Stèle du Code de Hammurabi, Musée du Louvre. Hammurabi (debout), en train de recevoir son insigne royal des mains de Shamas, le dieu solaire. Hammurabi porte ses mains vers sa bouche en signe de prière.
Le troisième livre de la Bible juive, le Lévitique, comprend un Code de sainteté qui applique la peine de mort à plusieurs pratiques sexuelles et à divers méfaits. Loin d’être des créations originales, la Thora juive (c’est-à-dire la Loi de Moïse), tout autant que plus tard la Charia musulmane, reprennent différentes lois répandues dans tout le Moyen Orient ancien, dont le Code d’Hammurabi (vers 1750 avant J.-C.), d’un millénaire antérieur à la Bible. La révolution culturelle initiée par Jésus aura pour effet de libérer la foi religieuse d’une obéissance servile à ces commandements sacrés.
Le troisième livre de la Bible juive, le Lévitique, comprend un Code de sainteté qui applique la peine de mort à plusieurs pratiques sexuelles et à divers méfaits. Loin d’être des créations originales, la Thora juive (c’est-à-dire la Loi de Moïse), tout autant que plus tard la Charia musulmane, reprennent différentes lois répandues dans tout le Moyen Orient ancien, dont le Code d’Hammurabi (vers 1750 avant J.-C.), d’un millénaire antérieur à la Bible. La révolution culturelle initiée par Jésus aura pour effet de libérer la foi religieuse d’une obéissance servile à ces commandements sacrés.
Gilles Bourquin,
Lévitique 20,7-16 – Dispositions pénales
7 Sanctifiez-vous donc pour être saints, car c’est moi, le SEIGNEUR, qui vous sanctifie 8 Gardez mes lois et mettez-les en pratique. C’est moi, le SEIGNEUR, qui vous sanctifie.
9 Ainsi : Quand un homme insulte son père ou sa mère, il sera mis à mort ; il a insulté père et mère, son sang retombe sur lui.
10 Quand un homme commet l’adultère avec la femme de son prochain, ils seront mis à mort, l’homme adultère aussi bien que la femme adultère.
11 Quand un homme couche avec une femme de son père, il découvre la nudité de son père ; ils seront mis à mort tous les deux, leur sang retombe sur eux. 12 Quand un homme couche avec sa belle-fille, ils seront mis à mort tous les deux ; ce qu’ils ont fait est de la dépravation, leur sang retombe sur eux.
13 Quand un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ce qu’ils ont fait tous les deux est une abomination ; ils seront mis à mort, leur sang retombe sur eux.
14 Quand un homme prend pour épouses une femme et sa mère, c’est une impudicité ; on les brûle, lui et elles ; ainsi il n’y aura pas d’impudicité au milieu de vous.
15 Quand un homme a des relations avec une bête, il sera mis à mort, et vous tuerez la bête.
16 Quand une femme s’approche de quelque bête pour s’y accoupler, tu devras tuer la femme et la bête ; elles seront mises à mort, leur sang retombe sur elles.
Lévitique 23,26-32 – Les fêtes d’Israël
26 Le SEIGNEUR adressa la parole à Moïse : 27 « En outre, le dix de ce septième mois, qui est le Jour du Grand Pardon, vous tiendrez une réunion sacrée, vous jeûnerez, et vous présenterez un mets consumé au SEIGNEUR ; 28 vous ne ferez aucun travail en ce jour précis, car c’est un jour de Grand Pardon, où se fait sur vous le rite d’absolution devant le SEIGNEUR votre Dieu. 29 Ainsi, quiconque ne jeûnerait pas en un tel jour serait retranché de sa parenté ; 30 et quiconque ferait quelque travail en un tel jour, je le ferais disparaître du sein de son peuple. 31 Vous ne ferez aucun travail : c’est une loi immuable pour vous d’âge en âge, où que vous habitiez. 32 C’est pour vous un sabbat, un jour de repos, au cours duquel vous jeûnerez. Depuis le neuf du mois au soir jusqu’au lendemain soir, vous observerez ce repos sabbatique. »
Evangile de Marc 2,23-28 – Les épis arrachés et l’observation du sabbat
23 Or Jésus, un jour de sabbat, passait à travers des champs de blé et ses disciples se mirent, chemin faisant, à arracher des épis. 24 Les Pharisiens lui disaient : « Regarde ce qu’ils font le jour du sabbat ! Ce n’est pas permis. » 25 Et il leur dit : « Vous n’avez donc jamais lu ce qu’a fait David lorsqu’il s’est trouvé dans le besoin et qu’il a eu faim, lui et ses compagnons, 26 comment, au temps du grand prêtre Abiatar, il est entré dans la maison de Dieu, a mangé les pains de l’offrande que personne n’a le droit de manger, sauf les prêtres, et en a donné aussi à ceux qui étaient avec lui ? » 27 Et il leur disait : « Le sabbat a été fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat, 28 de sorte que le Fils de l’homme est maître même du sabbat. »
Prédication du 16 novembre 2025 à Péry, dans le Jura bernois, en Suisse
« Quand un homme prend pour épouses une femme et sa mère, c’est une impudicité ; on les brûle, lui et elles ; ainsi il n’y aura pas d’impudicité au milieu de vous » (Lv 20,14). Une telle loi, dans le livre du Lévitique, est placée sous l’égide de Dieu, c’est une législation divine, et non humaine : « C’est moi, le Seigneur, qui vous sanctifie » (v.8).
Le Lévitique aujourd’hui
Un tel texte appelle plusieurs remarques. Je les prends dans l’ordre. Tout d’abord, dans un contexte chrétien, moderne et démocratique, une telle sanction est inacceptable. Elle relève de la barbarie. Punir par le bucher, cela se pratiquaient encore à la Réforme. L’humaniste, médecin et théologien Michel Servet, jugé hérétique pour avoir contesté le dogme de la Trinité, est brûlé à Genève le 27 octobre 1553 avec l’accord du réformateur Jean Calvin.
Le Lévitique, en s’en prenant avec violence aux pratiques sexuelles jugées incestueuses, donne de la voix aux athées d’aujourd’hui, ennemis du christianisme et des monothéismes. Le philosophe et polémiste français Michel Onfray introduit ainsi son Traité d’athéologie (Paris, Grasset), paru en 2005 : « Les trois monothéismes, animés par une même pulsion de mort généalogique, partagent une série de mépris identiques : haine de la raison et de l’intelligence ; haine de la liberté ; […] ; haine de la sexualité, des femmes et du plaisir ; […] ; haine des corps, des désirs, des pulsions. En lieu et place de tout cela, judaïsme, christianisme et islam défendent : la foi […] et la soumission, le goût de la mort et la passion de l’au-delà, l’ange asexué et la chasteté… ». On sent l’influence de Nietzsche. Bien qu’exagérées et trop radicales, on ne peut nier toute pertinence à de telles critiques.
Le Lévitique dans le Moyen-Orient ancien
Il convient de situer l’origine des Codes de Lois du Lévitique dans le contexte du Moyen Orient ancien. Les hébreux n’ont presque rien inventé, ils reprennent les principales caractéristiques de ces lois dans des codes nettement plus anciens, dont le Code d’Hammurabi (1792-1750 av. J.-C.), roi de Babylone, formulé un millénaire plus tôt.
Dans tout le Moyen-Orient ancien, le roi est l’autorité législative. Le Code souligne sa dévotion aux dieux, qui l’ont désigné pour gouverner de droit divin. Ces codes sont casuistiques, c’est-à-dire qu’ils cherchent à détailler tous les cas de figure concernant le mariage, la filiation, l’adoption, l’héritage, l’adultère, l’inceste, le viol, l’avortement, le commerce, le prêt à intérêt, la louange, la protection du faible contre le fort, etc. Ces codes sont fortement répressifs, par peines pécuniaires, châtiments corporels et peine de mort.
Le principe le plus important du Code d’Hammurabi, parfaitement repris dans la Bible juive et dans le Coran, est « la justice commutative qui s’exprime dans l’emploi du talion, consistant à infliger à titre de punition le mal identique à celui qui constitue l’infraction » (Sous la direction de Francis Joannès, Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne, 2001, p.191). Dans le Lévitique : « Si un homme provoque une infirmité chez un compatriote, on lui fera ce qu’il a fait : fracture pour fracture, œil pour œil, dent pour dent, on provoquera chez lui la même infirmité qu’il a provoquée chez l’autre » (Lv 24,19-29). Attention, donc, à ne pas mal comprendre la Thora, la Loi de Moïse, et la Sharia musulmane : Il ne s’agit pas d’une violence immorale, débridée, sauvage, mais au contraire, d’une violence hyper juste, excessivement morale. La punition doit rééquilibrer la justice éthique qui a été déséquilibrée par le méfait.
Les contradictions du Lévitique
Il est donc très frappant qu’à côté de cette justice parfaitement rétributive, le Lévitique introduit le « Jour du Grand pardon », une « réunion sacrée » qui devient « un sabbat, un jour de repos, au cours duquel vous jeûnerez » (Lv 23,26-32). Entre la Loi du talion, courante au Moyen-Orient, et le Jour du Grand pardon, propre à la Bible juive, la contradiction est totale : Le pardon supprime la rétribution !
Des condamnations sans bourreau
Le professeur d’Ancien Testament retraité de la Faculté de théologie protestante de Strasbourg, Alfred Marx, souligne deux aspects importants dans son commentaire de 2011 de Lv 17-27. Premièrement, il observe un fait à vrai dire surprenant : A propos des sanctions, le texte du Lévitique ne précise pas « qui est chargé de leur exécution. […] Qui exécute la peine de mort ? » (p.109-110). Toutes ces condamnations à mort concernant l’insulte des parents, l’adultère, l’inceste, l’homosexualité, la zoophilie (Lv 20,8-16) semblent donc avoir un caractère fictif. En réalité, personne n’est désigné pour appliquer les sanctions. L’exégète se demande si l’auteur « n’a pas délibérément choisi de laisser ces points dans le vague. En ne précisant pas systématiquement qui exécute la peine, ni le quand ni le comment, […, il en] fait une épée de Damoclès d’autant plus angoissante qu’on ne sait pas qui est chargé de la manier ».
Alfred Marx conclut que la « transgression n’a pas besoin de témoin » et que « sa sanction est exécutée non par des hommes, mais par des forces transcendantes » (p.110). A ses yeux, le Lévitique renvoie donc à une menace de mort divine, qui ne fut sans doute jamais pratiquée concrètement par des bourreaux humains dans l’ancien Israël. Il n’est toutefois pas exclu que des sévices corporelles et des peines de mort aient réellement existé dans l’ancien Israël, mais sans doute pas sous une forme aussi radicale et systématique, telle qu’elle paraît dans les lois du Lévitique.
Le coupable et sa victime tous deux mis à morts
Selon la deuxième observation d’Alfred Marx, il est particulièrement injuste que les deux participants du délit sexuel soient mis à mort, alors que le seul coupable est par exemple « l’homme qui commet l’adultère » (v.10) subit par la femme. Le théologien en conclut qu’il ne s’agit pas vraiment de rétablir la justice, mais plutôt de décontaminer et de purifier le peuple d’un mal auquel les deux acteurs ont participé, même sous la contrainte, en ce qui concerne la femme. Ainsi, l’abuseur et la victime sont tous deux impurs et doivent être éliminés. Cette dernière observation confère au texte du Lévitique un caractère archaïque, comprenant des logiques et des coutumes qui n’ont plus aucun sens aujourd’hui, et qui respirent fortement la domination de l’homme sur la femme, contre laquelle doit encore lutter le féminisme.
Difficulté du texte et refus de l’inspiration verbale
On perçoit ainsi que la complexité de l’étude de ces textes justifie l’abandon définitif de toute théologie de l’inspiration verbale des Ecritures saintes, qui fait du texte biblique une Parole divine sans erreurs, complètement sortie de son contexte historique. La force de frappe de la révolution culturelle initiée par Jésus est mise en évidence par son opposition radicale à une lecture littérale de la Loi de Moïse. Selon l’Evangile de Jean, lorsque les pharisiens lui amènent une femme qui « a été prise en flagrant délit d’adultère », ils lui adressent cette question : « Dans la Loi, Moïse nous a prescrit de lapider ces femmes-là. Et toi, qu’en dis-tu ? ». On se demande pourquoi l’homme ne lui est pas amené également. La réponse de Jésus fracture leur légalisme au travers d’une demande paradoxale : « Que celui d’entre vous qui n’a jamais péché lui jette la première pierre » (Jn 8,1-11). Plutôt que d’obéir à la lettre, il est question de faire preuve d’humilité et de compassion envers une personne, peut-être fautive, mais qui ne mérite en aucun cas un tel traitement violent.
L’Evangile qui libère
Dans son ensemble, le Nouveau Testament propose une révision complète du rapport à la Loi, fondé sur des considérations humanistes, psychologiques et spirituelles, qui soulignent que l’application casuistique d’une Loi sacrée, au cas par cas, se montre profondément inhumaine en tentant d’imposer le Bien par la soumission et la violence. Selon l’apôtre Paul, obéir mot pour mot à une loi, qu’elle soit sacrée ou profane (Ga 4,8-11), est une forme d’asservissement spirituel dont l’Evangile nous libère. Certains éléments de la Loi restent instructifs, comme la pratique du sabbat, qui souligne les bienfaits du repos et de la méditation, mais appliqués avec sagesse, ils ne doivent pas devenir « un corset trop rigide » (Etienne Trocmé, L’Evangile selon saint Marc, p.83) : « Le sabbat a été fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat » (Mc 2,23-28). Amen
Bibliographie
Alfred Marx, Lévitique 17-27 Commentaire de l’Ancien Testament / IIIb, Genève, Labor et Fides, 2011
Etienne Trocmé, L’Evangile selon saint Marc. Commentaire du Nouveau Testament II Deuxième série, Genève, Labor et Fides, 2000
Sous la direction de Francis Joannès, Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne, Paris, Robert Laffont S.A., 2001
Michel Onfray, Traité d’athéologie. Physique de la métaphysique, Paris, Bernard Grasset, 2005
Vous pouvez réagir à cette prédication sur » mon propre site internet.
7 Sanctifiez-vous donc pour être saints, car c’est moi, le SEIGNEUR, qui vous sanctifie 8 Gardez mes lois et mettez-les en pratique. C’est moi, le SEIGNEUR, qui vous sanctifie.
9 Ainsi : Quand un homme insulte son père ou sa mère, il sera mis à mort ; il a insulté père et mère, son sang retombe sur lui.
10 Quand un homme commet l’adultère avec la femme de son prochain, ils seront mis à mort, l’homme adultère aussi bien que la femme adultère.
11 Quand un homme couche avec une femme de son père, il découvre la nudité de son père ; ils seront mis à mort tous les deux, leur sang retombe sur eux. 12 Quand un homme couche avec sa belle-fille, ils seront mis à mort tous les deux ; ce qu’ils ont fait est de la dépravation, leur sang retombe sur eux.
13 Quand un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ce qu’ils ont fait tous les deux est une abomination ; ils seront mis à mort, leur sang retombe sur eux.
14 Quand un homme prend pour épouses une femme et sa mère, c’est une impudicité ; on les brûle, lui et elles ; ainsi il n’y aura pas d’impudicité au milieu de vous.
15 Quand un homme a des relations avec une bête, il sera mis à mort, et vous tuerez la bête.
16 Quand une femme s’approche de quelque bête pour s’y accoupler, tu devras tuer la femme et la bête ; elles seront mises à mort, leur sang retombe sur elles.
Lévitique 23,26-32 – Les fêtes d’Israël
26 Le SEIGNEUR adressa la parole à Moïse : 27 « En outre, le dix de ce septième mois, qui est le Jour du Grand Pardon, vous tiendrez une réunion sacrée, vous jeûnerez, et vous présenterez un mets consumé au SEIGNEUR ; 28 vous ne ferez aucun travail en ce jour précis, car c’est un jour de Grand Pardon, où se fait sur vous le rite d’absolution devant le SEIGNEUR votre Dieu. 29 Ainsi, quiconque ne jeûnerait pas en un tel jour serait retranché de sa parenté ; 30 et quiconque ferait quelque travail en un tel jour, je le ferais disparaître du sein de son peuple. 31 Vous ne ferez aucun travail : c’est une loi immuable pour vous d’âge en âge, où que vous habitiez. 32 C’est pour vous un sabbat, un jour de repos, au cours duquel vous jeûnerez. Depuis le neuf du mois au soir jusqu’au lendemain soir, vous observerez ce repos sabbatique. »
Evangile de Marc 2,23-28 – Les épis arrachés et l’observation du sabbat
23 Or Jésus, un jour de sabbat, passait à travers des champs de blé et ses disciples se mirent, chemin faisant, à arracher des épis. 24 Les Pharisiens lui disaient : « Regarde ce qu’ils font le jour du sabbat ! Ce n’est pas permis. » 25 Et il leur dit : « Vous n’avez donc jamais lu ce qu’a fait David lorsqu’il s’est trouvé dans le besoin et qu’il a eu faim, lui et ses compagnons, 26 comment, au temps du grand prêtre Abiatar, il est entré dans la maison de Dieu, a mangé les pains de l’offrande que personne n’a le droit de manger, sauf les prêtres, et en a donné aussi à ceux qui étaient avec lui ? » 27 Et il leur disait : « Le sabbat a été fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat, 28 de sorte que le Fils de l’homme est maître même du sabbat. »
Prédication du 16 novembre 2025 à Péry, dans le Jura bernois, en Suisse
« Quand un homme prend pour épouses une femme et sa mère, c’est une impudicité ; on les brûle, lui et elles ; ainsi il n’y aura pas d’impudicité au milieu de vous » (Lv 20,14). Une telle loi, dans le livre du Lévitique, est placée sous l’égide de Dieu, c’est une législation divine, et non humaine : « C’est moi, le Seigneur, qui vous sanctifie » (v.8).
Le Lévitique aujourd’hui
Un tel texte appelle plusieurs remarques. Je les prends dans l’ordre. Tout d’abord, dans un contexte chrétien, moderne et démocratique, une telle sanction est inacceptable. Elle relève de la barbarie. Punir par le bucher, cela se pratiquaient encore à la Réforme. L’humaniste, médecin et théologien Michel Servet, jugé hérétique pour avoir contesté le dogme de la Trinité, est brûlé à Genève le 27 octobre 1553 avec l’accord du réformateur Jean Calvin.
Le Lévitique, en s’en prenant avec violence aux pratiques sexuelles jugées incestueuses, donne de la voix aux athées d’aujourd’hui, ennemis du christianisme et des monothéismes. Le philosophe et polémiste français Michel Onfray introduit ainsi son Traité d’athéologie (Paris, Grasset), paru en 2005 : « Les trois monothéismes, animés par une même pulsion de mort généalogique, partagent une série de mépris identiques : haine de la raison et de l’intelligence ; haine de la liberté ; […] ; haine de la sexualité, des femmes et du plaisir ; […] ; haine des corps, des désirs, des pulsions. En lieu et place de tout cela, judaïsme, christianisme et islam défendent : la foi […] et la soumission, le goût de la mort et la passion de l’au-delà, l’ange asexué et la chasteté… ». On sent l’influence de Nietzsche. Bien qu’exagérées et trop radicales, on ne peut nier toute pertinence à de telles critiques.
Le Lévitique dans le Moyen-Orient ancien
Il convient de situer l’origine des Codes de Lois du Lévitique dans le contexte du Moyen Orient ancien. Les hébreux n’ont presque rien inventé, ils reprennent les principales caractéristiques de ces lois dans des codes nettement plus anciens, dont le Code d’Hammurabi (1792-1750 av. J.-C.), roi de Babylone, formulé un millénaire plus tôt.
Dans tout le Moyen-Orient ancien, le roi est l’autorité législative. Le Code souligne sa dévotion aux dieux, qui l’ont désigné pour gouverner de droit divin. Ces codes sont casuistiques, c’est-à-dire qu’ils cherchent à détailler tous les cas de figure concernant le mariage, la filiation, l’adoption, l’héritage, l’adultère, l’inceste, le viol, l’avortement, le commerce, le prêt à intérêt, la louange, la protection du faible contre le fort, etc. Ces codes sont fortement répressifs, par peines pécuniaires, châtiments corporels et peine de mort.
Le principe le plus important du Code d’Hammurabi, parfaitement repris dans la Bible juive et dans le Coran, est « la justice commutative qui s’exprime dans l’emploi du talion, consistant à infliger à titre de punition le mal identique à celui qui constitue l’infraction » (Sous la direction de Francis Joannès, Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne, 2001, p.191). Dans le Lévitique : « Si un homme provoque une infirmité chez un compatriote, on lui fera ce qu’il a fait : fracture pour fracture, œil pour œil, dent pour dent, on provoquera chez lui la même infirmité qu’il a provoquée chez l’autre » (Lv 24,19-29). Attention, donc, à ne pas mal comprendre la Thora, la Loi de Moïse, et la Sharia musulmane : Il ne s’agit pas d’une violence immorale, débridée, sauvage, mais au contraire, d’une violence hyper juste, excessivement morale. La punition doit rééquilibrer la justice éthique qui a été déséquilibrée par le méfait.
Les contradictions du Lévitique
Il est donc très frappant qu’à côté de cette justice parfaitement rétributive, le Lévitique introduit le « Jour du Grand pardon », une « réunion sacrée » qui devient « un sabbat, un jour de repos, au cours duquel vous jeûnerez » (Lv 23,26-32). Entre la Loi du talion, courante au Moyen-Orient, et le Jour du Grand pardon, propre à la Bible juive, la contradiction est totale : Le pardon supprime la rétribution !
Des condamnations sans bourreau
Le professeur d’Ancien Testament retraité de la Faculté de théologie protestante de Strasbourg, Alfred Marx, souligne deux aspects importants dans son commentaire de 2011 de Lv 17-27. Premièrement, il observe un fait à vrai dire surprenant : A propos des sanctions, le texte du Lévitique ne précise pas « qui est chargé de leur exécution. […] Qui exécute la peine de mort ? » (p.109-110). Toutes ces condamnations à mort concernant l’insulte des parents, l’adultère, l’inceste, l’homosexualité, la zoophilie (Lv 20,8-16) semblent donc avoir un caractère fictif. En réalité, personne n’est désigné pour appliquer les sanctions. L’exégète se demande si l’auteur « n’a pas délibérément choisi de laisser ces points dans le vague. En ne précisant pas systématiquement qui exécute la peine, ni le quand ni le comment, […, il en] fait une épée de Damoclès d’autant plus angoissante qu’on ne sait pas qui est chargé de la manier ».
Alfred Marx conclut que la « transgression n’a pas besoin de témoin » et que « sa sanction est exécutée non par des hommes, mais par des forces transcendantes » (p.110). A ses yeux, le Lévitique renvoie donc à une menace de mort divine, qui ne fut sans doute jamais pratiquée concrètement par des bourreaux humains dans l’ancien Israël. Il n’est toutefois pas exclu que des sévices corporelles et des peines de mort aient réellement existé dans l’ancien Israël, mais sans doute pas sous une forme aussi radicale et systématique, telle qu’elle paraît dans les lois du Lévitique.
Le coupable et sa victime tous deux mis à morts
Selon la deuxième observation d’Alfred Marx, il est particulièrement injuste que les deux participants du délit sexuel soient mis à mort, alors que le seul coupable est par exemple « l’homme qui commet l’adultère » (v.10) subit par la femme. Le théologien en conclut qu’il ne s’agit pas vraiment de rétablir la justice, mais plutôt de décontaminer et de purifier le peuple d’un mal auquel les deux acteurs ont participé, même sous la contrainte, en ce qui concerne la femme. Ainsi, l’abuseur et la victime sont tous deux impurs et doivent être éliminés. Cette dernière observation confère au texte du Lévitique un caractère archaïque, comprenant des logiques et des coutumes qui n’ont plus aucun sens aujourd’hui, et qui respirent fortement la domination de l’homme sur la femme, contre laquelle doit encore lutter le féminisme.
Difficulté du texte et refus de l’inspiration verbale
On perçoit ainsi que la complexité de l’étude de ces textes justifie l’abandon définitif de toute théologie de l’inspiration verbale des Ecritures saintes, qui fait du texte biblique une Parole divine sans erreurs, complètement sortie de son contexte historique. La force de frappe de la révolution culturelle initiée par Jésus est mise en évidence par son opposition radicale à une lecture littérale de la Loi de Moïse. Selon l’Evangile de Jean, lorsque les pharisiens lui amènent une femme qui « a été prise en flagrant délit d’adultère », ils lui adressent cette question : « Dans la Loi, Moïse nous a prescrit de lapider ces femmes-là. Et toi, qu’en dis-tu ? ». On se demande pourquoi l’homme ne lui est pas amené également. La réponse de Jésus fracture leur légalisme au travers d’une demande paradoxale : « Que celui d’entre vous qui n’a jamais péché lui jette la première pierre » (Jn 8,1-11). Plutôt que d’obéir à la lettre, il est question de faire preuve d’humilité et de compassion envers une personne, peut-être fautive, mais qui ne mérite en aucun cas un tel traitement violent.
L’Evangile qui libère
Dans son ensemble, le Nouveau Testament propose une révision complète du rapport à la Loi, fondé sur des considérations humanistes, psychologiques et spirituelles, qui soulignent que l’application casuistique d’une Loi sacrée, au cas par cas, se montre profondément inhumaine en tentant d’imposer le Bien par la soumission et la violence. Selon l’apôtre Paul, obéir mot pour mot à une loi, qu’elle soit sacrée ou profane (Ga 4,8-11), est une forme d’asservissement spirituel dont l’Evangile nous libère. Certains éléments de la Loi restent instructifs, comme la pratique du sabbat, qui souligne les bienfaits du repos et de la méditation, mais appliqués avec sagesse, ils ne doivent pas devenir « un corset trop rigide » (Etienne Trocmé, L’Evangile selon saint Marc, p.83) : « Le sabbat a été fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat » (Mc 2,23-28). Amen
Bibliographie
Alfred Marx, Lévitique 17-27 Commentaire de l’Ancien Testament / IIIb, Genève, Labor et Fides, 2011
Etienne Trocmé, L’Evangile selon saint Marc. Commentaire du Nouveau Testament II Deuxième série, Genève, Labor et Fides, 2000
Sous la direction de Francis Joannès, Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne, Paris, Robert Laffont S.A., 2001
Michel Onfray, Traité d’athéologie. Physique de la métaphysique, Paris, Bernard Grasset, 2005
Vous pouvez réagir à cette prédication sur » mon propre site internet.