGNEUR ton Dieu ; c’est toi que le SEIGNEUR ton Dieu a choisi pour devenir le peuple qui est sa part personnelle parmi tous les peuples qui sont sur la surface de la terre.
7 Si le SEIGNEUR s’est attaché à vous et s’il vous a choisis, ce n’est pas que vous soyez le plus nombreux de tous les peuples, car vous êtes le moindre de tous les peuples. 8 Mais si le SEIGNEUR, d’une main forte, vous a fait sortir et vous a rachetés de la maison de servitude, de la main du Pharaon, roi d’Egypte, c’est que le SEIGNEUR vous aime et tient le serment fait à vos pères.
9 Tu reconnaîtras que c’est le SEIGNEUR ton Dieu qui est Dieu, le Dieu vrai ; il garde son alliance et sa fidélité durant mille générations à ceux qui l’aiment et gardent ses commandements, 10 mais il paie de retour directement celui qui le hait, il le fait disparaître ; il ne fait pas attendre celui qui le hait, il le paie de retour directement.
11 Tu garderas le commandement, les lois et les coutumes que je t’ordonne aujourd’hui de mettre en pratique. 12 Et parce que vous aurez écouté ces coutumes, que vous les aurez gardées et mises en pratique, le SEIGNEUR ton Dieu te gardera l’alliance et la fidélité qu’il a jurées à tes pères. 13 Il t’aimera, te bénira, te rendra nombreux et il bénira le fruit de ton sein et le fruit de ton sol, ton blé, ton vin nouveau et ton huile, tes vaches pleines et tes brebis mères, sur la terre qu’il a juré à tes pères de te donner. 14 Tu seras béni plus que tous les peuples, il n’y aura de stérilité chez toi ni pour les hommes ni pour les femmes, ni non plus pour ton bétail. 15 Le SEIGNEUR écartera de toi toutes les maladies et toutes les funestes épidémies d’Egypte, que tu connais bien ; il ne te les infligera pas et il les enverra chez tous ceux qui te haïssent. 16 Tu supprimeras tous les peuples que le SEIGNEUR ton Dieu te livrera sans t’attendrir sur eux ; tu ne serviras pas leurs dieux : ce serait un piège pour toi.
17 Si tu te dis : « Ces nations sont plus nombreuses que moi, comment pourrais-je les déposséder ? », 18 ne les crains pas ! Tu évoqueras le souvenir de ce que le SEIGNEUR ton Dieu a fait au Pharaon et à toute l’Egypte, 19 de ces grandes épreuves que tu as vues de tes yeux, de ces signes et de ces prodiges, le souvenir de la main forte et du bras étendu du SEIGNEUR ton Dieu quand il t’a fait sortir ; eh bien ! le SEIGNEUR ton Dieu en fera autant à tous les peuples que tu pourrais craindre. 20 Et même le SEIGNEUR ton Dieu leur enverra le frelon jusqu’à la disparition de ceux qui resteraient et se cacheraient devant toi. 21 Ne tremble pas devant eux, car il est au milieu de toi, le SEIGNEUR ton Dieu, un Dieu grand et terrible. 22 Le SEIGNEUR ton Dieu chassera ces nations devant toi peu à peu : tu ne pourras pas les achever aussitôt, car autrement les animaux sauvages deviendraient trop nombreux contre toi. 23 Pourtant le SEIGNEUR ton Dieu te livrera ces nations et jettera sur elles une grande panique jusqu’à ce qu’elles soient exterminées. 24 Il livrera leurs rois entre tes mains, tu feras disparaître leur nom de sous le ciel ; aucun ne tiendra devant toi, jusqu’à ce que tu les aies exterminés. 25 Les idoles de leurs dieux, vous les brûlerez. Tu ne te laisseras pas prendre au piège par l’envie de garder pour toi leur revêtement d’argent et d’or, car c’est une abomination pour le SEIGNEUR ton Dieu. 26 Tu ne feras pas entrer un objet abominable dans ta maison, car tu serais voué par interdit comme lui. Tu l’auras en horreur, totalement, et tu l’auras en abomination, car il est voué par interdit.
Epître de Paul aux Romains 2,17-29 – La désobéissance d’Israël
17 Mais, si toi qui portes le nom de Juif, qui te reposes sur la loi et qui mets ta fierté en ton Dieu, 18 toi qui connais sa volonté, toi qui, instruit par la loi, discernes l’essentiel, 19 toi qui es convaincu d’être le guide des aveugles, la lumière de ceux qui sont dans les ténèbres, 20 l’éducateur des ignorants, le maître des simples, parce que tu possèdes dans la loi l’expression même de la connaissance et de la vérité… 21 Eh bien ! toi qui enseignes autrui, tu ne t’enseignes pas toi-même ! Tu prêches de ne pas voler, et tu voles ! 22 Tu interdis l’adultère, et tu commets l’adultère ! Tu as horreur des idoles, et tu pilles leurs temples ! 23 Tu mets ta fierté dans la loi, et tu déshonores Dieu en transgressant la loi ! 24 En effet, comme il est écrit, le nom de Dieu est blasphémé à cause de vous parmi les païens.
25 Sans doute la circoncision est utile si tu pratiques la loi, mais si tu transgresses la loi, avec ta circoncision tu n’es plus qu’un incirconcis. 26 Si donc l’incirconcis observe les prescriptions de la loi, son incirconcision ne lui sera-t-elle pas comptée comme circoncision ? 27 Et lui qui, physiquement incirconcis, accomplit la loi, te jugera, toi qui, avec la lettre de la loi et la circoncision, transgresses la loi.
28 En effet, ce n’est pas ce qui se voit qui fait le Juif, ni la marque visible dans la chair qui fait la circoncision, 29 mais c’est ce qui est caché qui fait le Juif, et la circoncision est celle du cœur, celle qui relève de l’Esprit et non de la lettre. Voilà l’homme qui reçoit sa louange non des hommes, mais de Dieu.
Evangile de Jean 19,25-30 – La crucifixion et la mort de Jésus
25 Près de la croix de Jésus se tenaient debout sa mère, la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas et Marie de Magdala. 26 Voyant ainsi sa mère et près d’elle le disciple qu’il aimait, Jésus dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. » 27 Il dit ensuite au disciple : « Voici ta mère. » Et depuis cette heure-là, le disciple la prit chez lui.
28 Après quoi, sachant que dès lors tout était achevé, pour que l’Ecriture soit accomplie jusqu’au bout, Jésus dit : « J’ai soif » ; 29 il y avait là une cruche remplie de vinaigre, on fixa une éponge imbibée de ce vinaigre au bout d’une branche d’hysope et on l’approcha de sa bouche. 30 Dès qu’il eut pris le vinaigre, Jésus dit : « Tout est achevé » et, inclinant la tête, il remit l’esprit.
Prédication du cinquième dimanche de carême, le dimanche 22 mars 2026 à Orvin, dans le Jura bernois, en Suisse
Je donne à ma prédication un titre surprenant : « L’enfer est pavé de bonnes intentions ». Cette expression a d’ailleurs une origine surprenante, dont je vais vous informer, mais avant cela, je tiens à préciser avec vous que cette expression est beaucoup plus sérieuse qu’elle n’en a l’air, et qu’elle peut recevoir deux sens légèrement différents.
Premièrement, cette locution peut signifier que la volonté et le désir de bien agir, c’est-à-dire les bonnes intentions, ne suffisent pas à produire le bien si elles ne sont pas suivies d’engagements et d’actions concrètes. Seules, les bonnes intentions ne servent à rien.
C’est un fait ! Mais l’expression a aussi un sens plus pointu : Elle peut signifier que parfois, les meilleures intentions du monde, et même la volonté sincère d’agir pour le bien, peuvent aboutir aux pires conséquences, si ces volontés sont habitées de naïveté, ou carrément d’idées fausses, que l’on croit bienfaisantes, mais qui en réalité conduisent à des situations véritablement infernales sur les plan psychologique et social. En ce qui nous concerne, la foi la plus sincère, la religion habitée des meilleurs sentiments les plus profonds et les plus intenses, lorsqu’elle est dépourvue de discernement, fait partie de ces systèmes de pensée et de pouvoir qui peuvent contraindre et oppresser fortement la vie des gens, du niveau personnel jusqu’à l’échelle de peuples entiers. Pourquoi ?
Origines de la locution « l’enfer est pavé de bonnes intentions »
C’est ce que nous allons découvrir. Mais d’abord, considérons l’origine de cette locution. Saint François de Sales (1567-1622), l’évêque de Genève qui fut chassé par les calvinistes et dût résider à Annecy, lequel fut aussi un grand écrivain théologien, suppose que l’inventeur de cette locution est Bernard de Clairveau (1090-1153), un des moines et théologiens cisterciens parmi les plus importants réformateurs de l’Eglise au Moyen Age. Etablir l’origine exacte de l’expression dépasse le cadre de cette prédication, mais il est important de retenir qu’elle émane des plus hautes autorités de l’Eglise.
Dans le même ordre d’idées, on trouve dans les pensées recueillies du mathématicien et théologien Blaise Pascal (1623-1662), dont la vie suit directement celle de Saint François de Sales, l’expression suivante : « L’homme n’est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête. ». L’homme qui a l’intention de se comporter comme un ange, se comporte en réalité comme un diable.
L’illusion religieuse corroborée par certains textes bibliques
Comment cela peut-il se faire ? Comment peut-on se tromper soi-même à un tel point à propos des conséquences de ses intentions, d’autant plus lorsque l’on est croyant ? Une piste de réponse se trouve dans les textes bibliques eux-mêmes, lorsque ces derniers, du moins selon la façon dont nous les appliquons, peuvent conférer à la vie religieuse un caractère dramatique, allant jusqu’à corroborer des formes de guerre sainte.
Il existe en effet une grande illusion religieuse, aussi tenace que la foi elle-même, qui consiste à croire que si de tout son cœur et dans toutes ses intentions, on cherche à appliquer les commandements divins contenus dans la Bible, ou dans tout autre livre saint, comme le Coran, le bien s’ensuit nécessairement et automatiquement. On suppose alors que l’homme de foi ne peut jamais se tromper, car dans sa lecture des Ecritures saintes et dans tous ses actes, il est conduit par l’Esprit de Dieu.
Le septième chapitre du livre du Deutéronome
Le livre du Deutéronome, dont le nom grec, deuteros nomos, signifie deuxième Loi, ou récapitulation de la Loi, peut, dans certains de ses passages, dont son septième chapitre, conforter le croyant dans cette conviction « pavée de bonnes intentions », mais hélas possiblement désastreuse, que le bien découle automatiquement de la pratique exclusive et absolue des commandements de la Loi divine, la Thora.
Que dit donc ce chapitre ? Son passage central est le suivant : « Parce que vous avez écouté mes coutumes, que vous les avez gardées et mises en pratique, le Seigneur ton Dieu te gardera l’alliance et la fidélité qu’il a jurées à tes pères » (Dt 7,12). Ainsi, l’obéissance à Dieu, perçue ici au niveau d’une collectivité sociale et politique, produit une bénédiction considérable dans tous les domaines de la vie. Selon ce texte, le Seigneur rend nombreux le peuple, il fertilise le sol, il améliore la qualité du vin, il garantit la santé du bétail et la possession de la terre promise aux pères (v.13). Plus encore, il génère une prospérité supérieure à celle des autres peuples, il élimine toute stérilité des hommes, des femmes et du bétail (v.14). Il écarte de son peuple toute maladie et toute funeste épidémie, en revanche, il inflige ces maladies et ces épidémies aux ennemis de son peuple (v.15). Dieu demande enfin à son peuple, je cite, de « supprimer tous les peuples que le Seigneur te livrera sans t’attendrir sur eux » (v.16). La compassion envers l’ennemi est donc interdite par Dieu lui-même. Il faut se séparer des peuples incroyants afin d’éviter toute mauvaise influence qu’ils pourraient exercer sur le peuple saint : « tu ne serviras pas leurs dieux : ce serait un piège pour toi » (v.16). Dans la dernière partie du chapitre sont développées les notions de déportation et d’extermination des peuples adorant d’autres dieux.
Si vraiment la juste religion était si efficace, jusqu’à garantir la prospérité économique et écologique à tous les fidèles, le monde irait mieux, mais l’on peut toujours se convaincre que si le monde va mal, c’est parce que l’on désobéit. De telles croyances suprémacistes se trouvent dans la plupart des grandes religions du monde. Au dos d’un livre prônant les valeurs de l’islam, on peut lire ceci : « C’est pourquoi les valeurs du Coran représentent l’unique remède contre l’injustice, le chaos, la terreur, les massacres, la faim, la pauvreté et toute l’oppression qui règne en permanence dans le monde » (Harun Yahya, La solution: Les valeurs du Coran, Paris, Arrissala, 2004). La Loi sacrée musulmane, la Charia présentée dans le Coran, hérite de la Torah, la Loi sacrée juive présentée dans les cinq premiers livres de la Bible juive, cette conception selon laquelle l’obéissance collective d’un peuple à la Loi hérite de la promesse de résoudre tous les problèmes de l’humanité.
La critique chrétienne d’un salut fondé sur l’obéissance humaine à Dieu
Certains théologiens chrétiens, dès le Moyen Age, inspirés par l’esprit critique du Nouveau Testament à propos de la notion de Loi sainte, se sont rendus compte que la religion, quelle qu’elle soit, juive, chrétienne, musulmane, bouddhiste, etc. se berce d’illusions si elle pense détenir la (seule) solution à tous les problèmes de l’humanité. En d’autres termes : « L’enfer est pavé de bonnes intentions », et « qui veut faire l’ange, fait la bête ». Ce discours à propos des illusions que certaines formes de religion peuvent cacher rencontre de profonds fondements bibliques, et il ne signifie pas la condamnation de toute forme de foi.
Dans son épître aux Romains, l’apôtre Paul développe un vibrant démenti de ces croyances suprémacistes : « Toi qui portes le nom de Juif, qui te reposes sur la loi et qui mets ta fierté en ton Dieu, […], toi qui es convaincu d’être le guide des aveugles, la lumière de ceux qui sont dans les ténèbres, […], toi qui enseignes autrui, tu ne t’enseignes pas toi-même ! Tu prêches de ne pas voler, et tu voles ! » (Rm 2,17-21). En écrivant ce texte, l’apôtre Paul n’a pas l’intention de traiter les Juifs de voleurs. Son propos n’est pas raciste, ce serait très mal le comprendre. Le discours de Paul, qui est lui-même juif, est d’ordre théologique : Il entend souligner qu’il ne suffit pas d’avoir l’intention de plaire à Dieu, le désir d’obéir parfaitement à ses commandements, pour être libéré des maux de sa propre humanité.
L’apôtre du christianisme souligne que la force du péché est plus puissante que le croyant intègre mais naïf ne le suppose. Obéir parfaitement à Dieu afin de s’assurer une bénédiction divine inaltérable est largement au-dessus des forces humaines. Le péché n’est pas une erreur ou une faute que l’homme commet occasionnellement, mais une composante inaltérable et insurpassable de sa nature. Par conséquent, l’homme n’est à aucun moment habilité à accomplir la Loi divine. Qui plus est, on peut appliquer à celle ou à celui qui se targue d’une telle prétention l’illusion qui consiste à « faire la bête en voulant faire l’ange ».
En soulignant que « c’est ce qui est caché qui fait le Juif, la circoncision est celle du cœur, celle qui relève de l’Esprit et non de la lettre. Voilà l’homme qui reçoit sa louange non des hommes, mais de Dieu » (Rm 2,29), Paul démonte la notion d’un peuple élu qui serait le seul obéissant à Dieu. N’importe quel être humain, selon l’état de son cœur, peut être agréé de Dieu, quelle que soit sa race et son peuple d’origine, sa nationalité et sa religion extérieure, car il s’agit là d’apparences qui masquent ses intentions véritables. Cette notion d’une « circoncision » intérieure et spirituelle invalide toute tentative de définir objectivement qui sont les authentiques enfants de Dieu et serviteurs de Dieu.
Enfin, selon la logique de la foi chrétienne telle qu’elle apparait sous une forme très élaborée dans l’Evangile de Jean, ce n’est plus l’homme qui accomplit la Loi divine – il en est définitivement jugé incapable – mais Dieu lui-même, au travers du message de la croix : « sachant dès lors que tout était achevé, pour que l’Ecriture soit accomplie jusqu’au bout, Jésus dit : ‘j’ai soif’ » (Jn 19,28). Selon ce langage porteur d’un complet renversement théologique, la Loi divine ne s’accomplit pas par l’obéissance de l’homme – c’est là que réside l’illusion infernale pavée de bonnes intentions – mais par la plus complète et absurde désobéissance de l’homme, à savoir par la croix du Christ, lequel, en sa mort, engloutit le péché, l’origine de l’enfer humain, et nous délivre ainsi de cette ambition religieuse irréalisable qui consiste à mériter son salut par son obéissance à Dieu. Amen